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Festival Pu Sae Ya Sae – Mise à mort d’un buffle pour concilier les esprits

On raconte qu’ils voulaient manger le Bouddha…

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Âmes sensibles, s’abstenir ! Chaque année ici à Chiang Mai, dès les premières lueurs du jour, durant la pleine lune du 7e mois lunaire*, se déroule un spectaculaire festival animiste, le Pu Sae Ya Sae (สืบสานประเพณีเลี้ยงดง). Un rituel, autrefois parrainé par le roi du Lanna, qui implique le sacrifice d’un buffle de couleur sombre, effectué par un chaman local, qui doit en manger la chair crue et boire son sang – ce qu’il fait généralement après qu’il ait émis un cri strident. Cette cérémonie a lieu dans une clairière boisée au pied du Doi Kham, une colline à environ 15 km au sud-ouest de la ville, sise à Mae Hia (Canal Rd, non loin de Hang Dong). Mieux vaut s’y rendre tôt pour s’imprégner de l’ambiance locale, avant l’arrivée de quelques groupes de touristes ! Cette année, la cérémonie a lieu le vendredi 2 juin 2023, dès 7h du matin. Il vous faudra par conséquent venir avec votre propre moyen de transport (en louant un scooter ou négociant un song thaew par exemple).

NB : il ne nous appartient pas de porter un jugement sur des pratiques locales séculaires; nous tenons cependant à vous préciser que la mise à mort du buffle a lieu durant la nuit, avant l’événement public, une fête qui n’en reste pas moins spectaculaire. La voici résumée en vidéo :

Citylife a réalisé une autre vidéo résumant le rituel (basée sur la cérémonie de 2017).


De l’importance des esprits protecteurs…

Le rituel animiste dont il est question aujourd’hui, peu connu et archaïque, provient du peuple Luas (ou Lawas), une des ethnies régionales jadis au coeur du royaume du Lanna. Les Luas sont les premiers habitants connus de Chiang Mai, avant même la colonisation siamoise de la région, et même mon, soit une période antérieure à l’introduction du bouddhisme dans le nord de la Thaïlande. Nous vous avons déjà parlé du Festival annuel de l’Inthakin qui découle lui aussi d’anciennes croyances de ce même peuple premier. Trois esprits sont ici impliqués, de même que six esprits inférieurs : grand-père Pu Sae, gardien du Doi Suthep, son épouse grand-mère Ya Sae, gardienne du Doi Kham, et leur fils Sudeva Rishi. Ogres cannibales à l’appétit insatiable pour la chair humaine et le sang, ils hantaient jadis la région. On sait peu de choses des Luas, bien que l’on pense qu’ils fussent des chasseurs de têtes comme les Wa de l’État Shan, auxquels ils sont liés. Leur anthropophagie est étroitement liée au rituel Pu Sae – Ya Sae tel qu’il est encore pratiqué aujourd’hui.

Selon une légende locale, le Bouddha, arrivé ici par une vision lors d’un de ses rêves, remarqua un silence inhabituel, comme si le village était inhabité; il en demanda la raison. Les villageois lui apprirent alors que deux géants, mari et femme habitant la montagne, viennent souvent au village et en attrapent ses habitants pour se nourrir. Ce qui expliquait le calme apparent du village. Le Bouddha, compatissant face à ces villageois sans défense, partit à la rencontre des deux géants. Cupides, Pu Sae et son épouse Ya Sae, de même que leur fils Sudeva Rishi, voulurent dévorer le Bouddha. Celui-ci, ayant pris conscience de leur plan, leur fit d’abord peur en posant son pied sur un rocher – où se trouve aujourd’hui le Wat Phra Buddha Bat Si Roi dans le district de Mae Rim. Puis le Bouddha leur adressa un sermon et prédit qu’il y aura bientôt beaucoup de moines dans cette région, les exhortant à ne plus manger la chair des êtres vivants. Sudeva Rishi, le fils du couple, touché par la grâce du Bouddha, se convertit et devint moine, s’abstenant à jamais de consommer de la viande de toute sorte. Plus tard, il se déshabilla pour mener la vie d’un ermite, passant son temps en méditation dans une grotte au sommet de la montagne qui prit ainsi son nom : Doi Suthep. Pu Sae et Ya Sae, de mauvaises grâces, acceptèrent eux aussi de ne plus manger de chair humaine mais demandèrent au Bouddha la permission de manger seulement deux buffles par an, un chacun, en compensation. Le Bouddha fut réticent à cette requête; il les bénit tout de même, leur dévoilant cinq préceptes, puis les quitta.

Et c’est depuis lors que les habitants vivant autour du Doi Kham pensent qu’ils doivent se concilier les deux esprits, considérés comme les gardiens de la montagne, et donc protecteurs de la forêt, en sacrifiant chaque année deux buffles. Une seconde cérémonie, tombée dans l’oubli, se déroulait dans la forêt aux pieds du Doi Suthep. Il s’agit ici d’apaiser ces deux esprits car, malgré leur promesse, la crainte d’un retour à leur vieilles habitudes cannibales est toujours présente. Le buffle sélectionné est abattu avant l’aube. Si l’animal, qui est tué avec un gros couteau par un boucher musulman, tombe parallèlement au ruisseau Mae Hiya, la pluie sera abondante. La tête, les os, la viande, les entrailles et le sang sont séparés et déposés sur une natte, sous le regard bienveillant d’une illustration du Bouddha suspendue à un arbre. Le chaman – qui peut être une femme, exalté par le lao khao (une liqueur blanche), est soudainement et violemment possédé par les deux esprits et se met à manger la chair crue extraite des entrailles du buffle et à boire son sang. Après un moment, le chaman s’effondre sur le sol. Les esprits le quittent, satisfaits. Ce qui permet aux gens qui vivent autour de la montagne d’être rassurés une année de plus. A travers ce rituel effectué au début de la saison des pluies, les habitants espèrent également des pluies abondantes permettant de bonnes récoltes, de même qu’une bonne santé durant l’année (une nouvelle année, Songkran, qui a commencé à mi-avril selon le calendrier thaïlandais).

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Déroulement de la cérémonie

Selon la légende, le vieux couple anthropophage, Pu Sae et Ya Sae, vivait donc sur les deux montagnes toutes proches, le Doi Suthep et le Doi Kham. Sachant que le Bouddha allait un jour y venir pour se reposer, les dieux védiques Brahma et Indra ont béni le village en apportant une pluie d’or et d’argent. Comme il pleuvait de l’or au village, le Bouddha a prédit que cet endroit s’appellera Doi Kham, ce qui signifie « Montagne d’or ». Et comme il pleuvait de l’argent plus au nord, la montagne a été appelée Doi Ngoen, ce qui signifie « Montagne d’argent » (renommée plus tard Doi Suthep).

