Le musée des maisons traditionnelles du Lanna, un musée qui devient vivant !

Lanna Traditional House Museum. Voilà un site muséal qui, lors de notre premier passage il y a passablement d’années, nous a envoûtés. Et ce pour plusieurs raisons : que ce soit le calme qui règne dans ce grand parc parsemé d’anciennes maisons en bois et d’arbres majestueux, le thème du musée en lui-même ou encore la quasi absence de touristes. Peut-être qu’un des divers événements organisés là vous y conduira, à l’image de celui dont on vous parle aujourd’hui. Et si ce ne devait point être le cas, on vous conseille vivement cette visite l’année durant. Lisez notre article et vous saurez pourquoi, d’autant qu’on vous indique également quoi visiter alentour.

Et puisque le thème des anciennes maisons traditionnelles est abordé, on en profite pour vous donner nos meilleurs conseils : visiter des maisons historiques au cœur de Chiang Mai, découvrir le projet d’un artiste de Sanpatong qui change les mentalités des propriétaires de ces maisons, ou encore manger dans une bâtisse transformée en restaurant/musée.

Au menu de cet article :

Publicités

Le musée à proprement dit

Il s’agit donc d’un musée en plein air – un brin excentré, à l’ouest de la ville – où vous pourrez admirer d’anciennes maisons traditionnelles du Lanna, du nom de l’ancien royaume sis au nord de la Thaïlande. Vous avez là une douzaine de bâtisses en bois – des maisons d’habitation et des greniers à riz – représentatives de l’habitat du Nord.

En se promenant en Thaïlande, on ne peut que regretter la rapide et inéluctable disparition des anciennes maisons en bois. Une disparition plus criante encore dans les villes telles que Chiang Mai. Sans toutefois renier le confort qu’apportent les constructions modernes. C’est dire le plaisir à voir ici réunies des bâtisses, parfois fort anciennes, démontées puis remontées sur place, sous l’égide du Centre pour la promotion des Arts et de la Culture, une entité académique de l’Université de Chiang Mai (CMU).

Une fois déchaussé, vous pouvez entrer dans certaines des demeures et constater la sobriété de leur aménagement intérieur. Quelques explications sont données, tant en thaï qu’en langue anglaise. Il faut dire que le musée a vocation éducative et beaucoup d’écoliers et d’étudiants le visitent. Mais avouons qu’en matière de muséologie, l’aspect didactique pourrait être notablement amélioré.

On vous présente les maisons dans le détail en fin d’article. De notre point de vue, la visite vaut le détour. Coup d’œil en vidéo :

INFOS PRATIQUES
Musée des maisons traditionnelles du Lanna (Lanna Traditional House Museum en anglais, พิพิธภัณฑ์เรือนโบราณล้านนา en thaï).
Ouvert du lundi au vendredi, de 8h30 à 16h30, les samedis et dimanches, de 9h à 16h30. Fermé les jours fériés.
L’entrée, qui se situe sur la route du Canal, coûte THB 20.- (THB 10.- pour les étudiants, gratuit pour les enfants de moins de 10 ans).
Site web, page Facebook, avis TripAdvisor, emplacement


Living Museum – Un musée vivant

Abrité par de magnifiques arbres séculaires, l’ensemble du site s’anime de manière fort originale au début de la saison « hivernale ». Depuis plusieurs années maintenant, le musée des maisons traditionnelles Lanna se transforme en musée vivant plusieurs jours durant.

Qu’est-ce qu’un musée vivant ?
Un musée vivant ou un musée d’histoire vivante est un musée qui recrée les paramètres historiques pour reproduire les périodes passées. L’objectif des musées d’histoire vivante est de fournir aux visiteurs une interprétation pratique du passé. Ils donnent vie à l’histoire en imitant au maximum les conditions d’un environnement naturel, d’une période historique ou d’une culture.

Source : Ripleybelieves.com ®

La riche culture du Lanna se donne ainsi à voir ! Un événement qui vous permet de découvrir l’ancienne sagesse et l’artisanat de la région. Vous y rencontrerez ses meilleurs représentants, les artisans. Divers ateliers et démonstrations sont au programme; belle occasion par exemple d’admirer le tissage du coton sur d’anciens métiers, de découvrir l’utilisation d’instruments typiques ou encore de goûter aux mets d’une cuisine traditionnelle. Digne reconstitution du mode de vie d’antan et des savoirs anciens du Lanna. Y participent bien souvent les Tai Lüe, membres de la minorité ethnique des Dai.

Voici les divers ateliers organisés durant cette édition 2019 :

  • Station 1 : création de lanternes tai yai
  • Station 2 : fabrication de lampions en argile (phang pratheep)
  • Station 3 : vannerie (en utilisant des feuilles de bananier)
  • Station 4 : cuisine du riz gluant au sésame
  • Station 5 : fabrication de tuiles en terre cuite
  • Station 6 : initiation à l’écriture Lanna
  • Station 7 : architecture et croquis (maisons Lanna)
  • Station 8 : orchidées locales
  • Station 9 : variétés locales de riz
  • Station 10 : brocart de soie tissé et guirlande nouée à la main
  • Station 11 : laque

Vous retrouvez plusieurs de ces produits artisanaux durant les fêtes et festivals organisés à Chiang Mai, par exemple les lanternes et les lampions qui éclairent la féerique Fête des Lumières (le Loi Krathong).

Qui sait si ces clichés de l’édition 2017 vous donneront envie d’effectuer le déplacement…

INFOS PRATIQUES
Culture vivante et mode de vie
(en anglais : Living Culture & Way of Life, en thaï : แอ่วเฮือน เยือนผญา)
Du 27 au 29 novembre 2019, de 9h à 17h
Événement Facebook, page Facebook du Centre pour la promotion des Arts et de la Culture, emplacement


Un site régulièrement animé

L’endroit est habituellement paisible – mort diront les mauvaises langues – et c’est un euphémisme. Mais d’éclectiques événements se déroulent régulièrement dans ce bel écrin. Il s’agit parfois de colloques universitaires – souvent liés à la riche culture du Lanna – qui n’attirent que les érudits. Telle cette conférence sur un ancien rituel, Salak Yom, une très ancienne cérémonie d’acquisition de mérites (où les pratiquants offrent des habits aux défunts), un rituel qui donne lieu à l’un des plus beaux festivals de Lamphun, la province voisine. Ou ce séminaire sur l’utilisation de la technologie numérique en anthropologie.

