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Ok Pansa, la fin de la retraite monastique

Aujourd’hui en Thaïlande¹. Ok Pansa² (ออกพรรษา), importante fête marquant la fin de la retraite monastique bouddhique qui dure trois mois lunaires. Elle est fixée à la pleine lune du 8ᶱ mois du calendrier lunaire, coïncidant avec la fin de la saison des pluies (la mousson en Inde). Vous entendrez peut-être le terme thaï Wan Ok Pansa (วันออกพรรษา), wan (วัน) signifiant jour. Le terme thaïlandais Ok (ออก) quant à lui se traduit par sortir, quitteraller dehors. Et Pansa (พรรษา) signifie période, ici la saison des pluies. On vous explique en quoi consiste cette tradition, les cérémonies qui y sont liées, plus particulièrement à Chiang Mai, et l’on termine en vous expliquant pourquoi il ne faut pas parler de « carême ».


Vassa, la retraite monastique de trois mois

Il s’agit donc de sortir de la période correspondant à Vassa, la retraite monastique de la saison des pluies, une période plus favorable à la méditation, à l’étude auprès du maître, ou encore à la formation des jeunes moines. Cette période est aussi une occasion de rapprochement avec les laïcs, qui viennent dans les temples écouter des prêches et manifestent leur soutien aux moines tout en s’acquérant du mérite par des offrandes. Certains laïcs font vœu d’observer durant la période de Vassa une ou plusieurs règles qu’ils pensent favorables à leur évolution spirituelle, comme manger plus sobrement, s’abstenir de fumer ou de boire de l’alcool, s’abstenir de distractions vaines, faire une offrande quotidienne aux moines, etc. C’est durant cette période que les hommes thaïlandais, le plus souvent de jeunes célibataires, prennent l’habit temporairement pour la saison des pluies.

C’est le Bouddha historique qui a proposé à ses disciples de profiter de cette période, où ils pouvaient difficilement se déplacer du fait des conditions météorologiques, pour faire une « retraite des pluies » : se poser, recentrer la pratique et prendre une « résolution », dans le sens d’un effort particulier pour accélérer l’avancée sur la voie de la libération de la souffrance et de l’ouverture du cœur.

À l’issue des trois mois, a lieu le rite d’invitation (à discuter des fautes) ou Pavarana. Il débute par un rituel où la récitation des règles monastiques (Patimokkha) est généralement écourtée pour laisser plus de temps à l’examen par les moines de la pureté de leur conduite (Purisuddhi). Une coutume expliquée par le besoin de résoudre les frictions consécutives à trois mois de vie communautaire.

Pour celles et ceux qui pratiquent (ou qui sont attiré(e)s par la pratique bouddhique), on vous livre ici les suggestions de pratique du Dhamma de la Forêt, soit le bouddhisme Theravâda dans la Tradition de la Forêt, une tradition bouddhique née en Thaïlande dont un des derniers grands maîtres fut le Vénérable Ajahn Chah Subhatto : suggestion de pratique en 2018, 2017 et 2016 (profitez-en, tout est en français).


Cérémonies en lien avec Ok Pansa

En Isan, le nord-est thaïlandais, grenier à riz du royaume, cette journée est marquée par des défilés de bateaux illuminés remplis d’offrandes. Un moyen de faire plaisir aux esprits Nāga. Occasion également de lâcher des lanternes célestes. La mise à l’eau des bateaux et le lâcher des lanternes symbolisent l’élimination des sentiments négatifs inutiles et l’espoir d’une réalisation des souhaits.


Et à Chiang Mai ?

Photoวีรวัฒน์ พรหมเมือง

© Facebook – XXX

Rien de toute cela à Chiang Mai et sa région. Cependant, les temples ce jour-là sont plus animés qu’à l’accoutumée. Ainsi, en vous rendant dans les temples bouddhistes en matinée (tôt), vous pourrez alors y voir des prières et autres cérémonies religieuses spécifiques. Comme ici au Wat Doi Kham, au sud-ouest de la ville.

Ok Pansa est cependant un « jour du Bouddha », soit un jour de pleine lune, où la vente d’alcool est prohibée (ce qui explique que de nombreux bars ferment ce soir-là). Contrairement à Khao Pansal’entrée dans la retraite monastique de trois mois,  Ok Pansa – sa sortie – n’est pas un jour officiellement férié. Ici au nord de la Thaïlande, ce jour d’Ok Pansa est suivi, le lendemain aux aurores, d’offrandes spectaculaires aux moines, Tak Bat Thewo. Débute ensuite Thod Kathin (ou Kathina), un mois où les dévots offrent aux moines bouddhistes leurs nouvelles « robes » (on vous tient bien entendu informé des diverses célébrations dans la région de Chiang Mai, que ce soit sur le présent site web ou notre page Facebook).

