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Le père de l’art moderne thaïlandais est Italien ? Sì !

Silpa Bhirasri1 (ศิลป์ พีระศรี). Les Thaïlandais l’appelaient Sin. Et tous les étudiants en art du royaume de Thaïlande le vénèrent. Son prénom, ศิลป์, signifie arts. C’est lui qui a fondé l’université Silpakorn, la plus importante université thaïlandaise en matière de beaux-arts et d’archéologie. Sa mémoire et son héritage artistique sont célébrés chaque année le 15 septembre, jour de sa naissance.

Découvrez comment feu Corrado Feroci, expatrié transalpin en Thaïlande, est devenu le père de l’art moderne thaïlandais. Ses statues et monuments les plus célèbres peuvent être contemplés principalement à Bangkok (comme le Monument de la Victoire ou encore celui de la Démocratie). Cependant, il est aussi l’auteur d’une des statues les plus vénérées ici à Chiang Mai…

Après une brève biographie, on vous dévoile la liste de ses œuvres qui peuvent être admirées dans l’espace public, on vous donne le programme des célébrations du 15 septembre et l’on termine par l’héritage qui est le sien ici au royaume de Thaïlande, pays qu’il a tant aimé.

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De Florence à Bangkok

Né le 15 septembre 1892 à Florence, Corrado s’est nourri du génie artistique toscan, appréciant par exemple des œuvres de Michel-Ange. Contre l’avis familial qui le voulait reprendre le commerce paternel, il intégra l’Académie royale des arts de Florence et obtint son certificat en sculpture. Les sources francophones le décrivent comme un artiste reconnu, ce que ne font en rien les sources italophones. Quoi qu’il en soit, sous le règne de Rama VI, c’est le gouvernement siamois qui sollicita du gouvernement italien un sculpteur doué pour des commandes d’État et l’enseignement de l’art occidental. Corrado Feroci fut choisi par le prince Narisranuvattiwongse, frère du roi. Il débarqua donc au Siam avec femme et enfant.

À 32 ans, il travailla comme sculpteur au Département des Beaux-Arts du ministère de la Maison royale. Deux ans plus tard, il fut nommé professeur de sculpture de la division des Beaux-Arts de l’Académie royale siamoise. Et c’est en 1943 que l’École des Beaux-Arts fut transformée en ce qui est encore aujourd’hui l’université Silpakorn : Silpa Bhirasri fut son premier directeur et le premier doyen de la faculté de peinture et de sculpture.

Rentré en Italie en raison d’une grave crise économique qui suivit la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement thaïlandais le pria de revenir en Thaïlande, lui promettant d’augmenter son salaire. Ce qu’il fait en 1949, arrivant cette fois-ci seul, sans sa famille.

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© Facebook

Le professeur Silpa Bhirasri, décrit comme un enseignant passionné, appréciait énormément l’art thaï sur lequel il fit des recherches et consacra plusieurs livres et articles. Il avait à cœur de promouvoir l’art traditionnel thaïlandais. Silpa Bhirasri fut l’initiateur et le soutien de l’art contemporain siamois. En 1948, à l’occasion de la célébration de la Constitution thaïlandaise, il sollicita du gouvernement la mise sur pied d’un concours des arts : dessin, peinture et sculpture. La première exposition nationale d’art fut organisée en 1949. C’est un événement annuel qui perdure encore aujourd’hui à Bangkok (ainsi de la 66ᵉ édition, du 16 au 20 septembre 2020 : web et page FB; la 64ᵉ édition avait eu lieu en octobre 2018). Ce concours permet aux artistes de tout le royaume d’améliorer leurs compétences et de présenter leurs œuvres d’art au public.

« Ars longa vita brevis2 » – Devise de Silpa Bhirasri

C’est à 69 ans qu’il s’éteint, ici en Thaïlande, soit le 14 mai 1962. La cérémonie crématoire avec la « flamme » donnée par le roi Rama IX (feu Bhumibol le Grand) s’est déroulée le 17 janvier 1963 au magnificent Wat Thep Sirin Thrawat, à Bangkok. Ses cendres ont été rapatriées et déposées au cimetière évangélique Allori, à Florence.