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Le terrain rituel, aux abords de la forêt, est déjà prêt dès 6h du matin : le buffle abattu se trouve dans un espace sacré devant douze maisons des esprits. La cérémonie en tant que telle commence généralement peu après 8 heures avec une procession, agrémentée de musique et de danses. Les femmes du village déposent les offrandes prescrites aux esprits : bananes, maïs soufflé, peau de porc, riz gluant, canne à sucre, tabac et aussi de l’eau, de même que des bougies argentées et dorées. Il y a là six plateaux pour l’esprit de la terre et 23 énormes plateaux de feuilles de banane pour les maisons des esprits, chacun contenant des cigares et des noix de bétel. Au sud de la zone rituelle se trouve un sala destiné aux visiteurs qui peuvent voir le médium à l’œuvre, un villageois de la région qui sera bientôt possédé par l’esprit de Ya Sae. A 8h20, Ajarn Phromma, le maître rituel, arrive pour lire les textes sacrés qui appellent les esprits à résider dans les différentes maisons pendant que la musique traditionnelle agrémente la fête. Vers 9h, la bannière Phra Bot, amenée dans un cercueil noir, est hissée – c’est une représentation du Bouddha, flanqué de ses disciples, Sariputra et Moggallana. Neuf moines, reliés au Bouddha par une ficelle de coton blanc, récitent des incantations saintes en langue pali. Vers 9h30, le médium, possédé par l’esprit, se dirige vers le buffle pour se régaler de sa chair crue et de son sang. Vers 10h15, le médium va rendre hommage au Phra Bot.

Ajarn Kraisri Nimmanhaeminda, dont le récit de Pu Sae – Ya Sae a été publié dans le Journal of the Siam Society en 1967, soutient de manière convaincante que la présence de moines bouddhistes et du Phra Bot au sacrifice de buffle est destinée à convaincre les esprits des anciens cannibales que le Bouddha est toujours vivant et qu’ils devraient donc adhérer à leur vœu d’abstinence de chair humaine. Pour les apaiser davantage, on leur accorde leur dernier souhait – de la viande de buffle fraîche avec l’approbation du propriétaire de ce dernier.

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Plusieurs pèlerins demandent à l’homme possédé d’attacher une ficelle blanche autour de leur poignet afin de s’attirer chance et santé. D’autres participants à la fête profitent du passage du médium dans l’assistance pour lui demander les numéros gagnants de la loterie ! C’est vers 11h que prend fin la cérémonie (édition 2016 en vidéo).

Des rites ancestraux

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Vous l’aurez compris, il s’agit là de rites ancestraux antérieurs au bouddhisme, ce dernier n’ayant aucune peine à intégrer les croyances animistes. Au même titre que le Festival de l’Inthakin, lui aussi découlant des croyances du peuple Lua, ou encore les rites visant à faire tomber la pluie à l’aide de fusées (fêtes que l’on retrouve au Xishuangbanna, au sud de la Chine, patrie des Dais), l’ensemble de ces fêtes font partie des rites de fertilité, les pluies assurant des récoltes abondantes (principalement de riz).

L’imbrication de rites chamaniques issus du peuple Lua avec des rites bouddhiste du peuple thaïlandais démontre à l’envi l’amalgame qui constitue le Nord thaïlandais, comprenant de nombreuses minorités ethniques. Les Luas et les Thaïlandais vivent ensemble depuis des siècles, partageant des terres et des traditions culturelles. Lorsque les Thaïs sont devenus dominants, ils n’ont pas cherché à éradiquer les rituels luas mais ont participé (en tant que bouddhistes) au rite (très non bouddhiste) du sacrifice de buffles pour adjurer les esprits :

Que le riz des Luas ne meure pas dans leurs rizières
Que le riz des Thaïlandais ne se dessèche pas et ne meure pas dans leurs rizières
Invocation du Festival Pu Sae Ya Sae

De toute évidence, la symbiose entre Lua et le nord de la Thaïlande est ancienne, étroite et fructueuse. Ainsi, les Luas sont toujours considérés et rappelés comme les ancêtres des Thaïlandais du Nord.

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Celles et ceux désirant approfondir le sujet liront avec intérêt le texte complet de la conférence qu’a donnée Reinhard Hohler le 13 septembre 2011 dans le cadre des réunions de l’INTG – Informal Northern Thai Group. Son titre en est Pu Sae -Ya Sae Spirit Worship: Highlighting the two sacred mountains of Chiang Mai. Ou encore l’article d’Andrew Forbes publié par CPA media, Pu Sae – Ya Sae – Guardian Spirits of Doi Suthep, agrémenté de quelques photos du rituel.

Nos lecteurs qui prendront la peine de participer à cette fête pourront, au retour, faire un détour par le Wat Doi Kham voisin, un charmant temple bouddhiste érigé sur la colline éponyme, qui abrite le grand Bouddha que vous aurez sans nul doute aperçu, un temple connu pour avoir fait gagner plusieurs dévots – ou crédules – à la loterie nationale (ce qui explique les offrandes fleuries qui affluent par milliers). Belle est la vue de là-haut. Ou encore passer l’après-midi au Royal Flora, un parc non dénué de charme (les plus jeunes voudront bien sûr faire trempette au Grand Canyon). On vous conseille également l’indispensable visite du temple tout proche Wat Intharawat (ou Wat Ton Kwen), témoin inestimable de l’architecture du Lanna. Et tout le monde de se retrouver au Brandnew Field Good, un café-restaurant en pleines rizières.

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© Bai Fern Feng Feng + Marco Rugo

* à noter qu’il existe plusieurs calendriers lunaires, ce qui explique la différence des mois si vous les comparez à nos autres publications

Nous remercions les Guides Kohlidays pour le crédit de la photo à la Une.
Sources éditoriales (traduction libre avec adaptation) : Chiang Mai Best, Reinhard Hohler (Chiangmai Mail et INTG – Informal Northern Thai Group) et Andrew Forbes (CPA media – The Asia Experts). Autre source non utilisée, celle d’un professeur de la CMU, en langue thaï donc. Mise à jour le 31.05.2023.

Khru Bawong à Lamphun. Exhumation d’un moine qui a quitté son écorce terrestre

Les moines momifiés (mammi phra en thaï, มัมมี่พระ). Voilà un thème cher aux dévots bouddhistes du Nord thaïlandais. Et l’exhumation de ces moines bouddhistes – exécutée à l’occasion de la cérémonie annuelle du changement de robe monastique à la date anniversaire de leur décès – attire les foules. C’est là une occasion pour vous de participer à d’émouvantes célébrations religieuses où les vénérables sont toujours autant vénérés. Mais dans ce cas, faites-le avec respect.