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Pourquoi parler (erronément) de Carême bouddhique ?

La plupart des blogueurs – qui ne s’intéresse manifestement pas à la théologie – et avec eux l’Office du tourisme thaïlandais, se réfèrent à des sites anglophones qui, pour cette fête, parle de Buddhist Lent (Lent provient du vieil anglais lencten signifiant printemps). Le problème est que le terme français carême retenu en guise de traduction provient du latin vulgaire quaresima et signifie une période de quarante jours (sans compter les dimanches) située entre le mardi gras et le jour de Pâques, événement central du christianisme, alors qu’Ok Pansa est une période de 3 mois lunaires. La durée du Carême fait en particulier référence aux quarante années passées au désert par le peuple d’Israël entre sa sortie d’Égypte et son entrée en terre promise; elle renvoie aussi aux quarante jours passés par le Christ au désert entre son baptême et le début de sa vie publique. Ce chiffre de quarante symbolise les temps de préparation à de nouveaux commencements.

Qui plus est, Ok Pansa ne concerne que les moines bouddhistes (bien que certains pratiquants bouddhistes s’engagent à certaines privations) alors que le carême touche, lui, toute la communauté chrétienne, laïques comme membres du clergé.

Que ce soit par extension (période de jeûne), par métonymie (privation de nourriture, de plaisirs) ou par analogie (période d’abstinence, de privations), le terme de carême ne recouvre qu’imparfaitement la période de retraite monastique dont il est question ! Évitons par conséquent de l’utiliser pour traduire la fête de Ok Pansa³. Si le Père P. Jean-Paul Sagadou précise que le ramadan n’est pas le carême des musulmans et le carême n’est pas le ramadan des chrétiens, nous ajouterons alors que Ok Pansa n’est pas le carême des bouddhistes.

Ceci dit, BuddhaChannel nous rappelle que le jeûne est une tradition de toutes les religions (juive, chrétienne, musulman comme bouddhiste).


Pour aller plus loin – Conseils de lecture

Peut-être que la pratique du bouddhisme vous attire. Si tel devait être le cas, le mieux est d’entamer une retraite dans un temple (celle de 10 jours a les faveurs de nombreux adeptes). Nous consacrerons un jour un article à cette pratique. À défaut, commencez donc par lire des ouvrages en lien avec le bouddhisme, une religion qui, sans être prosélyte, attire beaucoup de sympathisants occidentaux. On vous conseille ici quelques lectures introductives, omettant volontairement les ouvrages faisant référence à d’autres écoles du bouddhisme, telle le Véhicule du Diamant cher aux Tibétains ou le zen que pratiquent les Japonais.

Bouddhisme - Livres Montage 1.jpeg

Tout d’abord l’Introduction à l’enseignement du Bouddha et à sa pratique de Michel Henri Dufour, un auteur affilié à la tradition Theravâda de la forêt propre à la Thaïlande. Vous touchez là à l’enseignement de l’École des Anciens, l’essence du bouddhisme. Beaucoup de personnes sont venues au bouddhisme par la lecture de L’Enseignement du Bouddha – D’après les textes les plus anciens, best-seller de Walpola Rahula. Si vous optez pour une vision d’ensemble non dénuée d’humour, Le Bouddhisme Pour les Nuls est fait pour vous (version poche). Édition plus récente fort appréciée elle aussi, 50 notions clés sur le Bouddhisme pour les Nuls est l’œuvre de Marine Manouvrier, professeur au riche bagage académique. Un ouvrage clair et concis.

Il nous semble intéressant de savoir comment se vit le bouddhisme au quotidien. Et qui mieux que Fabrice Vidal sait transmettre et son expérience et ses connaissances ? Comment être bouddhiste ? C’est là le titre d’un livre que nous vous recommandons. Vous pourrez ensuite poursuivre avec le coffret Pratique de la méditation (il contient un livre, un CD audio et un DVD). Dans le 3e ouvrage présenté ici, Fabrice Midal nous parle de son expérience – ce que vingt-cinq ans de méditation lui ont appris. Un livre au très beau titre : Frappe le ciel, écoute le bruit.

Bouddhisme - Livres Montage 2

Ce sont là des références destinées aux personnes désirant s’initier au bouddhisme (et non pas à celles déjà versées dans la pratique). On se permet tout de même de vous rappeler que le propre du bouddhisme est la méditation. Vous pouvez lire tous les livres que vous voulez, votre connaissance du bouddhisme ne sera qu’intellectuelle. Or, l’essence-même du bouddhisme est d’oublier tout savoir et de pratiquer la méditation. Ceci afin d’atteindre l’Éveil.