Mais quelques manifestations populaires sont aussi organisées sur le site du musée. Comme par exemple, en 2014, un Festival international de marionnettes ou, l’année dernière, le Water Festival dans le cadre de Nouvel An thaïlandais (le fameux Songkran). Il y a à peine quelques jours, le site a vu défiler les meilleurs artistes du folklore Lanna (il s’agissait d’une cérémonie rituelle traditionnelle dont nous vous reparlerons bientôt).

Publicités

Aux alentours du musée

Le musée en plein air se situe sur une parcelle où a été créé le Centre d’Art de l’Université de Chiang Mai (CMU, หอนิทรรศการศิลปวัฒนธรรม มหาวิทยาลัยเชียงใหม่), une adresse incontournable pour tout amateur d’art. Terreau artistique s’il en est, fort animé toute l’année comme en témoignent les nombreux événements que nous ne manquons pas de promouvoir sur notre page Facebook.

À l’ouest, au bout de la route Suthep (il s’agit de l’ancienne route menant à la montagne éponyme, construite sous l’impulsion de Khruba Siwichai, un saint homme très vénéré), vous trouverez un autre « musée vivant », encore moins connu que le musée des maisons traditionnelles : le Roitawarabarn Baandhawalai (ou Musée Ganesh, ร้อยทวารบาล บ้านเทวาลัย), la Propriété des Dieux et des Déesses comme l’appelle l’érudit Jean de la Mainate. C’est là une visite que nous conseillons vivement. On peut y voir de jeunes artistes à l’œuvre : peinture, sculpture sur bois et sculpture sur verre. Le propriétaire affirme que c’est là que se trouve le plus grand Ganesh en bois du royaume… Non loin, un peu plus haut que l’entrée no 2 du zoo de Chiang Mai, vous trouverez le point de départ du Sentier des moines, Monk Trail en anglais. Une magnifique balade d’une demi-heure qui vous mènera vers ce qui est un des temples marquant le plus les visiteurs de Chiang Mai, le Wat Palad (วัดผาลาด (สกทาคามี)). Un temple des moines de la forêt, une tradition thaïlandaise du bouddhisme Theravada. Les plus valeureux grimperont plus haut encore, vers le temple le plus vénéré du nord thaïlandais, le Wat Phrathat Doi Suthep (วัดพระธาตุดอยสุเทพราชวรวิหาร). Notez que notre partenaire, le Swiss-Lanna Lodge, organise un circuit qui vous permet de visiter tant le Wat Palad que la Propriété des Dieux et des Déesses, avec, en point d’orgue, l’aumône matutinale aux moines du Wat Phrathat Doi Suthep. Cela à l’écart du tourisme de masse, accompagné par un ancien moine bouddhiste, Khun Wet. Tous les détails de ce circuit hors du commun sur leur site web : Doi Suthep matutinal – Offrandes aux moines.

Non loin du musée des maisons traditionnelles du Lanna, de l’autre côté de la route du Canal, n’hésitez pas à faire une pause-café au Royal Project Shop (ร้านโครงการหลวง). Occasion de vous reposer dans un cadre agréable mais aussi de découvrir les produits de cette fondation créée par feu le roi Bhumibol le Grand, une fondation qui vient en aide aux membres des diverses minorités ethniques. On vous en a brièvement parlé ici (aparté en fin d’article). Sans oublier que vous vous trouvez là au sud de Nimmanhaemin, le quartier branché de Chiang Mai. Un quartier qui vous permet de découvrir le foisonnement artistique et culturel de la Rose du Nord.


Voir d’anciennes bâtisses en bois au cœur de Chiang Mai

On vous le disait en guise d’entame, Chiang Mai voit désespérément disparaître peu à peu ses maisons traditionnelles en bois. Hélas, trois fois hélas, la préservation du patrimoine n’est pas la priorité des instances dirigeantes. Espérons que la volonté des autorités d’inscrire la ville au Patrimoine mondial de l’UNESCO infléchisse ce triste état de fait.

© HOP – House of photography

Les amateurs de maisons anciennes pourront cependant trouver plusieurs perles architecturales où le bois règne en maître. Voici quelques propositions de visites en commençant par une chouette maison repeinte en bleu, la Maison de la Photographie (หอภาพถ่ายล้านนา, Chiang Mai House of Photography), non loin de la place des Trois Rois. Vous pourrez non seulement visiter la maison à l’étage (en vous déchaussant) – y sont régulièrement organisées d’intéressantes expositions photographiques où l’entrée est gratuite – mais également consulter la librairie digitale au rez-de-chaussée (site web et page Facebook).

Khum Chao Burirat où a été créé le Centre d’architecture du Lanna

Autre adresse incontournable pour tout amateur de maisons traditionnelles, le Centre d’architecture du Lanna qu’anime la Faculté d’architecture de l’Université de Chiang Mai (CMU). Constituée de briques et de bois, c’est une demeure de deux étages datant de la fin du XIXe siècle. Elle allie le style occidental (la structure du rez-de-chaussée) et l’architecture lanna (la partie en bois à l’étage), fruit de l’arrivée des missionnaires et marchands occidentaux. En langue locale, khum (คุ้ม) s’utilisait pour désigner un manoir ou une maison appartenant à des membres de la famille royale du Lanna. Khum Chao Burirat (Maha Intra) était donc la résidence d’un dirigeant de l’époque, Chao Burirat. C’est l’un des rares khum anciens qui subsistent à Chiang Mai. Acheté en 1917 par Mme Thipayamonthon, ses héritiers ont cédé le bâtiment à la CMU en 2001 afin d’honorer leurs ancêtres.

La maison, entourée d’un petit parc au cœur de la Cité fortifiée (« le carré »), est visitable, pieds nus; vous y verrez des maquettes de maisons traditionnelles du Nord avec la mise en perspective de ce qui fait leur singularité. Et, une fois à l’étage, vous n’oublierez pas de jeter un œil depuis la terrasse sur le chedi du Wat Chedi Luang.

Centre d’architecture du Lanna (Lanna Architecture Center, ศูนย์สถาปัตยกรรมล้านนา คุ้มเจ้าบุรีรัตน์ (เจ้าน้อยมหาอินทร์ ณ เชียงใหม่)), appelé également le Musée Khum : site web, page Facebook, avis TripAdvisor et emplacement. Hors événements particuliers (tels que la Chiang Mai Design Week où l’on visite gratuitement), l’entrée est payante : THB 120.-/personne (et seulement THB 60.- pour les Thaïlandais), THB 20.- pour les éditants et seniors de plus de 60 ans (THB 10.- pour les Thaïlandais), gratuit pour les enfants jusqu’à 7 ans, les moines, les novices et les personnes handicapées. Le centre est ouvert de 9h à 17h (sauf le dimanche où il ouvre de 13h à 20h et le lundi où il est fermé).