Il est intéressant de compléter cette très courte biographie par la naturalisation dont a bénéficié cet artiste italien. Tout comme l’Italie, la Thaïlande et le Japon faisaient partie des Forces de l’Axe (donc trois pays alliés à l’Allemagne nazie). Or, après la rupture de l’Italie avec l’Axe en 1943, Corrado Feroci aurait pu être considéré comme prisonnier de guerre par le Japon, allié de la Thaïlande. Il fut d’ailleurs incarcéré un court moment. C’est avec l’appui du directeur général du Département des Beaux-Arts que Corrado Feroci devint Thaïlandais sous le nouveau nom de « Silpa Bhirasri1 », ce qui lui permettait d’échapper à toute action malveillante de la part des Japonais.

Silpa Bhirasri Silpakorn University Cover FB 2
© Facebook – Silpakorn University

Balade en Thaïlande à la découverte de ses œuvres

Bien qu’il ne fasse plus partie de ce monde, vous pouvez croiser Silpa Bhirasri au Musée Tussauds de Bangkok; l’on y voit son effigie en cire y sculpter une de ses œuvres. Le lieu de mémoire par excellence pour qui veut découvrir le fruit de son long travail artistique est, bien entendu, le musée qui lui est consacré à Bangkok, Silpa Bhirasri Memorial National Museum en anglais. C’est un petit musée en deux parties : l’une qui expose des pièces d’art contemporain, principalement produites par ses élèves, et l’autre qui réunit les affaires personnelles du maître-sculpteur. Officiellement ouvert le… 15 septembre de l’année 1984, il se trouve à l’intérieur de l’Université Silpakorn, face au Palais Royal. Ouvert généralement du lundi au vendredi, de 8h à 16h, son entrée est libre (quelques photos du musée et sa page Facebook). À l’extérieur, vous pourrez y admirer une statue de Silpa Bhirasri réalisée par Sanan Silakorn, l’un de ses élèves préférés. Vous ne manquerez pas de visiter l’impressionnante Galerie des Sculptures, toute proche. Sans oublier la magnifique Silpa Bhirasri’s House ! Entièrement rénovée et transformée en un café-galerie moderne, elle attend votre visite tous les jours de 7h à 19h. Corrado y a vécu 10 ans avec sa famille dès son arrivée en Thaïlande. Les Thaïlandais nomme l’endroit Baan Ajarn Farang, termes se traduisant par la maison du professeur occidental. Lisez donc l’interview (en anglais) de Chatchanok Dulyarat, un ancien élève de l’université Silpakorn, qui est responsable de la rénovation et de l’entretien de la maison de Silpa Bhirasri. Une maison dont le journal The Nation vous parle.

Silpa Bhirasri Facebook Photo 1
© Facebook

Avant que nous prenions le temps d’en dresser une liste plus précise avec leur emplacement, voici déjà celle de quelques-unes des œuvres de Silpa; entre parenthèses figure la date d’achèvement (cette vidéo vous montre la silhouette des œuvres les plus connues; attention, ça va vite !) :

  • À Bangkok : le roi Rama Ier, fondateur de la dynastie actuelle des Chakri (là où se situe le Pont du Mémorial, exécution, 1932), le Monument de la Démocratie (conception, 1940), le Monument de la Victoire avec ses reliefs ornementaux (conception, 1941), Rama VI (conception et réalisation, 1942), le roi Rama VIII (conception, 1950), Ananda Mahidol, grand frère de Bhumibol, qui est commémoré tous les 9 juin, le roi Taksin le Grand à cheval durant une bataille (plus précisément à Thonburi, conception et réalisation, 1954; voir la vidéo d’époque ci-dessous. Il est aussi l’auteur d’un des bustes du monument), le prince Kampaengpetch Akrayotin (conception, 1957), le prince Rajburi Direkrit (conception, 1969).
  • À Nakhon Ratchasima (Khorat) : l’héroïne Thao Suranari (conception, 1934). Les locaux l’appellent Ya Mo et elle est fêtée chaque année, dans ce qui est le plus grand festival de Khorat.
  • À Nakhon Si Thammarat : le héros Chao Phor Dam (conception, 1941).
  • À Suphanburi : l’imposante statue du roi Naresuan le Grand sur le dos d’un éléphant durant une bataille (conception et réalisation, 1959).
  • À Lopburi : le roi Narai le Grand (conception et réalisation partielle, 1966).
  • À Nakhon Pathom, à l’ouest de Bangkok : Bouddha marchant (conception, 1982). Cette immense statue très vénérée fait partie du parc Phutthamonthon ou Buddha Monthon, พุทธมณฑล en thaï. Haute de presque 16 mètres, on la considère comme la plus grande statue autoportante au monde représentant le Bouddha. Cette fameuse statue a fait l’objet d’un timbre-poste sans que le nom de Silpa Bhirasri soit mentionné.
  • À Trang : Phraya Rasadarnpradit Mahisarapakdee (conception, date inconnue).
  • À Phitsanulok : le roi Naresuan le Grand (conception et réalisation, date inconnue), de même qu’une tête en particulier.