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Où vous apprendrez qu’il existe non pas un mais bel et bien deux moines bouddhistes dont les corps ont été momifiés dans le district de Li, à Lamphun. Tous deux font l’objet d’une grande vénération et d’une cérémonie annuelle de changement de robe monastique, tant pour Khru Bawong que pour Khruba Khaopi, événements hauts en couleur fixés selon la date de leur décès (on vous en dévoile le programme détaillé, ici pour Khru Bawong). Où leur enseignement vous est rappelé. Où vous en saurez plus sur les offrandes faites par les dévots à ce moment-là, sous forme de jolis khrua tan. Où l’on évoque la conservation des saints hommes dans les différents courants religieux. Et finalement où l’on vous donne nos conseils de visite des attractions de Li, dans la province voisine de Lamphun donc, non sans vous rappeler que le Lanna est pays aux nombreux saints hommes. C’est tout cela que vous apportera la lecture de cet article. Avec en bonus l’évocation d’un troisième saint homme de la province de Lamphun…

CÉLÉBRATIONS 2024 :
⦿ Changement de la robe monastique de Khruba Khaopi : du 1er au 4 mars 2024 (vidéo de l’édition 2021)
⦿ Changement de la robe monastique de
Khru Bawong : du 15 au 17 mai 2024
⦿
Commémoration de la disparition de feu Khruba Phrompha : 17 août 2024


« Quitter son écorce terrestre »

Certains reprochent à la Thaïlande son explosion touristique. Il est vrai que les attractions du royaume, fort nombreuses et variées, attirent les touristes par millions, toujours plus d’année en année¹. Bangkok est d’ailleurs une des villes les plus visitées au monde, si ce n’est la plus visitée². Chiang Mai attire également moult touristes parmi lesquels beaucoup de Chinois (nous consacrerons un jour un article à cet intéressant sujet). Malgré cette affluence, il est fort aisé de se balader en des contrées où le touriste se fait plus rare : Chiang Mai De-ci De-là s’escrime à vous faire connaître des lieux et des fêtes qui devraient titiller votre curiosité. Et l’événement annuel dont il est question aujourd’hui, un événement religieux exceptionnel, en fait indubitablement partie.

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© Facebook

« Quitter son écorce terrestre », voilà une bien belle expression pour parler de la mort, qui est vue bien différemment selon que l’on soit chrétien, bouddhiste ou encore agnostique ! Khruba Chaiyawongsa (ครูบาชัยยะวงศา), un moine bouddhiste devenu célèbre dans la région, appelé plus communément Khru Bawong (ครูบาวงศ์), a donc « quitté son écorce terrestre » en l’an 2000, le 17 mai. Mais son corps, qui ne s’est point décomposé et est donc momifié, fait l’objet d’un culte des plus étonnants. Ainsi, chaque année, les dévots procèdent à une cérémonie de changement de sa robe monastique. Cela se passe à Baan Phra Bat Huai Tom, dans le district de Li (sous-district de Na Sai), dans la province voisine de Lamphun, au sud de Chiang Mai (à 2h30 de route). Du 15 au 17 mai, les disciples de Luang Pu Khru Bawong, avec l’aide de nombreux moines et des villageois de la région, sont en fête; ils invoquent le corps de feu ce moine vénéré en se remémorant son enseignement. Le 16 mai a lieu le défilé et le 17 est le jour solennel où se déroule le changement de la robe monastique. Participez à cette cérémonie religieuse plus avec piété qu’avec curiosité (et soyez vêtu·e dignement).

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Programme habituel des festivités :

Le 15 mai :

  • 06h00 : offrandes matutinales aux moines;
  • 09h00 : réunion des moines au temple;
  • 10h30 : prières;
  • 11h00 : repas pris en commun avec les moines et les novices;
  • 19h00 : prières avec sermon.

Le 16 mai :

  • 06h00 : offrandes matutinales aux moines;
  • 09h00 : réunion des moines au temple;
  • 10h30 : prières;
  • 11h00 : repas pris en commun avec les moines et les novices;
  • 14h00 : grande procession autour du village;
  • 19h00 : prières avec sermon.

Le 17 mai :

  • 06h00 : offrandes matutinales aux moines;
  • 09h00 : réunion des moines au temple;
  • 13h00 : changement de la robe monastique de Khru Bawong avec procession, suivi d’une cérémonie où les fidèles peuvent apposer des feuilles d’or sur son corps.
  • 19h00 : prières finales avec sermon.
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Les conseils de notre reporter sur le terrain

De Chiang Mai, pour vous rendre dans le district de Li, privilégiez l’ancienne route Chiang Mai-Lamphun (route no 106). Après Pasang, elle devient vallonée, bordée de chaînes montagneuses de part et d’autre (en transports publics, passage obligé par la gare routière de Lamphun depuis laquelle un song thaew vous amènera à Li où vous devrez négocier pour vous rendre jusqu’au temple, à 5 kilomètres de là). Comptez 2h30 de route (bien plus par les transports publics). On vous conseille de passer la nuit sur place, ce qui vous permettra de vivre et la procession du 16 mai et celle du 17 mai où le corps est transporté. Le meilleur établissement doit être le récent Baan Paylin Resort; il est moderne et confortable, offrant une très belle vue sur les montagnes depuis le balcon de votre chambre (attention, réservation anticipée obligatoire car il affichait complet durant cet événement annuel). Réservez-le sur Booking.com. Autres attractions bouddhistes à visiter sur place : en bordure de route, vous ne pourrez manquer le site du Wat Mon Luang Sa (วัดมณหลวงษา) et ses divers éléments architecturaux éparpillés. De même que le Monument des Trois Moines (Three Khruba Monument, อนุสาวรีย์สามครูบา), au cœur de Li. Tout proche, deux autres temples valent le détour : le Phrathat Ha Duang (วัดพระธาตุห้าดวง) et ses deux imposantes portes, et, juste à côté, le Wat Phra That Duang Diao. Et bien sûr le magnifique chedi doré, le Chedi Phra Mahathat Si Wiang Chai (พระมหาธาตุเจดีย์ศรีเวียงชัย), qui correspond à l’attraction immanquable du district de Li. Ceux qui s’intéressent aux conditions de vie des Karens peuplant la région ne manqueront pas de faire un saut au Ban Huai Tom Royal Project (ศูนย์พัฒนาโครงการหลวงพระบาทห้วยต้ม), qui offre des opportunités professionnelles aux membres de cette minorité ethnique venue de Birmanie. Il y a également à l’est le lac Doi Tao (à sec durant la saison sèche) et plus au sud le parc national Mae Ping mais pour visiter pleinement ces deux derniers sites il vous faudra alors plus de temps à disposition !

Vous serez sans nul doute émerveillé par l’écrin où repose le corps momifié de Khru Bawong. Le bâtiment où les dévots viennent se recueillir recèle de très belles sculptures blanches sur les hauteurs. Sous le regard d’une statue du Bouddha, le corps du moine lui-même est protégé par une sorte de catafalque vitrifié, déposé sur un socle immense où l’argent brille, le tout dans un environnement protégé (et sous air conditionné).