Le Old Cultural Center (ศูนย์วัฒนธรรมเชียงใหม่) défend lui aussi la culture du Lanna en organisant notamment ses fameux dîners khantoke (repas traditionnel du nord à même le sol, servi sur un khantok et animé par des danses traditionnelles). Une animation originale organisée dans une vieille demeure semblable aux caravansérails. Vous pouvez visiter là une ancienne maison en bois de teck, Saw Hong, transformée en musée. Il s’agit d’un des trois styles de maisons Lanna, facilement reconnaissable aux deux pièces de bois sculptées s’entrecroisant au haut du toit (site web et page Facebook).

Plus à l’est, en bordure de la rivière Ping, rive droite, vous tomberez sans doute sous le charme de l’Ancient House (บ้านโบราณเชียงใหม่), transformée bien tristement en centre commercial open air par son riche propriétaire. Ban Bolan, c’est le nom de la maison, est une belle demeure qui revendique plus de 150 ans d’âge puisque construite en 1867. D’architecture birmano-thaïlandaise, elle est le fruit du commerce du bois qui utilisait jadis la rivière pour son transport, aidé par les éléphants. Un précieux héritage de l’histoire locale qui mérite d’être conservé. Reste en suspens l’usage idéal à en faire2 (page Facebook)…

Une maison en teck de plus de 150 ans. À quelques dizaines de mètres au nord, en retrait de la route Charoen Prathet, au pie du grand hôtel Diamond Riverside (ici), a été construite Baan Huen Luang. Une belle bâtisse qui date de l’année bouddhiste thaïlandaise 2409, soit 1866 de notre ère. C’est là aussi une maison chargée d’histoire, construite par le vice-capitaine Pacha Luang Yona Kanphichit, un négociant en bois venu de Birmanie voisine. Les riches Birmans ont contribué à la construction de routes et de ponts, en restaurant également d’innombrables temples (tel le Wat Upakut tout proche). Mongbpanyo – c’est là un des nombreux noms du propriétaire (autrefois, le nom de panyo en langue birmane signifiait fleur, plus précisément orchidées en fleur) – Mongbpanyo donc, a eu droit à une crémation royale, ayant rendu service à la dynastie Chakri (du roi Rama V au roi Rama VII).

Luang Yona Kanphichit est aussi celui qui a construit la première imprimerie de Chiang Mai, de même que le premier crématorium. Appartenant de nos jours à une riche famille de Bangkok, cette bâtisse a peine à trouver un exploitant sur le long terme (en dernier lieu, c’est un salon de massage qui y était installé).

Presque en face de l’Ancient House précédemment évoquée, de l’autre côté de la rivière, autre témoignage historique qui ne bénéficie hélas pas des mêmes ressources financières, Sriprakard (ศรีประกาศ). C’était l’un des premiers hôtels de Chiang Mai, tout en bois donc. Ses héritiers, sans le sou, essaient tant bien que mal de préserver l’endroit en y organisant régulièrement des événements originaux (page Facebook).

En longeant la rivière vers le sud, vous attend un restaurant qui sert sa clientèle depuis fort longtemps, l’Antique House (Huan Boran, เฮือนโบราณบ้านฮิมปิง). Si la cuisine typiquement thaïlandaise ne vous convainc pas, sirotez donc un verre au bord de la rivière, une fois entré dans cette maison en bois au décor original (page Facebook). Attention : le tout est en cours de rénovation (dès mars 2020) et il semble bien que l’ancienne maison sera détruite… Plus au sud encore, le long de la très belle route Chiang Mai-Lamphun, perdu dans la campagne, le Wiang Kum Kam (เวียงกุมกาม) est un site historique qui vous permettra d’admirer là aussi de belles demeures en bois dont la superbe Lanna Rice Barn, transformée en restaurant. La « vieille ville » de Chiang Mai, c’est bien ici et pas ailleurs !

On termine cette brève énumération en vous rappelant que vous pouvez dormir dans une authentique maison traditionnelle du Lanna. Notre partenaire, le Swiss-Lanna Lodge ici à Chiang Mai, vous propose ses quatre chambres Standard et ses trois chambres Deluxe, aménagées dans une ancienne demeure en bois rénovée. Vous bénéficierez là d’un hébergement typique du Lanna et du chaleureux accueil qui caractérise les gens du Nord. Sawat dee jao ! Le Swiss-Lanna Lodge sur le web et sur Facebook.

Indépendamment des conseils que l’on vous donne, on vous enjoint vivement de vous abandonner à la grâce de l’inattendu : en vous promenant, vous découvrirez sans nul doute d’autres demeures en bois habitées par l’âme du lieu…


Chronique des maisons traditionnelles de Sanpatong4

Vivant depuis plusieurs années dans la Rose du Nord, nous ne pouvons que déplorer la lente mais inexorable disparition des anciennes maisons traditionnelles en bois. Elles sont peu à peu détruites au profit de constructions modernes (plus confortables, il est vrai). La préservation du patrimoine architectural n’est pas la priorité du gouvernement, à quelques exceptions près (on pense ici au Centre d’Arts et de Culture de la ville, sis sur la place des Trois Rois, brillamment rénové en 2019). Constat dramatique s’il en est.

Imaginez alors notre joie lorsque nous avons eu vent du projet mis sur pied par Roongroj Paimyossak, un artiste, militant et chef de village à la retraite : il a passé deux ans à répertorier des vieilles maisons en teck du district où il est né, Sanpatong ! « Quand j’étais petit garçon et que je grandissais dans mon village de Sanpatong, je me souviens d’avoir vu de vieilles maisons démontées et vendues pour du bois et d’avoir eu l’impression qu’une partie de moi-même était démolie, que de petits morceaux de moi étaient emportés », a-t-il déclaré.

Roongroj Paimyossak © Facebook

« Artiste, j’ai obtenu mon diplôme en beaux-arts. De retour dans mon village, j’en suis devenu le chef, un chef de village très controversé pendant environ cinq ans, m’attirant toutes sortes d’ennuis avec le statu quo », dit-il en riant. Mais voir disparaître maison après maison dans sa ville natale bien-aimée, pour être ensuite transformée en hôtel-boutique ou en café branché en ville, c’était un coup dur et il n’y avait pas de quoi rire, ajoute-t-il.