Et pour terminer, Asian Itinerary vous convie à la balade dans la capitale (c’est en anglais). Et un étudiant en fait de même, tant en itinéraire vidéo qu’en photos.

Nos principaux articles sur Bangkok, envoûtante métropole :
▶︎ Nouveau à Bangkok : tour-de-ville en bus Hop on Hop off
▶︎ Festival annuel du tourisme thailandais au parc Lumpini
▶︎ Les guerriers chinois envahissent Bangkok
▶︎ Le père de l’art moderne thailandais est italien ? Si. Balades au gré de ses sculptures
▶︎ 1h15 pour relier Chiang Mai à Phuket (en hyperloop) en passant par Bangkok !
▶︎ San lak muang, le pilier protecteur de Bangkok

Et quid de Chiang Mai ? À notre connaissance, une seule pièce est exposée dans la Rose du Nord. Mais ce n’est pas n’importe laquelle puisqu’il s’agit du moine le plus vénéré de tout le nord de la Thaïlande, Khruba Siwichai, celui-ci ayant marqué l’histoire de ce qui était le royaume du Lanna. Non seulement, Silpa Bhirasri en a réalisé le dessin mais il a exécuté cette œuvre lui-même (à une date d’achèvement inconnue). Cette statue, ô combien vénérée par les gens du Lanna, se trouve ici, dans un sanctuaire qui s’agrandit d’année en année au pied du Doi Suthep. Nous avons par ailleurs consacré un article de fond à Khruba Siwichai, le saint homme de Chiang Mai, ô combien vénéré.

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Commémorations du 15 septembre

Le 15 septembre est donc la journée de commémoration de Corrado Feroci en Thaïlande. C’est, à ce jour, le seul Occidental à figurer sur un timbre-poste siamois3 ! Les célébrations ne sont pas des plus visibles puisqu’elles se déroulent principalement dans les institutions de formation artistique. Cette année 2020 cependant, il n’y aura point de commémoration annuelle ce 15 septembre dans le musée qui porte son nom, le Silpa Bhirasri Memorial National Museum (page Facebook). Sans doute une conséquence de la pandémie du Covid-19…

L’université Silpakorn – une université qu’il a créée, rappelons-le – lui rend bien sûr hommage ce jour-là, avec par exemple la cérémonie officielle où a été convié Monsieur l’Ambassadeur d’Italie, un concert diffusé en direct ou encore une cérémonie aux chandelles en soirée. Des festivités précédées cette année d’un marché à l’ambiance toute estudiantine où il est possible d’acquérir l’effigie du maître. Pop art, c’est le concept de cette année 2020 (autres photos d’ambiance). Visionnez la bande-annonce. Des étudiants qui, année après année, continuent à rendre hommage à feu leur maître, sous forme artistique il va de soi. Ils vont même jusqu’à lui offrir vin et pizza, singeant les offrandes faites aux maisons des esprits. Vous l’aurez compris : c’est une journée où l’Italie est à l’honneur 🇮🇹

Mais l’événement culturel public à ne pas manquer (payant, précisons-le), c’est celui organisé par la chambre du commerce italo-thaïlandaise (TICC), le 15 septembre 2020, dès 18h30, au Grand Hyatt Erawan de Bangkok. Un événement de réseautage qui met en vedette l’artiste italien Tommaso Maggio. C’est lui le bénéficiaire d’un tout nouveau programme d’artistes résidents visant à soutenir le travail des artistes émergents dont l’œuvre reflète la créativité, l’innovation et la vision qui sous-tendent l’esprit d’entreprise. Vivez un événement unique dans un lieu splendide, avec d’exquises boissons et une nourriture savoureuse (événement FB).

Même si les célébrations sont, pour la plupart, confinées à des instituts de formation artistique, Silpa n’en reste pas moins populaire. Pour preuve, Google lui avait consacré un Doodle en 2016. Et il est même vendu sous forme de figurine en résine !