La procession du 16 mai part du Wat Phra Bat Huai Tom (วัดพระพุทธบาทห้วยต้ม, ici) et fait le tour du village avec comme halte le Chedi Phra Mahathat Si Wiang Chai (พระมหาธาตุเจดีย์ศรีเวียงชัย, ) où sont déposés d’immenses khrua tan (explications en fin d’article). Dès lors, vous pouvez très bien l’attendre dans ce dernier lieu. A moins que vous ne vouliez prendre part à dite procession qui dure plus de 2 heures. Bien que de nombreuses boissons (le plus souvent sucrées) soit distribuées sur l’entier du parcours, il vous faudra encore vous protéger du soleil tapant, à l’aide d’une ombrelle ou d’un couvre-chef (qui n’est pas fourni sur place).


Khru Bawong parcourant les collines

Durant son existence, Luang Pu Khruba Wong a parcouru cette région vallonnée, abattant une quantité de kilomètres à pied et visitant beaucoup de villages des provinces de Lamphun, Tak, Mae Hong Son et Chiang Mai. Par conséquent, nombre d’habitants ont bénéficié de son enseignement (la région compte une importante communauté de Karens, une des nombreuses minorités ethniques du Nord thaïlandais). Jusqu’à ce qu’il s’établisse dans le temple du village de Baan Phra Bat Huai Tom, attirant de nombreux disciples. Lui-même végétarien, cet érudit insistait sur les méfaits de la consommation de viande, convertissant beaucoup de disciples au végétarisme (il faut savoir que nombre de temples bouddhistes en Thaïlande n’interdisent étonnamment pas de consommer de la viande). Khru Bawong a contribué à propager l’enseignement du bouddhisme, combattant l’ignorance (les habitants, très superstitieux, sont profondément attachés à l’animisme et croient à l’existence des pee, les fantômes). A travers cette commémoration annuelle, l’enseignement de Khru Bawong perdure. Restent les superstitions : les grands moines décédés font l’objet d’une grande vénération, à travers ces cérémonies commémoratives mais aussi en alimentant un marché immense, typiquement thaïlandais, celui des amulettes.

Quid de la conservation des corps dans le bouddhisme ?

Il peut paraître fort étonnant qu’un corps humain se conserve ainsi au fils des ans, évitant tout signe de décomposition, sans qu’il y ait eu un processus manuel de momification (nous n’avons pas – encore – réussi à savoir si le corps de Khru Bawong a fait l’objet d’analyses médicales poussées). La chrétienté connait aussi ses corps qui ne subissent que peu ou pas de putréfaction, évitant le processus normal de décomposition après la mort. Un état touchant les saints et les béatifiés appelé incorruptibilité, mis au bénéfice de l’intervention divine et perçu par les fidèles comme un signe de sainteté. Il y a également le phénomène de transfiguration vécu par le Christ (célébré tous les 6 août).

L’histoire du monachisme bouddhique nous apprend que des états spirituels supérieurs, atteints par une intense méditation, agissent sur la conservation des corps (ici en Russie, en Mongolie et bien sûr en Thaïlande); on retrouve parfois des moines momifiés à l’intérieur de statues (comme en Chine). C’est notamment le cas d’un état spirituel rare connu sous le nom de tukdam et réalisable après la mort. Au Japon par exemple, les Sokushinbutsu, des moines bouddhistes, suivaient jadis une longue pratique ascétique, les amenant à se momifier vivants – pratique interdite depuis. Ailleurs, d’autres observations font état d’un « corps arc-en-ciel » correspondant à l’état spirituel le plus élevé, proche de celui du Bouddha historique. La littérature et la tradition orale du bouddhisme font état de nombreux cas où la conscience, sous une forme subtile, voyage hors du corps grossier³.

Vous pourrez donc vous-même observer les restes momifiés en vous rendant à cet événement. Exceptionnel, disions-nous. Et l’on vous rappelle de participer à cette cérémonie religieuse plus avec piété qu’avec curiosité (en étant vêtu·e dignement).


Liens

  • Emplacement du Wat Phra Bat Huai Tom sur Google Maps.
  • Page Facebook dédiée à Khru Bawong.
  • Page Facebook Je suis Karen (ฮา กะเหรี่ยง, une des pages de la communauté karenne, parmi d’autres).
  • Village to the World (présentation officielle du village par Amazing Thailand – l’Office national du tourisme thaïlandais, en anglais).
  • CM77 (site web d’une radio régionale, avec le programme complet mais tout est en thaïlandais).
  • La radio locale, Li Radio, sur Facebook et sur le web.

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Le splendide Chedi Phra Mahathat Si Wiang Chai © Facebook – AnuKun..AR.boy

Que vous y alliez durant cette fête religieuse annuelle ou à un autre moment de l’année, vous ferez là un bien beau voyage dans une Thaïlande authentique, préservée du tourisme de masse, au contact d’une population campagnarde qui vous ravira. Un village à majorité karenne connu pour son tissage – il produit des textiles variés – et son argenterie (bagues, colliers), de même qu’une production coutelière. Magnifique est son chedi doré, le Chedi Phra Mahathat Si Wiang Chai (พระมหาธาตุเจดีย์ศรีเวียงชัย, photo ci-dessus), encore en construction, au milieu de la vallée (la procession y fait halte). Découvrez ici le village de Baan Phra Bat Huai Tom en vidéo :


Célébration 2018

Plusieurs médias locaux ont consacré des articles à cet événement exceptionnel. À l’image de la chaîne de radio CM77. Et comme dit événement a été filmé, on vous en livre ci-dessous la vidéo en espérant qu’elle vous donne envie de mettre ce rendez-vous à votre agenda l’année prochaine :

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Et un autre moine momifié à 15 km de là, Khruba Khaopi !

(Mise à jour du 28 février 2019). Après avoir participé aux festivités 2018, quelle ne fut pas notre surprise d’apprendre, dans le courant de l’année 2019, qu’une autre figure religieuse reposait elle aussi dans les mêmes conditions que Khru Bawong, à seulement 15 km de là ! Il s’agit de feu Khruba Khaopi4 (Khrubachao Aphichai Khaopi de son nom complet, ครูบาเจ้าอภิชัย ขาวปี en thaï). Moins connu que le précédent, son corps reste intacte alors que sa mort remonte à l’année 1977, le 3 mars pour être précis…

Or, Khruba Khaopi fait lui aussi l’objet d’une célébration annuelle de changement de robe monastique. L’événement, tout aussi exceptionnel, est étalé sur quatre jours et a lieu, en cette année 2019, du vendredi 1er au lundi 4 mars, au Wat Phraputthabat Pha Nam (วัดพระพุทธบาทผาหนาม), dans ce même district de Li donc, sous-district de Pa Phai cette fois-ci.

Ainsi, disciples, moines et villageois invoqueront le corps de Khruba Khaopi, qui ne s’est pas décomposé, durant cette cérémonie de changement de robe. Cette année, tous les fidèles participeront à la construction d’une pagode de sable afin d’accumuler les mérites5.