Il y a deux ans, de son propre chef, il a commencé à visiter les 120 villages du district de Sanpatong, à la recherche de vieilles maisons. « C’est un projet d’art communautaire que je me suis senti obligé de réaliser », poursuit-il. « J’ai pris mon appareil photo, mon bloc-notes et mon enregistreur et j’ai commencé à parler aux propriétaires de maisons. Ce que j’ai appris, c’est que beaucoup de ces maisons, qui étaient traditionnellement très importantes pour les gens, font aujourd’hui l’objet d’une lutte d’héritage entre eux. Alors que traditionnellement les familles vivaient pendant des générations dans une maison, organisant même des cérémonies annuelles où les familles se réunissaient pour honorer les ancêtres qui avaient construit la maison, aujourd’hui les descendants se disputent souvent leur maison, décidant parfois de la vendre et de partager l’argent. C’est une honte criante ».

Roongroj a commencé à parler aux propriétaires, à faire des croquis de leurs maisons, à filmer leurs interviews, à écouter leurs histoires et à photographier leur maisons. C’était un travail lent et difficile. « Mais j’ai constaté qu’en montrant de l’intérêt, les villageois voyaient voir leur propres maisons avec des yeux nouveaux. Ils ont commencé à en apprécier la valeur. C’était mon objectif. Je veux que les gens retournent chez eux, qu’ils vivent dans leur maisons ancestrales. Alors je m’assois et j’écoute leurs histoires. Et en la racontant, ils se souviennent alors de son importance. »

Le projet de Roongroj a pris de l’ampleur, attirant l’attention. Il travaille maintenant avec la Siam Society, ainsi qu’avec la faculté d’architecture de l’université de Chiang Mai (CMU). Il a depuis élargi son projet pour inclure d’autres régions, Mae Wang, Lamphun et Hang Dong.

« Mon souhait est que les familles rentrent fièrement chez elles. Nous pourrons alors aller dire aux propriétaires de cafés et d’hôtels-boutiques branchés que s’ils veulent la maison, au lieu de la démonter, ils peuvent en construire sur la base d’un modèle que nous pourrons établir. Il y a aussi des orfèvres et des sculpteurs sur bois, des gens qui étaient autrefois très admirés pour leurs compétences, mais qui ne sont plus que des travailleurs journaliers. Nous pouvons alors leur donner plus d’emplois et les aider à reproduire ces maisons pour le marché moderne. Il y a un réel potentiel ».

« Au départ, mon but était d’attirer l’attention des descendants sur la valeur patrimoniale des bâtisses. Je pense que nous sommes maintenant sur quelque chose de plus grand, quelque chose qui peut servir de modèle aux communautés de toute la Thaïlande pour aider à préserver et à rendre pertinent ce qui a été longtemps négligé et ignoré. Ce ne sont pas des objets. Ils ont une signification, un héritage et une histoire. Nous sommes bizarres : quand nous voyons que d’autres personnes voient une valeur, nous commençons à voir une valeur ».

« Sanpatong est particulièrement intéressant, je crois, parce que nous avons traditionnellement eu jusqu’à huit groupes ethniques vivant ici en harmonie. Leurs influences sont visibles dans l’architecture, qu’elle soit Lawa (ou Lua), Yong, Muang, chinoise ou même indienne ».

« Tous ces morceaux de moi que j’avais l’impression d’avoir perdus à chaque fois que, jeune garçon, je voyais une maison en train d’être démantelée, ont recommencé à être réparés. Tous les morceaux de ma vie reviennent, j’ai l’impression d’être reconstitué ».

Fruit de ce long travail, un livre présentant 101 maisons historiques de Sanpatong a déjà été publié (hélas qu’en thaï pour l’heure).

L’écrivain et collectionneuse d’art Janine Yasovant, installée à Chiang Mai, vous parle plus en détail de cet artiste sur Scene4 (c’est en anglais) : Art is the gentle force to connect things together.

L’artiste Roongroj Paimyossak (รุ่งโรจน์ เปี่ยมยศศักดิ์) : sa page Facebook
La Galerie d’Art de Sanpatong (หอศิลป์สันป่าตอง) : son emplacement et sa page Facebook (elle est généralement ouverte de 9h à 16h).


La maison Gen Kun, à Ban Pa Tan

Il est d’heureuses reconversions et celle-ci en fait partie. Les propriétaires d’une ancienne bâtisse en bois plus qu’octogénaire, Heuan Gen Kun, l’ont reconvertie : l’ancienne maison familiale est devenue un café-restaurant et, en même temps, un musée vivant. Ainsi, sur place, vous pourrez non seulement y manger une cuisine typique du nord mais également visiter la demeure, vous prendre en photo en habits d’époque ou encore participer à des ateliers, comme par exemple l’élaboration du célèbre muak kalo (หมวกกะโล่), chapeau de type colonial datant de l’époque Rama V.

Heuan Gen Kun (เฮือนเจ้นขุน) se trouve à Ban Pa Tan (San Kamphaeng), à 30 minutes de route à l’est de Chiang Mai, ici. Et c’est ouvert tous les jours de 10h à 19h. Voici leur page Facebook.

La chaîne de TV locale WeTV a consacré un reportage à ce lieu, de même que quelques photos, un reportage qu’on vous offre ci-dessous :


Trois livres indispensables

Oui, indispensables ouvrages, pour qui se passionne pour l’architecture des maisons du nord thaïlandais s’entend. Le premier, complément incontournable à toute visite du musée des maisons traditionnelles du Lanna, a été publié en 2014 par le Centre pour la promotion des Arts et de la Culture, l’entité académique qui gère le musée. Lanna House and Way of Life a été écrit par Thapanee Kruaraya (et traduit en anglais par Somporn Varnado).

Après une brève introduction sur le peuple du Lanna, sa religion, sa culture et sa cuisine, on entre dans le vif du sujet avec les caractéristiques des maisons traditionnelles du Lanna. Suit la présentation des maisons telle que reproduite ci-dessous. Un livre très instructif avec moult photos, explications, plans et dessins. Vous devriez pouvoir le trouver et l’acquérir au musée même.

Plus récent, édité par deux facultés de l’Université de Chiang Mai (CMU), la faculté d’architecture et celle des beaux-arts, Architecture of Lanna commémore le 720e anniversaire de la ville de Chiang Mai. Ne l’ayant point feuilleté, on ne peut vous en dire plus.