Hashtag des commémorations : #128SilpaBhirasri en 2020, #127SilpaBhirasri en 2019 (et ainsi de suite).

Pour en savoir plus sur Corrado Feroci, devenu Silpa Bhirasri, on vous renvoie vers la page Facebook du Centre de recherche Silpa Bhirasri (สำนักวิจัยศิลป์ พีระศรี)

Précédentes éditions

Silpa Bhirasri The National Gallery of Thailand Cover FB 2019
15 septembre 2019, 127e anniversaire © Facebook – The National Gallery of Thailand

Relevons la traditionnelle commémoration annuelle, le 15 septembre obvie, dans le musée qui porte son nom, le Silpa Bhirasri Memorial National Museum (2019 et 2018). Que ce soit les Arts décoratifs ou encore la faculté de musique, c’est toute l’université Silpakorn qui lui rend homage. En 2019, un concert de jazz a été organisé. Et même son campus Sanamchan, à Nakornpathom, a organise lui aussi un événement la journée durant.

En 2019 toujours, en ce jour commémoratif du 15 septembre, c’est un événement multiculturel supplémentaire qui a été organisé : Corrado Feroci et le Siam. Mis sur pied par la chambre du commerce italo-thaïlandaise (TICC), le rendez-vous avait lieu à la Silpa Bhirasri’s House (que les Thaïlandais appelle Baan Ajarn Farang).

Silpa Bhirasri SU Cute Girl Photo Montage
Cérémonie annuelle de vénération à l’Université Silpakorn 2018 © Facebook – SU Cute Girl

Son héritage

En tant que professeur, il reste vénéré par les étudiants en beaux-arts. Une galerie-photo vous permet de le voir enseigner (elle n’est momentanément plus visible). Ajarn Sin était décrit comme une personne très disponible, qui aimait à transmettre ses connaissances à ses étudiants. Au sein de l’université qu’il a créée et qui porte toujours son nom, sa mémoire est honorée tous les 15 septembre (2020 et 2019, l’année 2018 n’étant plus visible).

La voie artistique est un choix professionnel qui n’est pas toujours compris par les familles des artistes (l’émission Divas Café’ de la chaîne Voice TV 21 s’est emparée du sujet lors d’une de ses éditions, en s’appuyant sur la vie et l’expérience de Silpa Bhisrasri).

Bien qu’il ait disparu il y a plus de 50 ans, c’est un artiste qui continue à influencer de nombreux pairs. Ainsi de Jiandyin, deux artistes qui ont mis sur pied en 2012 une performance artistique réunissant plusieurs jeunes peintres thaïlandais. Intitulée Dialogue : Seeing and Being – 360⁰ Study of Corrado Feroci (Dialogue : Voir et Être – Étude de Corrado Feroci à 360⁰), elle faisait partie de l’exposition EXOTIKA 2013, organisée par Alfred Banze et Christine Falk, au Centre d’art de l’Université Silpakorn. L’exotique – terme utilisé auparavant pour décrire une vision eurocentrique et enthousiaste des mondes lointains – a pris une nouvelle signification globale au 21ᵉ siècle. Presque tout le monde rencontre l’exotique au quotidien, que ce soit sous la forme de personnes, de marchandises, d’odeurs, dans les médias, les sciences, la médecine, etc. Aujourd’hui, les mondes exotiques artificiels d’expérience sont un facteur majeur dans l’industrie du divertissement et de la culture à travers le monde. Le tourisme sert de rituel pour établir des frontières culturelles et une « exotisation » mutuelle.

Ce rôle primordial que Corrado Feroci a eu pour l’art moderne thaïlandais est d’ailleurs reconnu par le MOCA Bangkok (le musée d’art contemporain sis dans la capitale) qui le rappelle sur son site web.

C’est lui faire un procès d’intention que de le considérer comme un artiste fasciste – Mussolini pris le pouvoir en 1922 – bien que Corrado Feroci s’inscrive dans la tendance de cette époque (le Monument de la Démocratie à Bangkok en est un brillant exemple). Celles et ceux qui désirent approfondir leurs connaissances sur cet artiste liront avec intérêt la chronique d’Alain et Bernard, deux expatriés passionnés : Corrado Feroci (Silpa Bhirasri), « Le Père de l’art thaï contemporain » (1892 – 1962). Et plus encore le blog Merveilleuse Chiang Maï de l’érudit Jean de la Mainate, qui réside ici à Chiang Mai. Il parle de Corrado Feroci dans un long article en trois parties, auquel il a ajouté un complément ayant pour thème le musée qui lui est consacré à Bangkok :

Sur son site web, le Musée d’Art Moderne Thaïlandais Rama IX vous livre non seulement une biographie (en anglais) mais également l’illustration de toutes les œuvres de Silpa Bhirasri (liens que nous avons insérés dans notre liste ci-dessus).