Amazon Livre 12 - DvaravatiOn termine par un beau-livre, Dvaravati : Aux sources du bouddhisme en Thaïlande. Il s’agit du catalogue d’une ancienne et splendide exposition au musée Guimet, qui vous donne à admirer, en vous donnant quelques clefs explicatives, les œuvres bouddhistes de l’art Dvâravatî, une civilisation qui a perduré au nord de l’actuelle Thaïlande jusqu’à la conquête de Haripunchai par le roi Mengrai, fondateur de la ville de Chiang Mai, à la fin du XIIIe siècle.


Vous l’aurez compris, avec l’entrée des bonzes dans la retraite monastique de trois mois, Asaraha Bucha et Khao Pansa, cette sortie, Ok pansa, fait partie des plus importantes célébrations bouddhistes de l’année ici en Thaïlande, où le courant largement majoritaire est le bouddhisme Theravāda. Sans oublier la cérémonie des offrandes de nouvelles robes aux moines, Thod Khatin, de même que Makha Bucha, commémorant deux événements de la vie du Bouddha historique.

Quel que soit votre statut, n’hésitez pas à vous rendre dans les temples bouddhistes de Chiang Mai et d’ailleurs. Fête ou pas fête, il y règne toujours une ambiance particulière, certains temples étant porteurs d’une indéniable énergie tellurique.

Photo Saran Wiki - Groupe FB ‎ธรรมะของพระอรหันต์ สายหลวงปู่มั่น ภูริทัตโต

© Facebook – Saran Wiki


¹ En 2018, mercredi 24 octobre (en 2017, il s’agissait du 5 octobre).
² Nous avon adopté la transcription Ok Pansa pour le terme thaï ออกพรรษา et Wan Ok Pansa pour วันออกพรรษา. Cela nous semble correspondre à la meilleure solution pour les locuteurs francophones. Sur le web, vous trouverez moult variables, en fonction de la langue du site (généralement anglaise) : Ok, Ork ou Awk pour ออก et Phansa ou Pansa pour พรรษา. Quoi qu’il en soit, le Système général royal de transcription du thaï (RTGS) transcrit ออกพรรษา par aawk phan saa.
³ Feu Maître Capello vous en sera reconnaissant 😏

La source de la photo à la Une nous est malheureusement inconnue. Mise à jour le 25.10.2018

Ok phansa, la fin de la retraite monastique en Thaïlande

À mi-octobre1 en Thaïlande, est fêtée ok phansa2 (ออกพรรษา), importante fête religieuse marquant la fin de la retraite monastique bouddhique qui dure trois mois lunaires. Elle est fixée à la pleine lune du 8e mois du calendrier lunaire, coïncidant avec la fin de la saison des pluies (la mousson en Inde).

Vous entendrez peut-être le terme thaï wan ok phansa (วันออกพรรษา), wan (วัน) signifiant jour. Le terme thaïlandais ok (ออก) quant à lui se traduit par sortir, quitteraller au dehors. Et phansa (พรรษา) signifie période, ici la saison des pluies. On vous explique en quoi consiste cette tradition, les cérémonies qui y sont liées, plus particulièrement à Chiang Mai, et l’on termine en vous expliquant pourquoi il ne faut pas parler de « carême ».

Prochaine date de la fête ok phansa en Thaïlande : jeudi 17 octobre 2024


Vassa, la retraite monastique de trois mois

Il s’agit donc de sortir de la période correspondant à Vassa, la retraite monastique de la saison des pluies, qui débute traditionnellement le lendemain d’Asanhabucha, fête commémorant le premier sermon du Bouddha. C’est une période plus favorable à la méditation, à l’étude auprès du maître, ou encore à la formation des jeunes moines. Cette période est aussi une occasion de rapprochement avec les laïcs, qui viennent dans les temples écouter des prêches et manifestent leur soutien aux moines tout en s’acquérant du mérite3 par des offrandes. Durant la période de Vassa, certains laïcs font vœu d’observer une ou plusieurs règles qu’ils pensent favorables à leur évolution spirituelle, comme manger plus sobrement, s’abstenir de fumer ou de boire de l’alcool, s’abstenir de distractions vaines, faire une offrande quotidienne aux moines, etc. En Thaïlande, le Festival Végétarien – qui dure 9 jours – coïncide généralement avec cette période. C’est durant cette période que les hommes thaïlandais, le plus souvent de jeunes célibataires, prennent l’habit temporairement pour la saison des pluies.

C’est le Bouddha historique qui a proposé à ses disciples de profiter de cette période, où ils pouvaient difficilement se déplacer du fait des conditions météorologiques, pour faire une « retraite des pluies » : se poser, recentrer la pratique et prendre une « résolution », dans le sens d’un effort particulier pour accélérer l’avancée sur la voie de la libération de la souffrance et de l’ouverture du cœur.