Dernier livre de référence, Architecture of Thailand: A Guide to Tradition and Contemporary Forms, par Brian Mertens et le même auteur thaïlandais que l’ouvrage précédent. C’est là un beau livre qui embrasse un thème plus vaste, celui de l’architecture siamoise dans son ensemble. Toutes les caractéristiques importantes de la culture thaïlandaise qui en façonne son habitat sont ici évoquées : ses racines agraires, sa religion et sa monarchie, son riche mélange d’influences étrangères sont incarnées dans les bâtiments. Par conséquent, ce livre met également en lumière la tradition et l’histoire thaïlandaises. Un texte vivant et des centaines de photographies et d’illustrations explorent l’architecture des maisons indigènes de Thaïlande, de la modeste mais charmante hutte de campagne tissée de bambou au splendide manoir en teck construit sur pilotis. L’architecture religieuse n’est pas oubliée. Les variations stylistiques régionales sont également présentées. Des chapitres sont consacrés au Grand Palais, aux éléments et à l’ornementation des palais et des temples, ainsi qu’à l’architecture façonnée par les immigrants et par la tradition étrangère. Certains sujets sont peu traités ailleurs : l’architecture islamique de la Thaïlande, les shophouses, le jardin de bonsaïs de style siamois, les murs et les portes de la cour, de même que les ornements tels que la mosaïque de verre. Pour amateur éclairé (ou alors pour le devenir). Vous pouvez acquérir l’ouvrage, en anglais, chez votre libraire préféré ou encore sur Amazon.


Les maisons du musée en détail

Comme promis, voici la présentation détaillée des maisons exposées au musée des maisons traditionnelles du Lanna1.

Maison coloniale Heuan Lung Que

Heuan Lung Que est une maison de style colonial, construite en 1922. C’est un des premiers exemples de ce type de maison à cette époque. Les maisons de style colonial à Chiang Mai ont d’abord été construites par des étrangers travaillant avec des sociétés de commerce ou d’exploitation forestière en Thaïlande et en Birmanie. Parmi les premières adaptations, citons la véranda couverte et les grandes portes et fenêtres pour une meilleure ventilation. Ce style est devenu populaire plus tard parmi les aristocrates et les nobles.

Située à l’entrée du site, le plan de cette maison est de forme rectangulaire. L’entrée de la maison se trouve au centre du bâtiment. La première pièce à l’entrée de la maison est un grand hall avec une cheminée sur un côté. L’escalier qui mène au premier étage se trouve également dans ce hall, ce qui est peu fréquent dans les maisons de style traditionnel du Lanna. Le plafond du rez-de-chaussée est relativement haut pour faciliter la ventilation. Le plafond du premier étage n’est pas aussi haut et donne accès au toit. La véranda est entièrement couverte, ce qui permet de l’utiliser pendant la journée et d’éloigner la pluie et le soleil du compartiment principal.

Contexte historique. Le propriétaire de la maison était M. Arthur Lionel Queripel, un commerçant britannique travaillant pour la Bombay-Burma Trading Company. La maison a été construite en 1922 par un architecte birman du nom de Mong Chan. La Thaïlande a été occupée par les Japonais pendant la Seconde Guerre mondiale, de l’invasion de 1941 jusqu’en 1945, période pendant laquelle M. Queripel et sa femme Dokchan ont été contraints de quitter la maison. Après le décès de son proprétaire en 1946 à Bangkok, la famille Queripel est retournée vivre dans la maison jusqu’à ce qu’elle soit expropriée par le gouvernement, faisant partie intégrante de l’Université de Chiang Mai (CMU) en 1963. Détails de cette maison.


Maison des habitants de la ville de Chiang Mai – Heaun Phaya Pong Lang Ka

Heaun Phaya Pong Lang Ka est un excellent exemple de maison appartenant à une famille de haut statut social. Le style de la maison entourée d’eau, que l’on trouve typiquement en ville de Chiang Mai, ressemble aux anciennes maisons traditionnelles kalae.

La maison a été construite en hauteur et se compose de deux compartiments, chacun avec son propre toit et ses pignons, mais partageant la même plateforme. Une gouttière en bois faite d’une seule longueur de rondins passe entre les deux toits de tuiles. Le plus grand compartiment est le lieu de couchage, tandis que le plus petit sert de cuisine. Une grande véranda à l’avant de la maison est reliée à la terrasse. On suppose que le mur en bois de la maison a été construit plus tard pour séparer les chambres et la véranda.

Comme pour une maison kalae, sa construction est composée de piliers et de poutres pour en supporter le poids. La structure du toit est la même que dans une maison kalae mais il n’y a pas de kalae (un morceau de bois sculpté qui s’étend du haut des pignons). Aucun ham-yon n’a été trouvé comme linteau sculpté sur les portes des chambres à coucher. Les fenêtres sont assez peu nombreuses, mais il y a des panneaux coulissants à de nombreux endroits qui assurent une ventilation supplémentaire.

Contexte historique. Heaun Phaya Pong Lang Ka a été construite à l’origine dans la ville de Chiang Mai, entourée d’eau, en 1896, l’année même où la ville de Chiang Mai célébrait son 600e anniversaire, par Phaya Pong Lang Ka et sa femme Kham Moon. Les descendants de Phaya Pong Lang Ka, la famille Waneesorn, ont fait don de la maison à l’université de Chiang Mai en 2004. Son déménagement a été soutenu par la Fondation Chumbhot-Pantip. Détails de cette maison (avec une vidéo).

La maison kalae (en thaï : เรือนกาแล) est un style architectural du nord de la Thaïlande, une région qui s’appelait autrefois le Lan Na. La maison est composée de deux compartiments partageant la même plateforme. Elle doit son nom aux sculptures décoratives en bois qui dépassent du sommet des pignons, caractéristiques propres aux maisons traditionnelles du nord thaïlandais. C’est là une combinaison des résidences traditionnelles des groupes ethniques Lanna, Tai Lue, Tai Khoen et Tai Yong. Les influences de ces peuples rendent les maisons diverses en termes de style, de plan, de décoration, de fonctions et des éléments mêmes de la maison.
Le mot kalae a la même racine que le mot ka-lang, qui signifie un croisement ou un chevauchement. Kalae fait référence à la crémaillère en bois sculpté fixée aux pignons de la maison. La crémaillère en bois est prolongée pour former un V au sommet de la planche faîtière. La crémaillère allongée mesure 0,5 mètre de long. Les kalae sont remarquables pour leurs gravures, le point central. Les deux côtés du support de gravure sont généralement des oiseaux. Cependant, d’autres motifs peuvent être gravés. Le kalae était le cadre conçu pour maintenir le toit ensemble car le toit était autrefois construit à partir de feuilles de bananier. Plus tard, lorsque le matériau de construction s’est transformé en tuiles d’argile, le kalae est devenu un élément décoratif.
Les maisons kalae indiquent le statut du propriétaire et symbolisent sa fortune. À chaque partie de la maison ses fonctions.
Plusieurs générations partageaient le même toit. Le quotidien des Thaïlandais du nord est souvent basé sur des croyances superstitieuses. Il en va de même pour leurs constructions, dépendant également du climat, de la direction du vent, des matériaux disponibles localement.
L’orientation de la maison est calculée en fonction du soleil, le fronton du toit étant toujours orienté vers le sud ou le nord. Ces maisons ne sont plus aussi courantes qu’autrefois, des constructions plus modernes ayant fait leur apparition.