Silpa étant Italien, une page Facebook thaïlandaise qui lui est dédiée portait le joli nom de @SilpakornNostalgia, véritable panégyrique à sa mémoire, alimentée par les étudiants en arts de l’université Silpakorn. Malheureusement, elle a disparu en 2020. Autre disparition fort regrettée, celle du site web consacré à cette figure marquante de l’art moderne thaïlandais. Bien qu’il était en langue thaï, nous y trouvions moult documents, dont les ouvrages d’art écrit par Silpa (en anglais).

Silpa Bhirasri Day Photo Montage
Silpa continue d’influencer les artistes thaïlandais © Facebook – Silpa Bhirasri Day

Art contemporain

En Thaïlande, le marché de l’art contemporain s’est modernisé dès les années ’80 avec l’apparition d’une nouvelle catégorie de galeries à Bangkok. Dans son article Les galeristes thaïlandais et l’art contemporain – Comment créer un marché sans en maîtriser les valeurs, Annabelle Boissier analyse ces nouveaux acteurs de l’art contemporain à travers trois thématiques : la formation, le financement et la collaboration. Où il est question d’interroger la relation entre la création de la valeur marchande et celle de la valeur esthétique.

Et nous vous rappelons encore qu’en matière d’art contemporain, la scène de Chiang Mai est des plus dynamiques. Nous consacrerons un jour un article à ce sujet. En attendant, le musée qu’il faut absolument visiter en matière d’art moderne ici dans la Rose du Nord est le MAIIAM, un musée qui n’a rien à envier aux espaces culturels mondiaux dédiés à l’art contemporain (site web, page Facebook, Instagram, Twitter (encore inactif) et emplacement). On vous en parle brièvement dans cet article. Et ce n’est de loin pas le seul endroit vous permettant d’être confronté à l’art contemporain ici au nord…

On se quitte ci-dessous avec Santa Lucia, chanson italienne devenue l’hymne de l’université Silpakorn créée par Corrado Feroci (mélodie sur laquelle Dinsai Studio a créé une animation à l’occasion du 125e anniversaire de ce professeur apprécié) :


1 Selon le système royal de transcription RTGS, son nom thaïlandais devrait s’écrire Sin Phirasi. Nous reprenons cependant le nom communément admis de Silpa Bhirasri.
2 Devise latine reprise d’une citation qui constitue les deux premières lignes de la traduction en latin d’un aphorisme énoncé par l’ancien médecin grec Hippocrate, une devise que l’on traduit librement par l’art est éternel alors que la vie est brève.
3 Ce sont Alain et Bernard qui l’affirment.

Entre autres sources rédactionnelles : Wikipédia en français et en italien.
Source de l’image à la Une : © Facebook – Silpakorn University
Article composé le 16.09.2018 et mis à jour le 16.09.2020.

Pikanet, le culte du dieu-éléphant à la sauce siamoise

On vous invite à consulter la version 2019/2020 de ce même article

Ganesh¹ est à la fête cette semaine ! La Fête de Ganesh (Ganesh Chaturthiest une célébration indienne au cours de laquelle le Seigneur Ganesh, fils de Shiva et de Pârvatî, est vénéré. Mais que vient faire un dieu hindou en pays bouddhiste ? Il se trouve que la Thaïlande – de même Chiang Mai – abrite plusieurs sanctuaires dédiés au dieu-éléphant et les statues de Ganesh sont présentes dans bien des temples. C’est donc tout naturellement que ces adresses organisent des cérémonies lors de cette fête annuelle. Et l’on ne peut que vous inviter à y participer car dites cérémonies, mélangeant allègrement les figures religieuses, sont hautes en couleur. C’est bien simple, la Fête de Ganesh célébrée au musée Ganesh Himal – le samedi 15 septembre cette année 2018 – est l’une des plus belles fêtes que vous puissiez vivre ici à Chiang Mai ! À ne pas rater donc.