Photo DMC
© DMC.TV

À l’issue des trois mois, a lieu le rite d’invitation (à discuter des fautes) ou pavarana, วันมหปวารณา en thaï (wan maha pawarana)Il débute par un rituel où la récitation des règles monastiques (patimokkha) est généralement écourtée pour laisser plus de temps à l’examen par les moines de la pureté de leur conduite (purisuddhi). Une coutume expliquée par le besoin de résoudre les frictions consécutives à trois mois de vie communautaire.

Pour celles et ceux qui pratiquent (ou qui sont attiré(e)s par la pratique bouddhique), on vous livre ici les suggestions de pratique du Dhamma de la Forêt, soit le bouddhisme Theravâda dans la Tradition de la Forêt, une tradition bouddhique née en Thaïlande dont un des derniers grands maîtres fut le Vénérable Ajahn Chah Subhatto : suggestion de pratique cette année 2020 (vous pouvez consulter les anciennes suggestions, pour 2019, 2018, 2017 et 2016; profitez-en, tout est en français).


Cérémonies en lien avec ok phansa

En Isan, le nord-est thaïlandais, grenier à riz du royaume, cette journée est marquée par des défilés de bateaux illuminés remplis d’offrandes. Un moyen de faire plaisir aux esprits Nāga. Occasion également de lâcher des lanternes célestes. La mise à l’eau des bateaux et le lâcher des lanternes symbolisent l’élimination des sentiments négatifs inutiles et l’espoir d’une réalisation des souhaits.


Et à Chiang Mai ?

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Rien de toute cela à Chiang Mai et sa région. Cependant, les temples ce jour-là sont plus animés qu’à l’accoutumée. Ainsi, en vous rendant dans les temples bouddhistes en matinée (tôt), vous pourrez alors y voir des prières et autres cérémonies religieuses spécifiques. Les offrandes matinales aux moines sont plus riches qu’habituellement. Ainsi, les familles du Lanna préparent des desserts spécifiques qui seront offerts aux moines, enrobés dans des feuilles de bananiers. Il s’agit des khanom chok (ขนมจ็อก), un mot typique du nord. Ailleurs en Thaïlande, ce même dessert est appelé khanom thian (ขนมเทียน).

Ok phansa est cependant un « jour du Bouddha », soit un jour de pleine lune, la vente d’alcool est prohibée (ce qui explique que de nombreux bars ferment le soir d’ok phansa et le soir précédent, l’interdiction prenant effet à minuit et une minute). Contrairement à khao phansal’entrée dans la retraite monastique de trois mois, ok phansa – sa sortie – n’est pas un jour officiellement férié (sauf si la fête tombe sur le 13 octobre, jour férié en raison de la commémoration de la disparition de feu Bhumibol le Grand, le précédent roi bien-aimé). À noter encore que le peuple Shan fête lui aussi la fin de la retraite bouddhique, une fête étalée sur plusieurs jours et appelée ok wan. Vous pouvez la vivre en vous rendant dans la province voisine de Mae Hong Son, tant à Mae Hong Son, le chef-lieu, qu’à Mae Sariang. Nous avons consacré un article complet à ces festivités hautes en couleur : Festival Poi Lern Sip Et à Mae Hong Son.

Ici au nord de la Thaïlande, ce jour d’ok phansa est suivi, le lendemain aux aurores, d’offrandes spectaculaires aux moines, tak bat thewo. Débute ensuite thotkathin (ou kathina), un mois où les dévots offrent aux moines bouddhistes leurs nouvelles « robes » (on vous tient bien entendu informé des diverses célébrations dans la région de Chiang Mai, que ce soit sur le présent site web ou notre page Facebook).

Notons encore que les fêtes – à l’image des mariages – suspendues généralement durant ces trois mois de retraite monastique, reprennent de plus belle !

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Pourquoi parler (erronément) de Carême bouddhique ?

La plupart des blogueurs – qui ne s’intéresse manifestement pas à la théologie – et avec eux l’Office du tourisme thaïlandais, se réfèrent à des sites anglophones qui, pour cette fête, parle de Buddhist Lent (Lent provient du vieil anglais lencten signifiant printemps). Le problème est que le terme français carême retenu en guise de traduction provient du latin vulgaire quaresima et signifie une période de quarante jours (sans compter les dimanches) située entre le mardi gras et le jour de Pâques, événement central du christianisme, alors qu’ok phansa est une période de trois mois lunaires. La durée du Carême fait en particulier référence aux quarante années passées au désert par le peuple d’Israël entre sa sortie d’Égypte et son entrée en terre promise; elle renvoie aussi aux quarante jours passés par le Christ au désert entre son baptême et le début de sa vie publique. Ce chiffre de quarante symbolise les temps de préparation à de nouveaux commencements.