Vous en saurez plus grâce à Wikipédia (en anglais), source de ces indications
Maison kalae – Heaun Oui Paad

Heaun Oui Paad. Les maisons kalae ont souvent des compartiments jumeaux. Les faîtages parallèles sont généralement orientés selon l’axe nord-sud. Les extrémités des deux toits sont reliées par une gouttière en bois.

Les deux compartiments partagent généralement la même plate-forme qui s’étend de l’avant de la maison à l’arrière. Le plus grand compartiment est la zone de couchage, tandis que le plus petit est destiné à la cuisine. La salle de bain est généralement construite à l’écart de la maison. La véranda avant sert d’espace de travail et de repos pendant la journée. La nuit, elle est utilisée par tous les hommes du ménage comme lieu de couchage. Cette véranda avant comporte une petite cloison, qui est le prolongement du mur en bois de la chambre à coucher, appelée fha lap nang. Cette cloison est destinée à préserver l’intimité des jeunes filles qui travaillent dans la véranda pendant la journée.

En montant l’escalier de l’avant de la maison, la première véranda qui est séparée de la véranda principale est appelée shan hom. On trouve souvent sur cette véranda une petite étagère en bois pour l’eau potable dans un bocal en terre cuite. De nombreuses maisons ont également un stand d’eau potable similaire près de la porte d’entrée, offrant de l’eau potable aux voyageurs et aux gens de passage.

Il n’y a pas de plafond sous le toit, de sorte que la chaleur se disperse rapidement à partir de la zone de service. À ce niveau du plafond, une étagère en bois ou en bambou appelée kwan offre un espace de rangement supplémentaire. Au sommet des échasses se trouvent les kua yan, des supports qui aident à renforcer la structure du toit et servent également de point d’appui pour les travaux sur les tuiles. Le mur de la zone de couchage qui s’étend jusqu’au toit est appelé hnab toen. Au-dessus de la porte de la chambre à coucher, il y a un linteau décoratif remarquable appelé hum yon. Un poteau situé à côté de l’escalier d’entrée s’appelle sao laeng mah, l’endroit habituel pour attacher les chiens qui gardent la maison.

Cette maison Kalae est construite à partir de poteaux et de poutres en teck. Les six paires de poteaux ont été lattées en forme octogonale. Ces poteaux supportent le poids de toute la maison. Les quatre murs s’inclinent vers l’extérieur au lieu de se redresser, afin d’augmenter l’espace pour les étagères à l’intérieur de la pièce. La caractéristique la plus remarquable d’une maison kalae est la présence de sculptures décoratives en bois ou kalae au sommet des pignons.

Contexte historique. Comme son nom l’indique, cette maison kalae appartenait autrefois à Oui Paad (grand-mère Paad), habitant Chomtong, au sud de Chiang Mai. On estime l’âge de la demeure a environ 80 ans. Entièrement en bois et d’une dimension de 7 mètres sur 12, la maison est considérée comme assez compacte. Cependant, la maison est surélevée de 48 pilotis, ce qui est un nombre inhabituellement élevé de pilotis pour une maison de cette taille. En décembre 2011, cette maison était considérée comme étant en bon état en raison des travaux de réparation continus depuis qu’elle a été transférée au Centre pour la promotion des arts et de la culture en 1993. Détails de cette maison (avec une vidéo).

Maison kalae – Heaun Phaya Wong

Heaun Phaya Wong. Cette autre maison kalae est composée de deux compartiments principaux qui partagent la même plate-forme. Chaque compartiment a des toits à pignon séparés. Entre les deux toits à pignon, il y a une gouttière en bois ou hang lin. Le couloir de transition sous cette gouttière est appelé hom lin. Les deux compartiments servaient de dortoirs à la famille élargie de Phaya Wong. Il y a un petit compartiment séparé à l’arrière pour la cuisine. La salle de bain a été construite à l’écart de la maison. La véranda couverte à l’avant, ou toen, est dotée d’une cloison en bois qui part du mur, appelée fah lab nang, pour donner un peu d’intimité aux femmes qui l’occupent pendant la journée. Elle a été très bien construite et n’a pratiquement pas été clouée. L’espace sous le pignon est haut sans plafond sous la structure du toit. Ceci afin de faciliter la circulation de l’air à travers le toit. Au lieu d’un plafond, il y a une étagère en bois ou un kwan pour stocker des objets tels que des nam ton (récipients d’eau en terre cuite). Au niveau du plafond, il y a également un kua yan pour donner des points d’appui lors de la réparation du toit.

La zone de couchage est séparée de la véranda avant par un mur continu allant du sol à la pointe du pignon appelé nab toen. Les portes des chambres peuvent être verrouillées de l’intérieur par un loquet appelé saew. Au-dessus de la porte de la chambre à coucher, il y a un linteau décoratif remarquable appelé hum yon. Sous la porte, il y a un seuil en bois, ou khom tu.

Le plancher est constitué d’une bande de planches larges et épaisses appelée pan tong. Ces planches, qui sont soutenues par un poteau à mi-portée appelé sao pok, aident à stabiliser la structure du plancher. Comme elles sont distinctes des planches normales, elles servent également de chemin solide pour marcher pendant la nuit car elles font moins de bruit. Le système de poteaux et de poutres de cette maison kalae est construit en bois de teck. Les poteaux ont été taillés en forme octogonale. Chaque compartiment principal et la terrasse avant utilisaient six paires de poteaux – à l’exception des poteaux du milieu. Les poteaux de soutien des murs sont traversés par des poutres appelées waeng qui soutiennent les solives qui, à leur tour, soutiennent les planches de bois. Sur les pignons avant et arrière, il y a des poteaux au milieu du pignon qui supportent la poutre supérieure appelée pae jong. Au sommet des poteaux qui ne supportent pas les pignons, on trouve des tang yo (chevrons du pignon supportant un système de tuiles).