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Les temps forts du programme (le jour principal étant le dimanche) :

► VENDREDI 01.03.2019
▪︎ 7h00 : aumônes matinales aux moines
▪︎ 9h00 : divers préparatifs de la cérémonie

► SAMEDI 02.03.2019
▪︎ 7h00 : aumônes matinales aux moines
▪︎ Dès 9h30 : cérémonie de dépôt des khrua tan par les villageois alentour (la journée durant)
▪︎ 10h29 : prières et dévotions en compagnie de 42 moines
▪︎ 11h30 : partage du repas avec les moines et les novices
▪︎ 19h30 : prières et sermon

► DIMANCHE 03.03.2019 – A NE PAS MANQUER
▪︎ 7h00 : aumônes matinales aux moines
▪︎ Dès 9h30 : cérémonie de dépôt des khrua tan par les villageois alentour (la journée durant)
▪︎ 10h29 : prières et moulage du corps de Khruba Khaopi effectué par 42 moines
▪︎ 11h30 : partage du repas avec les moines et les novices
▪︎ 13h29 : CEREMONIE DE CHANGEMENT DE ROBE effectuée par 42 moines
▪︎ 19h00 : prières et sermon par 9 moines

► LUNDI 04.03.2019
▪︎ 7h00: aumônes matinales aux moines (fin de la célébration)

EN SAVOIR PLUS PLUS LE NET
Evénement Facebook.
Page Facebook du Wat Phraputthabat Pha Nam (วัดพระพุทธบาทผาหนาม จ.ลำพูน).
En savoir plus sur cette événement : CM77 97.5 MHz วิทยุล้านนา (mais c’est en thaï, source de la présente publication).
Plus d’information sur Khruba Khaopi (hélas en thaï seulement).

Un moine qui fait même l’objet de groupes Facebook comme celui-ci (ครูบาเจ้าอภิชัยขาวปี วัดพระพุทธบาทผาหนาม) et celui-là (บารมีอภิชัยโย(ครูบาเจ้าอภิชัยขาวปี)), groupes dans lesquels la vente d’amulettes va bon train !

La célébration religieuse à laquelle on vous convie est événement marquant et plutôt fastueux, en voici trois vidéos : geukmadotcom (célébration 2018) où l’on voit le corps de Khruba Khaopi, TV Lampang Online et enfin บริการรับถ่ายภาพทางอากาศ และถ่ายภาพทั่วไปทุกชนิด.

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Confection des khrua tan © Facebook

Indépendamment du changement à proprement dit de la robe monastique de Khruba Khaopi, clou de cette cérémonie religieuse, le temps fort du week-end, samedi et dimanche donc, est constitué par le dépôt des khrua tan par les villageois alentour. Les khrua tan (ครัวตาน en thaï) sont des jolies structures souvent en forme de sapin, pouvant être coiffées d’une ombrelle et constituées d’objets utiles aux moines, nourriture et autre argent nécessaire au fonctionnement du temple. Ces offrandes sont effectuées la journée durant afin d’accumuler des mérites, notion chère aux bouddhistes thaïlandais5. Vous avez là quelques exemples de khrua tan.

Les habitants du village de Baan Phra Bat Huai Tom sont plutôt accueillants; un village et son temple qui ont d’ailleurs fait l’objet d’un reportage que l’on vous offre ci-dessous :

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Commémoration de feu Khruba Phrompha

Autre événement religieux marquant qui a été porté à notre connaissance : la commémoration de la disparition d’un moine très vénéré, Khruba Phrompha, il y a de cela 35 ans 😌

Cela s’est passé du lundi 12 au dimanche 18 août 2019, avec une cérémonie plus importante samedi 17 août 2019, au Wat Phra Phutthabat Tak Pha (วัดพระพุทธบาทตากผ้า), dans la province voisine de Lamphun (à Makok, district de Pa Sang, précisément ici; comptez 1 heure de route depuis Chiang Mai).

Ici, pas de corps à vénérer puisque Khruba Phrompha a été incinéré; ne restent que ses reliques. Voici ce qu’a été le programme de cette semaine d’août 2019.  Du lundi 12 au dimanche 18, chaque jour : offrandes à 79 moines à 7h et cérémonies bouddhistes à 13h. Et surtout samedi 17 août 2019, le 17 août étant la date de son décès :

  • 7h : offrandes à 79 moines;
  • 9h : cérémonie religieuse en présence de 170 moines;
  • 11h : repas gratuit;
  • 13h : cérémonie religieuse avec un sermon bouddhiste.

Phra Phromtha Thera W. (appelé plus communément Khruba Phrompha, พระสุพรหมยานเถร) est l’ancien abbé du Wat Phra Phutthabat Tak, un temple perché sur une colline où sont organisés notamment des concours des fameux tambours du Lanna ou encore un pèlerinage annuel. Né le 30 août 1898, à Ban Pa Phaeng, dans ce même district de Pa Sang (en province de Lamphun, rappelons-le), il a quitté son écorce terrestre le 17 août 1984, s’étant éteint dans la posture de méditation à l’hôpital Maharaj Nakorn, ici à Chiang Mai. Sa crémation royale a été organisée le 30 janvier 1988. Lui qui a été ordonné à l’âge de 15 ans au temple Pa Hiang (le 24 avril 1912), son histoire est toute tournée vers le temple Phra Phutthabat Tak, où il a fondé un institut d’études bouddhistes ‘Pali Dharma’. Y était enseignée la méditation. Un temple qu’il a contribué à rénover (dès 1941) et dont il est devenu abbé en 1959. Très vénéré de son vivant, il a reçu l’honneur royal en 1957.

Plus d’informations sur cet événement (mais bien entendu, tout est en thaï) sur la page Facebook du temple, le site web ou encore l’événement FB.

Mise à jour : vous pouvez consulter l’album-photo officiel des célébrations 2019.

Signalons encore que si vous vous rendez dans ce temple perché sur une colline durant la saison fraîche, soit généralement de mi-décembre à mi-janvier, vous pourrez alors admirer un magnifique lever de soleil sur un paysage embrumé (la brume disparait vers 9h). On vous offre le spectacle dans cette vidéo.

