1h15 pour relier Chiang Mai à Phuket en Hyperloop (via Bangkok) !

Ou Bangkok-Chiang Mai en seulement 30 minutes ! C’est là la promesse de TransPod, une startup canadienne qui vient de rendre publique en Thaïlande une étude de faisabilité. Une ligne Hyperloop plus rapide que l’avion reliant la Rose du Nord à la Perle de la mer d’Andaman, via Bangkok, la Cité des Anges. Trop beau pour être vrai ?


De nombreux projets en concurrence

EEC - Hispeed Train

© EEC

Les anges en ont vu d’autres ! Nous ne comptons en effet plus les projets ferroviaires pharaoniques ayant fait l’objet d’études ici en Thaïlande. Le TGV devait déjà être opérationnel pour l’année 2018 à en croire les oracles de naguère. Or, pas la moindre rame n’apparaît à l’horizon en gare de Chiang Mai ! C’est dire que c’est avec le plus grand scepticisme que nous accueillons ce nouveau projet, tout prometteur soit-il.

C’est par une décision du Parlement siamois datant de l’année 2010 que la volonté d’équiper le pays d’un réseau de trains à grande vitesse s’est faite jour : cinq lignes avaient été projetées, faisant participer tant les Japonais que les Chinois, deux pays qui maîtrisent cette technologie sophistiquée (les Français et leur TGV n’ont pas su convaincre). Hélas, trois fois hélas, le projet s’est enlisé : sur les 1800 kilomètres prévus, seuls une vingtaine ont été construits !


Les probables prochaines infrastructures

Thailand Skyline

© Facebook – Thailand Skyline

A l’heure qu’il est, deux projets de trains à grande vitesse ont les faveurs des autorités. En premier lieu, la liaison des trois aéroports internationaux de l’EEC – Eastern Economic Corridor, soit le corridor économique de l’est, entre Bangkok et Rayong, là où sont concentrées les grandes zones industrielles du royaume. Un triangle économique qui comprend les trois aéroports internationaux que sont DMK-Don Muang au nord de Bangkok, BKK-Suvarnabhumi à l’est et UTP-U-Tapao (Rayong) au sud-est. Il faut dire qu’avec un nombre de passagers en hausse continuelle, cette liaison est amplement justifiée (et économiquement profitable).

Quant au projet ferroviaire le plus avancé en matière de TGV, il verra sans doute relier Bangkok à Nakhon Ratchasima (appelée plus communément Khorat), en Isan. Une ligne qui pourra ensuite être étendue tant vers Nong Khai (et donc la Chine) au nord-est que vers Chiang Mai, au nord.

En savoir plus sur les projets ferroviaires thaïlandais :
High-speed rail in Thailand, un bref et utile historique proposé par Wikipédia
Railways, la présentation des divers projets par le BOI – Board of Investment
The High Speed Train, la liaison des trois aéroports de l’EEC en détail


L’Hyperloop pour la Thaïlande proposé par TransPod

Transpod Photo Montage

Images © TransPod

Et patatras : voilà qu’un nouveau projet, qui n’implique ni les Chinois ni les Japonais, parties prenantes des projets ferroviaires envisagés jusque là en Thaïlande, vient bousculer tous les schémas envisagés jusque là. Un projet qui a de quoi charmer il est vrai : un train Hyperloop circulant à 1000 km/h dans des tubes sous vide d’air, reliant Bangkok (au centre du pays) à Chiang Mai (ici au nord), avec une extension jusqu’à Phuket (au sud), soit quelque 1300 km au total. S’agissant d’une étude de faisabilité, beaucoup de chiffres sont avancés :

  • un taux de rentabilité de 13,78 % pour 5 années de construction et 30 années d’exploitation;
  • une augmentation du produit intérieur brut (PIB) de la Thaïlande de 4,7%;
  • la création de 184’000 emplois;
  • la réduction des émissions de carbone d’environ 1,2 million de tonnes par an;
  • l’économie de temps de trajet de l’ordre de 200 millions d’heures annuelles;
  • un coût de construction de 3% inférieur à une ligne à grande vitesse.