L’angle du toit est d’environ 45 degrés pour permettre l’évacuation rapide des eaux de pluie. Le bord prolongé du toit est soutenu au niveau des poteaux par un solide yang kam. Sous les murs avant et arrière des pignons, il y a des ngab, des toits allongés pour protéger l’avant et l’arrière de la maison contre la pluie et le soleil. Le mur pignon est normalement constitué d’un panneau de bois composite appelé fa ta pa. Les murs avant et arrière du pignon sont à angle droit avec le sol, tandis que les murs sont inclinés vers l’extérieur pour créer des espaces supplémentaires à l’intérieur de la maison. Cette disposition des murs inclinés permet également de soutenir la structure du toit. Le mur est fait de planches de bois verticales appelées pan lan, avec des lattes couvrant les espaces entre les planches.

La maison est grande et surélevée par rapport au sol sur des pilotis pour obtenir une légèreté de forme et de belles proportions. À travers une forme nette et cohérente, la relation entre la masse, les plans et les espaces intérieurs et extérieurs fait toute la beauté de cette maison kalae.

Contexte historique. Cette maison appartenait à l’origine à Phaya Wong, un descendant d’une des familles aristocratiques de Lamphun qui vivait dans le district de Pasang, à Lamphun. La maison a été construite par son beau-fils, Phaya Ud, également chef d’un autre sous-district de Pasang vers 1890. La maison a été utilisée par la famille pendant trois générations avant d’être vendue, puis démantelée et reconstruite dans le temple de Suwanavihara à Lamphun. La maison a ensuite été vendue à M. Harry Wong puis offerte à l’Université de Chiang Mai en 1998 par la Fondation du Dr Winit-Khunying Pannee Winitnayapak qui a également soutenu sa reconstruction. Détails de cette maison (avec une vidéo).


Maison Tai Lüe – Heaun Mon Tood ou Heaun Oui Tood

Heaun Mon Tood ou Heaun Oui Tood est considéré comme une maison en bois de taille moyenne. Tout comme une maison kalae, cette maison Tai Lüe comporte deux compartiments avec une large véranda à l’avant. La terrasse, agrémentée d’une petite étagère en bois pour un pot en terre cuite d’eau potable, est reliée à la véranda. Le plus grand compartiment sert de zone de couchage, tandis que le plus petit sert de cuisine. Il n’y a pas de salle de bain dans la maison.

Entièrement construite en bois de teck et avec des dimensions de 7 mètres sur 12, la maison est considérée comme assez compacte. Cependant, la maison a été surélevée de 48 pilotis par rapport au sol, ce qui est un nombre inhabituellement élevé pour une maison de cette taille. Les poteaux sont en forme d’octogone et ont été perforés afin de supporter des poutres pour supporter le poids. Au niveau du plafond, il y a des kua yan ou entretoises qui aident à renforcer la structure du toit et servent également de point d’appui lors des travaux sur les tuiles du toit. Il n’y a pas de linteau décoratif (hum yon) au-dessus de la porte de la chambre à coucher,

Contexte historique. Oui Tood ou Mon Tood (arrière grand-mère Tood) était un descendant Tai Lüe vivant dans le district de Doi Saket, à l’est de Chiang Mai. La maison a été construite en 1917 par son mari, Por Noi Luang, à partir de bois collecté dans de nombreuses vieilles maisons alentour. Ajarn Sirichai Narumitrekhakan a acquis la maison mais le déménagement n’a commencé qu’après le décès de Mon Tood, à l’âge de 107 ans, deux ans plus tard. Le déplacement de l’édifice au Centre pour la promotion des arts et de la culture en 1993 a été soutenu par la Fondation Chumbhot-Pantip. Détails de cette maison (avec une vidéo).


Maison du nord thaïlandais – Heaun Oui Kaew

Heaun Oui Kaew. Cette maison de style traditionnel Lanna a été construite après la Seconde Guerre mondiale, principalement en bois dur. Elle a des pignons jumeaux avec une gouttière (ou hom lin) reliant l’extrémité des toits entre les deux pignon; l’avant et l’arrière de la maison sont reliés par une véranda. La structure et la disposition des maisons de cette période ont été héritées des maisons traditionnelles du Lanna, comme la hutte en bambou ou la maison tub mai bau et kalae. Une différence notable est l’escalier qui ne mène plus directement à l’avant de la maison. La terrasse n’a que la moitié de la largeur de la maison et est fermée par des cloisons en bois pour plus de sécurité.

La Heaun Oui Kaew mesure 7 mètres de large sur 10 mètres de long et n’est surélevée que d’un mètre par rapport au sol, ce qui la fait paraître assez petite. La construction est composée de piliers et de poutres pour supporter le poids de la maison. Des clous ont été utilisés afin d’accélérer le processus de construction. Un mur coulissant ou fha lai, très populaire à cette époque, a été utilisé à de nombreux endroits pour faciliter la ventilation. En utilisant des tuiles de ciment plus grandes, la pente du toit n’était donc pas si raide.

Contexte historique. Heaun Oui Kaew a été construite pendant la Seconde Guerre mondiale, juste à l’extérieur de la ville de Chiang Mai qui est entourée d’eau. Elle appartenait à Oui Kaew (grand-mère Kaew) et à Oui In (grand-mère In). Ajarn Vithi Phanichphant, avec le soutien de l’université Seika de Kyoto, au Japon, a acheté cette maison en 1987, avant qu’elle ne soit démolie. Oui In (grand-mère In) a déménagé dans une nouvelle maison mais Oui Kaew a choisi de continuer à vivre dans sa maison bien-aimée jusqu’à sa mort. La maison a été démontée et reconstruite au Centre pour la promotion des arts et de la culture de l’université de Chiang Mai en 1997. Détails de cette maison.


Maison populaire de Mae Taeng

Maison populaire de Mae Taeng. Adaptée du style des maisons traditionnelles, cette maison se compose de deux compartiments principaux avec des pignons jumeaux. Principalement faite de bois dur, elle est surélevée par rapport au sol grâce au système de poteaux et de poutres, avec des escaliers à l’avant et à l’arrière de la maison. Le toit en tuiles de terre cuite se prolonge à l’avant et couvre à la fois la véranda et la terrasse. La plate-forme de la chambre a été surélevée pour séparer la zone de couchage plus privée de la véranda.

Contexte historique. La maison a été construite en 1917 à Ban Pa Phai, Chor Lae, district de Mae Taeng, au nord de Chiang Mai. Elle a appartenu à Noi Ping et plus tard à Mme Kan Takham. La maison a été transférée, avec le soutien de la Fondation Chumbhot-Pantip, au Centre pour la promotion des arts et de la culture de l’Université de Chiang Mai en 2008. Détails de cette maison (avec vidéo).


Maison pan-ya – Heaun Anusarn Sunthorn

Heaun Anusarn Sunthorn.