Qui plus est, ok phansa ne concerne que les moines bouddhistes (bien que des pratiquants bouddhistes s’engagent à certaines privations) alors que le carême touche, lui, toute la communauté chrétienne, laïques comme membres du clergé. Pas de jeûne donc (bien que ce soit là une pratique qui transcende les religions).

Mais reconnaissons que les traducteurs sont souvent dépourvus lorsqu’il s’agit de traduire des notions étrangères à l’esprit des locuteurs (bien que des directives aient été émises il y a plusieurs siècles déjà). La plus grande partie du vocabulaire et des concepts du bouddhisme est difficilement traduisible en français, sans perdre le sens et la portée des termes originaux. Et Dieu sait – tout comme le Bouddha – que la conception bouddhique est à mille lieues de celle des Chrétiens. Écoutons Philippe Cornu, docteur en philosophie, sur cet intéressant sujet.

Que ce soit par extension (période de jeûne), par métonymie (privation de nourriture, de plaisirs) ou par analogie (période d’abstinence, de privations), le terme de carême ne recouvre qu’imparfaitement la période de retraite monastique dont il est question ! Évitons par conséquent de l’utiliser pour traduire la fête de ok phansa4. Si le Père P. Jean-Paul Sagadou précise que le ramadan n’est pas le carême des musulmans et le carême n’est pas le ramadan des chrétiens, nous ajouterons alors que ok phansa n’est pas le carême des bouddhistes !

Avouons cependant qu’utiliser le terme de carême peut être commode.


Pour aller plus loin – Conseils de lecture

Peut-être que la pratique du bouddhisme vous attire. Si tel devait être le cas, le mieux est d’entamer une retraite dans un temple (celle de 10 jours a les faveurs de nombreux adeptes). Nous consacrerons un jour un article à cette pratique. À défaut, commencez donc par lire des ouvrages en lien avec le bouddhisme, une religion qui, sans être prosélyte, attire beaucoup de sympathisants occidentaux. On vous conseille ici quelques lectures introductives, omettant volontairement les ouvrages faisant référence à d’autres écoles du bouddhisme, telle le Véhicule du Diamant cher aux Tibétains ou le zen que pratiquent les Japonais.

Bouddhisme - Livres Montage 1.jpeg
De quelques ouvrages fort instructifs

Tout d’abord l’Introduction à l’enseignement du Bouddha et à sa pratique de Michel Henri Dufour, un auteur affilié à la tradition Theravâda de la forêt propre à la Thaïlande. Vous touchez là à l’enseignement de l’École des Anciens, l’essence du bouddhisme. Beaucoup de personnes sont venues au bouddhisme par la lecture de L’Enseignement du Bouddha – D’après les textes les plus anciens, best-seller de Walpola Rahula. Si vous optez pour une vision d’ensemble non dénuée d’humour, Le Bouddhisme Pour les Nuls est fait pour vous (version poche). Édition plus récente fort appréciée elle aussi, 50 notions clés sur le Bouddhisme pour les Nuls est l’œuvre de Marine Manouvrier, professeur au riche bagage académique. Un ouvrage clair et concis.

Il nous semble intéressant de savoir comment se vit le bouddhisme au quotidien. Et qui mieux que Fabrice Vidal sait transmettre et son expérience et ses connaissances ? Comment être bouddhiste ? C’est là le titre d’un livre que nous vous recommandons. Vous pourrez ensuite poursuivre avec le coffret Pratique de la méditation (il contient un livre, un CD audio et un DVD). Dans le 3e ouvrage présenté ici, Fabrice Midal nous parle de son expérience – ce que vingt-cinq ans de méditation lui ont appris. Un livre au très beau titre : Frappe le ciel, écoute le bruit.

Bouddhisme - Livres Montage 2
Le bouddhisme côté pratique

Ce sont là des références destinées aux personnes désirant s’initier au bouddhisme (et non pas à celles déjà versées dans la pratique). On se permet tout de même de vous rappeler que le propre du bouddhisme est la méditation. Vous pouvez lire tous les livres que vous voulez, votre connaissance du bouddhisme ne sera qu’intellectuelle. Or, l’essence même du bouddhisme est d’oublier tout savoir et de pratiquer la méditation. Ceci afin d’atteindre l’Éveil.


Vous l’aurez compris, avec l’entrée des bonzes dans la retraite monastique de trois mois, khao phansa, au lendemain de l’asanhabucha, cette sortie, ok phansa, fait partie des plus importantes célébrations bouddhistes de l’année ici en Thaïlande, où le courant largement majoritaire est le bouddhisme Theravāda. Sans oublier la cérémonie des offrandes de nouvelles robes aux moines, thotkhatin, de même que makhabucha, commémorant deux événements de la vie du Bouddha historique.