KrubaPhrompha2019CoverWebsite

Et pour en savoir plus sur Khruba Phrompha (toujours en thaï) :
Page Facebook qui lui est dédiée.
Reportage TV sur cet éminence bouddhiste locale.
◉ Un de ses ouvrages contenant des ‘proverbes’ peut être consulté à la bibliothèque de l’EFEO ici à Chiang Mai.
◉ Quelques biographies sont disponibles : Dharma (ici et ), Treatise ou encore Wikipédia

On quitte Khruba Phrompha avec cette courte présentation vidéo :

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Les saints hommes du Lanna

Khruba Phrompha était donc un moine bouddhiste très connu, dans la lignée de Khru Bawong et de Khruba Siwichai (ครูบาศรีวิชัย), le moine le plus vénéré6 du Lanna. Un pays qui a décidément produit beaucoup de saints hommes. Celles et ceux désirant en savoir plus liront avec intérêt Bouddhisme et politique en Thaïlande : une relation complexe et ambiguë. C’est là une contribution de feu le regretté Arnaud Dubus pour Églises d’Asie. Si vous comprenez l’anglais, n’hésitez alors pas à lire son dernier livre : Buddhism and Politics in Thailand (publié par l’IRASEC – Institut de recherches sur l’Asie du Sud-Est contemporaine et disponible gratuitement; vous pouvez également acquérir la version Kindle). Il y parle entre autres de Khruba Siwichai et du mouvement de revitalisation bouddhiste dont il faisait partie. Mentionnons encore ici deux textes de référence (en anglais) : Charismatic Monks of Lanna Buddhism, un ouvrage écrit par l’anthropologue Paul Cohen, lui qui s’intéresse aux moines bouddhiques qualifiés de ton bun (littéralement « personnes de mérite ») par les fidèles des régions septentrionales de Thaïlande, avec Khruba Siwichai en couverture. Et The Saint with Indra’s Sword: Khruubaa Srivichai and Buddhist Millenarianism in Northern Thailand, une contribution d’importance de Katherine Bowie, anthropologue elle aussi et professeure à l’université de Wisconsin-Madison, affiliée au Centre d’études du sud-est asiatique, (texte en ligne).


1 Top 20 des destinations touristiques et des pays émetteurs – Réseau Veille Tourisme
2 Tourisme : Bangkok est la ville la plus visitée au monde en 2016 Mediaphore.com
3 Les états extra corporels dans le bouddhisme par Tsenshab Serkong Rinpotché – Study Buddhism
4 Autres graphies du nom ครูบา ขาวปี : Khruba Khaopee ou encore Kawpe.
5 Sur cet important concept cher aux bouddhistes thaïlandais, l’on vous invite à lire l’interview d’un grand spécialiste des religions, Odon Vallet, reproduite dans notre article Wat Ton Kwen à Chiang Mai. Offrande de riz et feu en l’honneur du Bouddha.
6 L’analyse de Samuel L’Hermitte apporte un intéressant éclairage sur le mot le plus adapté en l’espèce : Adorer, vénérer, révérer

Crédit photographique de l’image à la Une : inconnu. Source : CM77.
Article composé le 15.05.2018 et mis à jour le 11.12.2023

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La cérémonie annuelle du Labour Royal sur la place Sanam Luang, à Bangkok

Voilà une cérémonie importante aux yeux des Thaïlandais, et ce à double titre : d’une part, beaucoup d’entre eux vivent encore de l’agriculture – dont le riz constitue une part importante – et, d’autre part, elle réunit le roi sur la plus grande place de Bangkok (à défaut du monarque, un membre de sa famille). On vous en dit plus aujourd’hui, en vous indiquant comment y participer (sur place ou alors en direct à la TV comme sur les réseaux sociaux). À noter que cette journée – dont la date est mobile – est non seulement fériée mais correspond à la Journée des Agriculteurs.

La dernière cérémonie s’est déroulée mercredi 17 mai 2023, un jour férié donc. Elle a été diffusée en direct. Un bref reportage TV vous la résume.

La prochaine cérémonie est agendée au vendredi 10 mai 2024; elle débutera à 8h20.

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Thaïlande, pays rizicole

La Thaïlande est l’un des pays dont l’économie repose en grande partie sur l’agriculture. Cette dernière étant fortement dépendante du climat, celui-ci a par conséquent une grande influence sur ce pays qui fait partie des puissances agricoles de l’Asie du Sud-Est. Le royaume, couvrant une surface de 51,3 Mha, exploite 22,1 Mha de terres agricoles, soit 43% du territoire national. Avec près de 6 millions d’exploitations agricoles d’une surface moyenne de 3,1 ha, l’agriculture, qui a connu sa Révolution verte contribue à hauteur de 12,5% au PIB et mobilise 47% de la population active, avec 17 millions d’agriculteurs1. C’est dire que les traditions agricoles y sont encore fortement ancrées (c’est d’ailleurs l’un des premiers pays exportateurs de riz). La cérémonie dont il est question aujourd’hui en fait partie.

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La Fête du Sillon Sacré remise à l’ordre du jour

Chaque année se déroule la Cérémonie du Labour Royal ou la Fête du Sillon Sacré (wan phuet mongkhon, วันพืชมงคล en thaï2, the Royal Ploughing Ceremony pour les anglophones), sur l’esplanade Sanam Luang (สนามหลวง), en face du Wat Phra Kaew, le temple du Bouddha d’émeraude, à Bangkok donc, une cérémonie séculaire à laquelle vous pouvez assister. Connu sous le nom de raek na, ce rite brahmanique a lieu généralement en mai, la date étant fixée par les astrologues de la cour royale (une cérémonie bouddhiste précède d’un jour le rite brahmanique). Cette année, la cérémonie est fixée au mercredi 17 mai 2023. Les festivités devraient avoir lieu de 8h19 à 8h49. Quid de la présence de Sa Majesté le roi Rama X ?

C’est un jour férié dans toute la Thaïlande qui correspond, depuis 1966, à la Journée nationale des Agriculteurs. Il marque le début de la saison des plantations agricoles, plus précisément le repiquage du riz, et a pour but de favoriser de bonnes récoltes. La cérémonie suit un programme très strict au cours duquel le roi (ou un membre de la famille royale) conduit deux bœufs sacrés et laboure neuf cercles concentriques. Aux quatrième, cinquième et sixième cercles, le riz est semé dans les sillons, durant les trois derniers les semences sont recouvertes de terre. À la fin, les cultivateurs présents dans l’assistance viennent ramasser cette terre mêlée de grains de riz pour pouvoir ainsi la mélanger à leurs futures semences et s’assurer une bonne récolte. Par ailleurs, des assiettes d’offrandes sont préparées; si les bœufs mangent le contenu de ces assiettes, cela donnera une indication sur le résultat de la prochaine récolte. Pratiquée en Thaïlande depuis l’ère Sukhothaï (1238-1438), tombée en quasi désuétude à l’époque du roi Rama VII dans les années 1920 mais rétablie en 1960 par Rama IX (feu Bhumibol le Grand), cette tradition s’est perpétuée jusqu’à aujourd’hui suivant les préceptes de Rama V :

« Le roi en labourant le premier donne l’exemple à son peuple et l’incite à être assidu pour cultiver la terre ».