Ici au nord, le style pan-ya3 a été influencé par le style colonial apporté par les missionnaires, les négociants en bois anglais et les gouverneurs de Bangkok. Ce style est une adaptation du style européen pour s’adapter aux conditions locales de chaleur et d’humidité. Grâce aux progrès technologiques, la coupe et le tournage sont devenus beaucoup plus faciles. Les poteaux, poutres et murs carrés étaient plus faciles à fabriquer et leurs surfaces plus lisses. Les clous, les écrous et les boulons étaient largement utilisés, ce qui permettait d’assembler rapidement des pièces de bois. L’aménagement de l’espace dans la maison est également inspiré du style européen. L’utilisation de meubles nécessite plus d’espace, c’est pourquoi le toit est large et couvre toute la surface de la plate-forme disponible. La véranda a été utilisée pour relier les pièces et servir également de zone de repos. La zone centrale de la maison remplit les principales fonctions.

Les maisons de style pan-ya ne mettent pas l’accent sur la décoration mais plutôt sur la simplicité. Cependant, des adaptations ultérieures ont ajouté quelques détails délicats comme des panneaux de bois perforés, adoucissant un brin le côté rude. Les piliers de style colonnade donnent également au style plus de légèreté.

Contexte historique. Luang Anusarn Sunthorn et sa femme Khamtieng ont construit cette maison pour leur fils, MD Yong Chutima, en 1924. Elle a été cédée par les descendants de Luang Anusarn Sunthorn au Centre pour la promotion des arts et de la culture en 2004. Là aussi, le transfert a été soutenu par la Fondation Chumbhot-Pantip. Détails de cette maison (avec vidéo).


Les greniers à riz (หลองข้าว, long khao)

Grenier à riz ou long khao, Sarapee

Long khao, Sarapee. Contexte historique. À l’origine, ce grenier à riz a été construit en 1907 par Por Toh et a ensuite été acheté par Por Muengjai Thongkamma de Ban Sanklang, dans le district de Sarapee, au sud de Chiang Mai. Le bâtiment de bois possède huit grands piliers, le compartiment de stockage au centre étant entouré d’un balcon sur tous les côtés. En 2008, le professeur Dr Hans-Jurgen Langholz et sa femme, Dr med. Dr phil. Agnes Langholz en ont fait un don à l’Université de Chiang Mai. En vous promenant dans la campagne de la province de Chiang Mai, vous pourrez voir de nombreux greniers à riz similaires.

Grenier à riz (long khao)

Bâtiments vernaculaires du Lanna, les greniers à riz étaient généralement fait de bois dur, gage de résistance et de durabilité. Habituellement, on utilisait le tronc entier comme poteaux pour les supports verticaux. Les poteaux sont légèrement inclinés vers l’intérieur pour mieux supporter les charges. Il y a des poutres appelées wang, des solives et des planchers en bois – la même structure que l’on trouve dans les maisons.

Il n’y a pas d’escalier; seule une échelle appelée kern est utilisée en cas de besoin. Les murs sont assemblés à partir de planches de bois verticales de l’intérieur sur des cadres en bois. Il n’y a pas de fenêtre, sauf une ouverture pour charger et décharger le riz. Les structures des murs sont similaires à celles que l’on trouve dans les maisons. Habituellement, ils étaient assemblés séparément sur le sol et mis en place après que toutes les autres parties de la maison aient été construites. Les panneaux muraux sont reliés par des boulons en bois. La structure du toit est également similaire à celle des maisons, avec un toit à un seul niveau. Cependant, ce grenier-ci a un toit à deux étages. L’étage supérieur présente une pente plus importante. L’étage inférieur a une pente plus faible avec des surplombs de tous les côtés, ce qui donne au toit un aspect délicat. Les tuiles d’origine étaient en argile ou en terre cuite (din kor), avec une décoration de type nga sur le pignon. On trouve encore ce style de grenier à grains dans les zones rurales du Lanna, notamment dans les districts de Sanpatong et de Mae Chaem.

Grenier à riz laohawat
Grenier à riz, Pasang (Nandakwang)

Cette grande grange à riz appartient à la lignée de la famille Nandakwang et était à l’origine située dans le district de Pasang, dans la province voisine de Lamphun. Les deux côtés de ce grenier à riz, à l’avant et à l’arrière, nah jua (la forme triangulaire sous le toit), sont décorés d’un motif de paon en bois raffiné. Les escaliers à l’avant et à l’arrière ont été adaptés de la structure originale de la grange à riz en y ajoutant un escalier permanent qui, à l’origine, utilisait l’échelle temporaire pour monter et descendre à chaque fois. En se basant sur son architecture originale, on estime que ce grenier à riz doit avoir entre 150 et 170 ans. Mme Sopa Muangkrajang (Nandakwang), propriétaire de l’édifice, en a fait don à l’université de Chiang Mai. Détails de cette maison.

C’est là la présentation détaillée de tous les bâtiments que vous pouvez admirer sur le site du musée des maisons traditionnelles du Lanna. Un musée dont nous vous conseillons vivement la visite.

In fine, prenez connaissance du regard d’un amoureux du Lanna, Jean de la Mainate, infatigable animateur du site Merveilleuse Chiang Maï. Il vous présente ce musée en deux parties, première et seconde partie, à son inimitable façon.


1 La source des informations publiées n’est autre que le site web du Centre pour la promotion des Arts et de la Culture, Université de Chiang Mai (CMU).
2 Le restaurant Chocolate Factory s’est installé en juillet 2018 mais son exploitation n’a hélas pas fait long feu ! La maison même, cœur du centre commercial, est donc pour l’heure fermée.
3 Le style pan-ya est d’influence indo-malaise; il se caractérise par un toit en croupe (type de toiture qui, côté pignon, est triangulaire en un ou deux pans inclinés dont un est un triangle et l’autre un trapèze).
4 C’est là un article original du magazine anglophone Citylife : Spotlighting the classic homes of Sanpatong

Source de l’image à la une : affiche recadrée de l’édition 2018 (© Centre pour la promotion des Arts et de la Culture, CMU). Article composé le 28.11.2019 mis à jour le 28.05.2020.

Vous appréciez notre travail ? Produire du contenu original demande du temps, des compétences et des connaissances. Utilisez nos liens d’affiliation tant pour vos hébergements, vos déplacements que les achats multimédias. Votre soutien ne vous coûtera rien de plus et nous aidera à continuer à vous offrir les informations que vous appréciez. Un grand merci à vous 🙏

Booking.com
Publicités

Un commentaire

Laisser un commentaire