Quel que soit votre statut, n’hésitez pas à vous rendre dans les temples bouddhistes de Chiang Mai et d’ailleurs. Fête ou pas fête, il y règne toujours une ambiance particulière, certains temples étant porteurs d’une indéniable énergie tellurique.

Photo Saran Wiki - Groupe FB ‎ธรรมะของพระอรหันต์ สายหลวงปู่มั่น ภูริทัตโต
© Facebook – Saran Wiki

LES FÊTES BOUDDHISTES CÉLÉBRÉES EN THAÏLANDE
● La plus importante d’entre elles, le jour du Vesak (wisaka bucha), qui tombe généralement en mai. On y commémore à la fois la naissance, l’illumination et l’extinction définitive du Bouddha historique.
Entre mi-février et début mars, c’est makhabucha où deux autres événements de la vie du Bouddha sont célébrés, notamment son premier sermon.
● Autres moments-clés de l’année bouddhique, survenant généralement à fin juillet, durant la saison des pluies, asanhabucha & khao phansa, la retraite monastique, appelée par erreur ou commodité « carême bouddhiste ».
● Trois mois lunaires plus tard (généralement en octobre, après la saison des pluies), ok phansa, la fin de cette retraite des moines. Avec, le lendemain, une cérémonie spectaculaire, tak bat thewo, des offrandes matutinales à des moines en fille indienne.
● Cette fin de retraite monastique est suivie par une période d’un mois où se font des offrandes de nouvelles robes aux moines, thotkathin (ou kathina avec ses cérémonies à Chiang Mai).

Ce sont là les principales fêtes en lien avec le bouddhisme Theravāda, le courant largement majoritaire au royaume. En Thaïlande, elles donnent lieu à des jours fériés où la vente d’alcool est interdite.


1 En 2020, vendredi 2 octobre (en 2019, il s’agissait du 13 octobre, en 2018, du 24 octobre et en 2017, du 5 octobre).
2 Comme à notre habitude, nous adoptons ici le Système général royal de transcription du thaï (RTGS). Cependant, en tant que locuteur francophone, sachez que phansa se prononce pansa. Sur le web, vous trouverez moult variables, en fonction de la langue du site (généralement anglaise) : Ok, Ork ou Awk pour ออก et phansa ou pansa pour พรรษา.
3 Sur cette importante notion de mérite, on vous renvoie aux explication d’Odon Vallet dans le paragraphe ad hoc de notre article Wat Ton Kwen à Chiang Mai. Offrande de riz et feu en l’honneur du Bouddha.
4 Feu Maître Capello vous en sera reconnaissant 😏

La source de la photo à la Une nous est malheureusement inconnue.
Article composé le 24.10.2018 et mis à jour le 21.10.2021

Festival Poy Lern Sib-Ed à Mae Hong Son

C’est l’un des festivals les plus colorés ici au nord de la Thaïlande. Toute la ville de Mae Hong Son (แม่ฮ่องสอน) est aux couleurs du Poy Lern Sib-Ed (ปอยเหลินสิบเอ็ด), initié par les Shan (une minorité ethnique que les Thaïlandais nomment les Thai Yai, cette même minorité qui célèbre le fameux Festival des Enfants de Cristal, Poy Sang Long). D’une durée de presque deux semaines, les festivités célèbrent Ok Pansa, la fin de la retraite monastique, incluant plusieurs célébrations qu’il ne faut en aucun cas manquer si vous êtes dans la région (après tout, Mae Hong Son n’est qu’à 2 heures de route de Pai, un lieu de villégiature qui monte, et 5 heures de Chiang Mai, ou seulement 40 minutes d’avion). Nombreux événements au programme : des processions très animées, des offrandes matutinales aux moines, une procession aux 1’000 bougies, un marché piétonnier et divers spectacles folkloriques. On vous renseigne plus en détail ci-dessous.

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L’édition 2018

C’est pour honorer le Bouddha historique que ces fêtes sont organisées; les dates sont fixées par le calendrier lunaire, le 11e mois (สิบเอ็ด, sib-ed, « onze »). Voici les principales célébrations qui auront toutes lieu à Mae Hong Son dans le cadre du festival Poy Lern Sib-Ed 2018 :