C’est dans le cadre de la récente campagne électorale que ce projet a été présenté en Thaïlande. TransPod, la startup canadienne, s’est en effet associée au jeune milliardaire Thanathorn Juangroongruangkit, le leader du parti politique Future Forward, qui promeut le projet.

Pourquoi nous n’y croyons pas ?
TransPod n’est pour l’heure qu’une startup qui n’a encore rien réalisé.
Chiang Mai ne s’inscrit pas dans les projets prioritaires évoqués ci-dessus.
S’associer à un parti politique n’est pas le meilleur gage d’une réalisation pérenne.

Transpod logo webNous aimerions bien y croire mais entre les intérêts économiques des Japonais, qui ne sont pas ceux des Chinois – ces derniers favorisant une liaison Pékin-Singapour qui passe par le Laos (et donc exclue de fait Chiang Mai) – difficile d’imaginer la concrétisation de ce nouveau projet qui ne s’inscrit dans aucun des plans dessinés jusque là. Sans parler des aspects politiques qui viennent encore compliquer la donne. On vous offre toute de même la vidéo promotionnelle du projet, de quoi vous faire rêver 3 minutes durant :

TransPod et son projet Hyperloop en Thaïlande
Communiqué de presse
Hyperloop in Thailand – Étude préliminaire de faisabilité de TransPod (en anglais)
Site web / Facebook / Twitter / Instagram / Linkedin / YouTube


Infrastructures projetées à Chiang Mai

Thailand Skyline Light Rail Chiang Mai

© Facebook – Thailand Skyline

Alors, bien sûr, ce serait merveilleux que Chiang Mai puisse être rejointe en 30 minutes depuis Bangkok puisque telle est la promesse de l’Hyperloop. Mais ce projet en suit beaucoup d’autres dont aucun encore ne s’est concrétisé ! On pense bien sûr à la liaison par TGV déjà évoquée entre la capitale et la Rose du Nord mais également à un nouvel aéroport CNX – envisagé d’abord à Sankamphaeng puis à Lamphun – un projet concurrent – et enfin sur le site de l’aéroport actuel. On pense également aux deux projets de trams qui font eux aussi rêver les habitants de cette ville qui ne compte pour l’heure aucune rue piétonne ! Et l’on pense enfin à la nouvelle gare routière elle aussi du côté de Sankamphaeng, à l’est de la ville. Des projets à foison pour une concrétisation nulle, pour l’heure.

Pour ce qui est du TGV, le problème principal de Chiang Mai est que, vu sa position géographique, elle ne se situe pas sur la route ferroviaire amenant en Chine. C’est plus probablement Nong Khai, plus à l’est, qui sera d’abord reliée au réseau chinois à grande vitesse.

Vu de l’extérieur, la Thaïlande risque d’être considérée comme le pays de l’esbroufe. Aucun des projets ferroviaires présentés n’a jamais été accompagné d’un solide plan de financement. Et pendant ce temps, le Laos, avec un PIB plus de 20 fois inférieur, accueillera très bientôt son premier train à grande vitesse construit par les Chinois. Pour qui a visité ce pays, l’un des plus pauvres du monde, le constat est plutôt piquant (et la fierté thaïlandaise en prendra un coup lors de la mise en service).

Bien entendu, nous sommes les premiers à souhaiter que l’infrastructure ferroviaire siamoise se développe au plus vite – et ce projet de train Hyperloop est plutôt emballant – mais les péripéties des dernières années en matière de projets ferroviaires ici en Thaïlande ne nous poussent pas à l’optimisme. On espère cependant qu’il ne s’agit pas d’un simple coup politique du jeune milliardaire qui rêve de faire tomber la junte militaire et qui a tout de même obtenu 6 millions de voix lors du scrutin des récentes législatives. En conclusion : qui vivra verra ! N’oublions pas que la vétusté actuelle des trains thaïlandais en fait tout leur charme. Le trajet nocturne Bangkok-Chiang Mai – qui plaît tant aux touristes – a encore de belles nuits devant lui…


Source photographique de l’image à la Une : vidéo © TransPod. Mise à jour le 10.04.2019

Powered by 12Go Asia system
Publicités

Un commentaire

Laisser un commentaire