Retrouvez ici quelques photos d’archives. Voici par ailleurs les répétitions de la cérémonie de l’année 2018 :


La cérémonie dans le détail

On reprend ici la description de la cérémonie qu’en fait un spécialiste, Autour du Riz :

  • Deux bœufs sacrés sont attachés à une charrue en bois pendant que le roi trace dans la terre trois sillons représentant une rivière sacrée. Les bœufs de l’attelage royal vont prédire l’avenir des récoltes.
  • Les bœufs ont été sélectionnés de manière très rigoureuse. Leur queue doit être longue et large en son extrémité, leurs testicules doivent avoir la même taille, être bien pendants (!?) et leurs oreilles doivent être de dimension moyenne. Enfin, les cornes doivent être hautes et légèrement penchées vers l’avant.
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© Facebook – Payap University
  • Le maître de cérémonie désigné par le roi, le Phraya Raek Na, conduit une longue procession avec deux prêtres brahmanes portant l’eau bénite et des images dans des bols d’or.
  • Le Phraya Raek Na bénit ensuite quatre jeunes femmes, les Nang Thepis. elles symbolisent  les divinités qui portent le riz dans des bols en argent et en or. Ces jeunes femmes sont choisies parmi le personnel du Ministère de l’Agriculture.
  • Le Phraya Raek Na laboure neuf cercles concentriques.
  • Pendant le labour des quatrième, cinquième et sixième cercles, le riz est semé dans les sillons. Les trois derniers labourages servent à recouvrir le riz de terre.
  • À la fin du labour, sept plateaux d’or contenant du riz, du maïs, des graines de sésame, des haricots verts, de l’herbe fraîchement coupée, de l’eau et de l’alcool de riz sont présentés aux bœufs.  En fonction de ce qu’ils choisissent de manger ou de boire, les devins prédisent la qualité des futures récoltes. S’ils choisissent l’herbe, des épidémies sont à craindre. Par contre, s’ils jettent leur dévolu sur le riz ou le sésame, l’année sera bonne. Enfin, si l’eau est signe de crues, l’alcool, lui, est annonciateur des pires catastrophes !
  • Les fermiers attendent impatiemment la fin du rituel pour récupérer les graines qui sont réputées être de bon augure (les connaisseurs peuvent prendre connaissance des semences utilisées). Ils les mélangeront à  leurs propres graines ou les conserveront comme porte-bonheur.

  • Cérémonies des années covid

    En 2020, en raison de la pandémie du Covid-19 et des diverses mesures restrictives appliquées, la cérémonie, fixée au lundi 11 mai 2020, avait été annulée (ou du moins sa dimension publique). Alors qu’en 2019, les festivités avaient eu lieu le jeudi 9 mai, de 8h19 à 8h49, en présence de Sa Majesté le roi Rama X, couronné peu avant.


    Diffusion en direct (TV et sur le web)

    Pour les agriculteurs, cette cérémonie royale a pour but d’indiquer les prédictions quant aux récoltes de cette année. Crédulité et superstitions font partie de la vie quotidienne des Thaïlandais; ainsi, chaque année, les billets en cours de la Loterie nationale thaïlandaise sont à l’effigie de cette cérémonie.

    Si vous avez l’occasion d’être à Bangkok durant cette cérémonie, ne la manquez pour rien au monde. Fastes assurés puisque Sa Majesté Rama X la préside. À défaut, elle peut être suivie tant à la TV que sur le web, généralement dès 7h30 (heure de Thaïlande, soit dès 2h30 en Europe de l’Ouest). Voici les canaux probables de diffusion en direct sur internet :

    En attendant, si vous comprenez un brin l’anglais et que vous souhaitez vous adonner à la langue siamoise, vous pouvez vous familiariser avec le vocabulaire thaïlandais lié à ce thème.

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    Le choix des boeufs fait l’objet d’une attention toute particulière – © Facebook – Thai PBS

    Des bœufs soigneusement sélectionnés

    On l’a vu précédemment, les bœufs qui participent à ce rituel royal sont méticuleusement sélectionnés, exclusivement issus d’une race particulière, les taureaux blancs de Lamphun (Lamphun White Bull, un spécialiste des bovidés nous a cependant parlé de la race Ongole, originaire d’Inde…). C’est la province de Lamphun qui lui a donné son nom car cette race y était fort répandue. Il s’agit d’une race autochtone de bovidés que l’on retrouve ici au nord de la Thaïlande, principalement dans les provinces de Lamphun, de Chiang Mai et dans certaines régions de Lampang, Phayao et Chiang Rai. Bien qu’il soit appelé buffle blanc, sa peau est en fait rosée. Son origine n’est pas connue mais autrefois, c’était une race très populaire parmi les fermiers du nord thaïlandais. De nos jours, outre en vous promenant à la campagne, vous pouvez en admirer du côté de Mae Rim, peu avant le Tiger Kingdom. Ce sont parmi les plus imposants parmi les taureaux indigènes thaïlandais. Avec des caractéristiques distinctives et remarquables, il a donc été choisi comme taureau pour la cérémonie royale du labour. Les taureaux blancs de Lamphun font partie de l’héritage culturel et social du Lanna, et ce depuis la période Chamadevi (ou Jamadevi). L’année dernière, 2019 donc, ce sont deux couples qui avaient été choisis :

    • Phra Kho Phem et Phra Kho Pool
    • Phra Kho Phor et Phra Kho Peang.

    Ce site web vous dit tout de la cérémonie du labour royal (mais tout est en thaï).

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    Les bœufs, soigneusement sélectionnés, ont le choix, un choix duquel dépendront les récoltes de l’année © Facebook – Thai PBS (illustrations gauche et droite)

    Un rituel khmer également

    Sachez encore qu’une cérémonie similaire se déroule plus ou moins à la même date dans le pays voisin, lui aussi un royaume, le Cambodge. En savoir plus en prenant connaissance de cette page Facebook ou encore via Wikipédia. Cependant, tout comme en Thaïlande, l’édition 2020 a elle aussi été annulée.

    Pour celles et ceux qui apprécient plonger dans des éléments historiques, la lecture de l’article qu’ont consacré Alain et Bernard à ce sujet sera délicieuse : La Cérémonie du Labour Royal en Thaïlande, hier et aujourd’hui.


    Nos principaux articles sur Bangkok, envoûtante métropole :
    ▶︎ Nouveau à Bangkok : tour-de-ville en bus Hop on Hop off
    ▶︎ Festival annuel du tourisme thailandais au parc Lumpini
    ▶︎ Les guerriers chinois envahissent Bangkok
    ▶︎ Le père de l’art moderne thailandais est italien ? Si. Balades au gré de ses sculptures
    ▶︎ 1h15 pour relier Chiang Mai à Phuket (en hyperloop) en passant par Bangkok !
    ▶︎ San lak muang, le pilier protecteur de Bangkok

    Cérémonie de l’année 20203

    Cette année 2020, la Fête du Sillon Sacré a été fixée au lundi 11 mai 2020, jour férié (cérémonie publique aux heures habituelles qui sont de 8h19 à 8h49). Et donc la cérémonie bouddhiste qui précède devait avoir lieu le jour précédent, à savoir dimanche 10 mai 2020, à 17h, soit au Wat Phra Sri Rattana Satsadaram soit au Wat Phra Kaew (le temple du Bouddha d’émeraude), deux temples situés dans le complexe du Grand Palais (ou Palais Royal). Ce sont principalement des prières où officient des moines bouddhistes.