  • Samedi 20 octobre 2018 : ouverture du festival avec un spectacle de marionnettes.
  • Lundi 22 octobre 2018 – Jong Para² :
    • À 10h et 11h : discours puis narration historique;
    • À 13h et 16h30 : spectacles folkloriques;
    • À 17hprocession Jong Para, un défilé de Prasat en bois, magnifiquement décorées avec des lanternes et d’autres ornements. À NE PAS MANQUER.
  • Mardi 23 octobre 2018 – Festival Ork Wa :
    • 4h du matin : offrandes matutinales de nourriture à 200 moines;
    • 16h : activités culturelles;
    • 18h & 19h : spectacles folkloriques;
    • 21h30 : concert.
  • Mercredi 24 octobre 2018 :
    • 4h du matin : c’est aux aurores qu’a lieu la cérémonie Tak Bat Devo, offrandes matutinales à 200 moines avançant en file indienne; les autochtones accumulent ainsi des mérites.
    • 16h : activités culturelles;
    • 18h & 19h : spectacles folkloriques;
    • 20h39 : discours du maire suivi de shows culturels et autres concerts.
  • Jeudi 25 octobre 2018 – Festival Ten Hen
    • 4h du matin : nouvelles offrandes matutinales de nourriture à 200 moines;
    • 16h : activités culturelles;
    • 19h : grande procession Ten Hen aux 1000 bougies. À NE PAS MANQUER.
  • Jeudi 1er novembre 2018 : fin des festivités avec la procession Ton PakÀ NE PAS MANQUER

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© Facebook – TAT Maehongson

Un marché rétro est organisé du samedi 20 au lundi 22 octobre 2018; vous y trouverez quantité de produits artisanaux de la région, de même que des articles OTOP. À ces mêmes dates, vous verrez moult concours et autres show en lien avec la culture Shan (danses folkloriques, Mong Kak, costumes Tai Yai…).

Le grand défilé des Prasat en l’honneur du Bouddha a donc lieu lundi 22 octobre. Les Prasat sont des constructions en bambou et feuilles de papier colorées, magnifiquement décorées avec des lanternes et d’autres ornements. Une sorte de château destiné à accueillir métaphoriquement le Bouddha, censé voyager du « ciel » à la terre. C’est là une procession que les pratiquants bouddhistes apprécient. Les spectacles folkloriques vous permettront d’admirer des danses traditionnelles caractéristiques des Shan. Il est demandé de venir en habits traditionnels.

Un festival haut en couleurs, vous disions-nous. Les dévots seront nombreux à faire des mérites dans les temples; en tant que touriste, n’hésitez pas à vous joindre à eux. Et les festivaliers vous accueilleront en ami, dans la joie et la bonne humeur.  Cette année 2018, ce festival religieux sera plus festif que l’année dernière où les célébrations pâtissaient du deuil de feu Sa Majesté le Roi Bhumibol le Grand. À ne pas manquer si vous êtes dans la région. Plongez-vous dans l’ambiance féérique du festival en admirant ces photos.


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© Facebook – TAT Maehongson

Que visiter et que faire à Mae Hong Son ?

Bien que magnifiquement animée durant le festival, Mae Hong Son est à l’image de sa province, un endroit paisible (et c’est un euphémisme). Quelques visites sont incontournables, à commencer par les divers temples de la ville, bien différents des temples de Chiang Mai (qui eux sont différents des temples de Bangkok) : le Wat Chong Kham (วัดจองคำ) qui se reflète dans son joli plan d’eau et le Wat Phra That Doi Kong Mu (วัดพระธาตุดอยกองมู), édifié sur une colline depuis laquelle vous aurez une magnifique vue sur toute la vallée, entre autres temples. Vous complèterez votre visite de la ville par une journée vers Ban Rak Thai, un joli village chinois à la frontière birmane (le thé vous y attend), avec, comme intéressantes étapes : la fameuse passerelle en bambou Sutongpe, la cascade Pha Suea précédée d’un spa à ciel ouvert où vous pourrez faire un masque facial à la boue bienfaisante, et enfin, ce que les Thaïlandais appellent « la Petite Suisse de Thaïlande », Pang Ung, petit lac artificiel au paysage… helvétique (les Thaïlandais y campent). Sans oublier de superbes treks en des lieux où vous rencontrerez facilement des membres de diverses minorités ethniques. La province de Mae Hong Son a de quoi vous ravir.

TripAdvisor vous en dit plus sur les attractions et autres activités à réaliser sur place.

LIENS UTILES
Page Facebook de la municipalité de Mae Hong Son
Page Facebook de la TAT Maehongson (l’office du tourisme)


Comment se rendre à Mae Hong Son et où y dormir ?

PAR LA ROUTE. Belle est la route reliant Chiang Mai à Mae Hong Son. Que disons-nous ? Magnifique est ce tronçon (route 1095), refait à neuf en 2016 (jusqu’à Pai). Depuis Chiang Mai, le choix pour rejoindre Mae Hong Son est plutôt restreint. Soit vous y aller en minibus (sans climatisation) soit alors en minivans (qui eux sont climatisés). L’un comme l’autre moyen de transport vous obligera à subir les 1864 virages de cette route montagneuse en lacet (bonjour les vomissements).