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© Chiang Mai Deci-Delà

Ce ne sont pas moins de six sanctuaires où fête il y aura ici dans la Rose du Nord durant cette seconde semaine du mois de septembre 2018 ! Précisons encore que les lieux indiqués peuvent se visiter à l’année ! Mais comme ils prennent une couleur festive lors de ces diverses célébrations, le plaisir de la visite n’en sera que démultiplié.

On vous livre ci-dessous le programme des festivités à Chiang Mai en vous donnant au préalable quelques éléments de compréhension. Et l’on termine avec les autres endroits en Thaïlande où Ganesh sera roi.


Qui est donc Pikanet³ ?

L’Asie du Sud-Est est un carrefour fascinant du bouddhisme et de l’hindouisme qui révèle  des perspectives intéressantes sur la façon dont les cultures migrent et évoluent². Ainsi, l’hindouisme (ou plus précisément le védisme) est arrivé avant le bouddhisme en Thaïlande où Ganesh, le dieu hindou à tête d’éléphant, est appelé Phra Pikanet³ (พระพิฆเนศ, ou Phra Pikanesuan³, พระพิฆเนศวร). Il ne doit pas être confondu avec Erawan, l’éléphant à trois têtes ! Phra Pikanet jouit d’un véritable culte. Vous le retrouverez souvent dans des centres commerciaux ou encore dans de nombreux temples bouddhistes – que ce soit sous la forme de statues ou de peintures murales; beaucoup de Thaïlandais le portent en pendentif.

La popularité de Ganesh en Thaïlande se déploie également sur le web ! Ainsi du site Siam Ganesh et de la page Facebook du même nom (évidemment, tout est en langue thaï).

Ganesh apparaît également dans le bouddhisme, non seulement sous la forme du dieu bouddhiste Vināyaka – souvent montré dansant – mais aussi sous celle d’une divinité hindoue éponyme. Symbole de la puissance mentale, on le retrouve à travers des sculptures bouddhistes. Faites donc plus connaissance avec les divinités du riche panthéon hindou en lisant l’ouvrage Dieux et déesses de l’Inde écrit par Stéphane Guillerme.

GaneshaFestival2018PikanetCNXCover0aAu royaume de Thaïlande, Ganesh est vénéré principalement par les milieux artistiques et les commerçants. Il est donc associé aux arts, à l’éducation et au commerce. Divinité connue comme éliminatrice d’obstacles, il est courant pour les bouddhistes thaïlandais de faire une offrande à un sanctuaire de Ganesh lorsque quelque chose de nouveau est entrepris comme lancer une affaire, effectuer un voyage à l’étranger, construire une nouvelle maison ou se marier. La dévotion à Ganesh est également populaire auprès des étudiants universitaires avant les examens. Connu pour son amour des beaux-arts, il encourage la créativité, d’où sa popularité auprès des artistes qui le nomment Por Kru (Père Guru). Pour la même raison, une image du dieu à tête d’éléphant est incorporée dans le logo du Département des Beaux-Arts de Thaïlande. Les grandes chaînes de télévision et les maisons de production ont des sanctuaires en son honneur devant leurs locaux. D’autres attributs associés à Ganesh en Thaïlande sont le succès, l’accomplissement, la sagesse et la richesse; il n’est donc pas surprenant que cette divinité hindoue soit si populaire auprès des Siamois. Ce culte est cependant un phénomène récent.

Autrefois, les Thaïlandais ordinaires n’étaient confrontés aux dieux hindous que dans l’étude de la littérature classique. Mais à mesure que le pays s’enrichissait, les nouvelles classes moyennes recherchaient un dieu qu’elles pouvaient vénérer pour attirer fortune et succès. C’est alors que Ganesh est devenu populaire. L’influence de la religion hindoue est encore plus forte à la Cour royale de Thaïlande (ainsi de la cérémonie annuelle du Labour Royal sur la place Sanam Luang, à Bangkok). La royauté thaïlandaise est basée sur l’idéal hindou du roi Rama, l’avatar de Vishnu, le souverain d’Ayodhaya. En fait, les rois thaïlandais ont toujours été appelés « Rama » et l’ancienne capitale de la Thaïlande (le Siam) était Ayutthaya. La capitale actuelle, Bangkok (Krungthep) n’est qu’une reconstruction d’Ayutthaya. Le vrai nom de Bangkok est « Krung Thep Thawarawadi Si Ayutthaya ». Beaucoup de Thaïlandais considèrent encore leur roi comme l’avatar d’un dieu. Parce que la royauté thaïlandaise est basée étroitement sur la mythologie hindoue, le culte des divinités païennes hindoues survit ainsi à des fins cérémonielles. Ne vous étonnez donc point du syncrétisme de bon aloi que représente l’adoration de Ganesh dans les temples bouddhistes. Une adoration que jamais le Bouddha historique n’a préconisée…