    Mais comme déjà indiqué, les festivités publiques sur la place Sanam Luang ont été annulées en raison des restrictions dues à la pandémie du Covid-19. La cérémonie est transformée en une cérémonie privée organisée dans les rizières de la villa Chitralada, au Palais Dusit.

    Au nom de S.M. le roi, c’est son conseiller privé, le général Surayud Chulanont, qui a présidé la cérémonie. Ce ne sont pas moins de 1 458 kg de riz qui ont été éparpillés, du riz fourni par le Département du riz et béni lors d’une cérémonie tenue au Temple du Bouddha d’Émeraude le jour précédent. Cinq souches de riz ont été utilisées : le Dok Mali 105, qui résiste à la sécheresse, le Pathum Than 1, un riz collant, le Kor Khor 43, qui peut être récolté dans les 95 jours suivant sa plantation, le Kor Khor 6, qui résiste à la sécheresse et a un rendement élevé, et enfin le Kor Khor 79, qui a un rendement élevé et résiste aux cicadelles brunes.

    Après la cérémonie, ces grains de riz ont été mis dans de petits paquets qui seront distribués gratuitement aux agriculteurs de tout le pays ou à toute personne intéressée par la riziculture.

    Cette année et contrairement à la tradition, aucun bœuf n’a été utilisé pour la prédiction des récoltes ! Et donc aucun grain de riz béni n’a été dispersé sur le sol de la place Sanam Luang. Au grand dam du Seigneur des labours, le Phraya Raek Na, Anant Suwanrat, secrétaire permanent du ministère de l’Agriculture et des Coopératives agricoles. Quelques photos de la cérémonie sont visibles ici.

    On croise les doigts pour que bonnes soient les récoltes à venir.


    Cérémonie de l’année 20194

    À la différence de l’année dernière, c’est un roi couronné qui a présidé la cérémonie de cette année 2019 puisque S.M. le roi Rama X s’est couronnée le 4 mai dernier (s’étant marié discrètement quelques jours plus tôt). Que les agriculteurs thaïlandais soient ici rassurés : il y aura suffisamment d’eau pour l’agriculture, tandis que le riz, la nourriture et les fruits seront abondants cette année. C’est là le résultat des prédictions.

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    À gauche, Ses Majestés le roi Rama X et la reine Suthida. À droite, les quatre Nang Thepis. symbolisant  des divinités © Facebook – NationPhoto

    En l’espèce, les bœufs sacrés ont bu de l’eau et ont mangé de l’herbe et du riz cette année, ce qui indique que la production agricole (riz, nourriture et fruits) sera abondante et que l’eau sera « modérément suffisante ».

    La prédiction a également été confirmée par le choix d’un morceau de tissu par le Phraya Raek Na (Anant Suwanrat, secrétaire permanent du ministère de l’Agriculture, a exercé cette fonction). Alors qu’on lui offrait trois morceaux de tissu du même motif pliés pour masquer leurs longueurs de quatre, cinq et six kueb (unité traditionnelle thaïlandaise basée sur la portée des palmes), le Seigneur des Labours a choisi cette année un drap de cinq kueb. Cette longueur prédit que les niveaux d’eau seront modérément suffisants et que les cultures de riz seront abondantes, de même que la nourriture et les fruits.

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    Les graines royales censées apporter de bonnes récoltes © Facebook – NationPhoto

    Et comme à chaque fois, en fin de cérémonie, des spectateurs se sont rués sur les graines semées par le Seigneur des Labours espérant recueillir prospérité et bonne chance. Superstitieux, certains les garderont en guise de porte-bonheur, alors que de nombreux agriculteurs les mélangeront avec leurs propres graines qui, une fois plantées, garantiront une bonne récolte. Comme bien souvent en Thaïlande, le tout se fait dans l’allégresse et la bonne humeur; la preuve en images.

    On vous l’a communiqué dans cet article ainsi que sur notre page Facebook, cette célébration était diffusée en direct sur de nombreux canaux (elle dure 1h30). On vous l’offre ci-dessous en espérant que la chance vous accompagne vous aussi. Qui sait, peut-être sera-ce pour vous l’occasion de voir pour la première fois Sa Majesté la ravissante reine Suthida.

    Autre direct diffusé sur YouTube par Thai PBS.


    Cérémonie de l’année 2018

    Cette cérémonie a été diffusée en direct FB par Thai PBS :

    Placés devant plusieurs bols de nourriture, les bœufs royaux thaïlandais ont parlé, en mangeant de l’herbe et de l’eau. Les augures en déduisent que l’année à venir promet de bons rendements dans les fermes de plaine, plus modestes en « altitude ». Par ailleurs, comme leur museaux a trempé également dans la coupelle d’alcool, les astrologues sont formels : la Thaïlande va connaître cette année de meilleures relations avec les autres pays.

    « D’après les prédictions royales, il y aura cette année beaucoup de riz, de fruits et de nourriture », a expliqué Thanit Anekwit du ministère de l’Agriculture. Et puisqu’ils ont bu de l’alcool, « les relations commerciales et diplomatiques avec les pays étrangers seront facilitées », a-t-il ajouté.

    À la fin de la cérémonie, la foule, principalement des agriculteurs, n’a pas manqué de se précipiter sur le champ pour récupérer les grains de riz, considérés comme porte-bonheur. Une des nombreuses superstitions qu’entretiennent les habitants du royaume thaïlandais.

    Nation Photo nous offre de magnifiques clichés : la cérémonie agreste impliquant deux magnifiques bœufs et la joie des agriculteurs récoltant les grains de riz porte-bonheur.

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    © Facebook – Nation Photo

    1 Chiffres de l’année 2013 selon le Ministère français de l’Agriculture et de l’Alimentation. En savoir plus sur le site du Ministère français et du Gouvernement du Canada.
    2 Littéralement, วันพืชมงคล (wan phuet mongkhon) signifie le jour auspicieux de la plantation. Le nom complet du rite en thaïlandais est พระราชพิธีจรดพระนังคัลแรกนาขวัญ, soit phra ratcha phithi charot phra nangkhan raek na khwan.
    3 Sources : PPTV HD36, Royal World Thailand – รอยัล เวิลด์ ประเทศไทย et Thai PBS World (traduction libre).
    4 Cette partie reprend librement la traduction française effectuée par ThaiVisa de l’article original en anglais publié par The Nation.

    Source éditoriale (outre celles mentionnées ci-dessus) : ONT – Office national du tourisme thaïlandais. Source de la photo à la une (Kapook). Article composé le 13.05.2018 et mis à jour le 02.05.2024.

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