  • Les minivans climatisés de la compagnie Prempracha sont l’option la plus populaire. Ils partent tous les jours; comptez 6 heures de route. Neuf départs de 6h30 à 14h30 (depuis la gare routière Arcade, terminal 2). Il vous en coûtera THB 250.-.

Prempracha Bus table

  • Si vous préférez voyager de nuit (à vos risques et périls), deux bus climatisés de cette même compagnie assurent le trajet. Départ tous les jours à 20h et 21h; vous en aurez pour 8 à 9 heures de route ! Deux tarifs à choix : normal à THB 350.- et VIP à THB 450.- (places situées à l’avant). Là aussi depuis la gare routière Arcade, terminal 2.

Les billets s’achètent directement à la gare routière ou alors via votre établissement hôtelier. Notons encore que peu effectuent le trajet d’une seule traite, privilégiant le voyage par étapes (avec Pai comme agréable arrêt). Par ailleurs, beaucoup de voyageurs louent un scooter ou une moto pour bénéficier des joies que procurent les 1864 virages entre ces deux chefs-lieux (c’est la légendaire boucle de Chiang Mai – Pai – Mae Hong Son). La location d’une voiture est aussi une option intéressante (privilégiez les compagnies internationales).

PAR AVION. Tenant compte du temps qu’il faut pour rejoindre le chef-lieu de cette province septentrionale, certains préfèrent l’avion. Pleurant encore la disparition de la sympathique compagnie aérienne Kan Air (remplacée par Wisdom Air, une compagnie qui n’a (encore) jamais décollé), vous devrez vous rabattre sur la non moins sympathique (mais plus chère) compagnie Bangkok Airways. Jusqu’au 27 octobre, un seul vol est assuré quotidiennement à 15h45 (PG 239 CNX-HGN). Il dure moins de 45 minutes. Les prix tournent autour de THB 2’000.- l’aller (avec des promotions web de temps à autre). Dès le 28 octobre 2018, correspondant au début de la haute saison touristique, deux vols par jour vous sont proposés : PG 351 à 9h20 et PG 353 à 16h15. Vous pouvez acheter vos billets d’avion directement sur le site de Bangkok Airways (en anglais) ou alors via 12Go Asia (en français, à un prix légèrement supérieur).

Y DORMIR. Nous ne saurions pas vous conseiller une adresse en particulier mais l’offre hôtelière est importante et nul doute que vous trouverez là hébergement à votre convenance. En étant véhiculé, le choix est forcément plus important puisque vous pourrez alors dormir sans difficulté aucune à l’extérieur de la ville. Jetez donc un œil sur les meilleures adresses proposées par Booking.com.

Booking.com Mae Hong Son


La minorité Shan (ou Tai Yai)³

Les Shan sont un groupe ethnique venu de Birmanie. Vivant tant en Birmanie, en Inde, en Chine, au Laos, au Vietnam et en Thaïlande, ils seraient environ six millions. Les Chinois appellent cette ethnie Tai Shan (ou Dai Shan) et les Thaïlandais Thai Yai. Leur langue est spécifique; la langue la plus proche du shan est le du sud de la Chine. La plupart des Shan sont bouddhistes.

Nous, on apprécie et la région et le festival. Pourquoi donc ? Visiter la province montagneuse de Mae Hong Son, coincée entre la province de Chiang Mai, à l’est, et le Myanmar à l’ouest (nom de l’ex-Birmanie), c’est sortir des sentiers battus et rebattus du tourisme de masse qui envahit le royaume de Thaïlande. Exception faite de Pai, charmant village dont on reparlera sans doute, les touristes occidentaux sont relativement peu à s’aventurer ici. Le contact avec les locaux s’en ressent. À Mae Hong Son, c’est un tourisme doux qui est promu, par exemple avec le concept de CBT – Community Based Tourism, un tourisme de proximité, responsable, du slow tourisme. À l’image de ce que propose DoiSter ดอยสเตอร์. Ou encore le village communautaire des Lahu noirs de Baan Jabo. Voilà donc une destination et un événement qui vous laisseront un émouvant souvenir, gage d’authenticité.

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¹ Écrit également Poi Lern Sib-Ed
² Écrit également Chong Para
³ Source : Wikipédia. Celles et ceux voulant en savoir plus sur le peuplement de la Thaïlande septentrionale liront avec intérêt la contribution de Michel Bruneau parue dans les Cahiers d’outre-mer en 1974 : Ethnies, peuplement et organisation de l’espace en Thaïlande septentrionale.

Mise à jour le 26.10.2018

 

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