Festivités à Chiang Mai

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© Chiang Mai Deci-Delà

À Chiang Mai, l’éléphant n’est pas qu’une figure mythologique puisque l’on peut facilement rencontrer de vrais pachydermes dans la jungle environnante (les anciens se souviennent qu’en s’installant dans la région, les éléphants étaient nombreux). Pléthore sont les temples abritant les effigies de Ganesh. Qui sait si vous arriverez à trouver la petite statue de couleur turquoise représentant Ganesh en roi nichée au Wat Phra That Doi Suthep, temple le plus vénéré de la Rose du Nord… Autre sanctuaire, plus récent, celui sur la place du centre commercial MAYA, non loin de la fontaine. L’Université de Chiang Mai (CMU) en abrite elle aussi un.

C’est cependant ailleurs que la Fête de Ganesh (Ganesh Chaturthi) est célébrée ici à Chiang Mai. Elle est souvent appelée Ganpati Festival, un des divers noms du dieu Ganesh¹. On vous dévoile pas moins de six adresses, à commencer par celle qu’il faut absolument visiter le samedi 15 septembre  : le musée Ganesh Himal, qui sera donc en fête ce jour-là. Rappellons – si besoin est – que la Fête de Ganesh célébrée au musée Ganesh Himal est une des plus belles fêtes que vous puissiez vivre ici à Chiang Mai. À ne pas rater donc !

Ganesha Himal Museum le samedi 15 septembre 2018

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© Chiang Mai Deci-Delà

Le site vaut à lui seul le détour, fête ou pas fête ! Il se trouve dans le district de Doi Lo, après la ville de Hang Dong, au sud-ouest de Chiang Mai. Pour y arriver, la petite route campagnarde no 3018 traverse de splendides rizières (ça tombe bien puisque nous sommes en saison verte). Depuis Chiang Mai, on vous conseille d’ailleurs d’emprunter au préalable la route du canal (route no 3035 et non la 108, plus directe); comptez une heure de route depuis Chiang Mai (un peu plus de 40 km). Revenez en rejoignant la rivière Ping à l’est, puis « remontant » par la très jolie route 4032 longeant la rive est. Une balade agreste que vous saurez apprécier si vous êtes en scooter. Bien qu’il soit dénommé musée, c’est bien plus un lieu de dévotion au dieu-éléphant qu’un seul site muséal. Mais il est vrai que quelques belles pièces y sont exposées. L’endroit, des plus paisibles, ravit la majorité des visiteurs qui font l’effort du déplacement. Évidemment, le jour de la fête, l’affluence est grande et ne correspond en rien au calme habituel des lieux. Un banquet gratuit est organisé; c’est dire que les dons sont les bienvenus.

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Le programme est divisé en deux jours. Le premier jour, jeudi 13 septembre 2018, de 9h à midi, une cérémonie du wai kru est organisée; c’est un rituel où les dévots rendent hommage à leur maître. Il est demandé de s’habiller en blanc. De notre point de vue, en tant que touriste, ce n’est pas ce jour-là qu’il faut y venir !

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© Chiang Mai Deci-Delà

Le second jour, soit samedi 15 septembre 2018, de 9h à 16h, correspond à la Fête de Ganesh à proprement parler (Ganesh Chaturthi ou Ganpati Festival). C’est ce jour-là qu’il vous faut venir au musée Ganesha Himal ! Vous ne regretterez en rien le déplacement, croyez-nous. Riche est le programme, avec un défilé, des danses, de la musique rituelle, de nombreux adeptes rendant hommage au dieu Ganesh (sur la grande place, à l’arrière). Suivez la foule et noyez-vous dans cette ambiance religieuse unique. Entre les diverses cérémonies, vous aurez tout loisir de visiter les espaces du musée. Il est demandé de vous habiller de couleurs chatoyantes, à défaut d’un sari indien (on parle ici de la gent féminine).

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Programme du samedi 15.09.2018 :
• 9h : défilé
• 9h30 : danses et show « La légende de l’Éléphant Blanc »
• 11h : cérémonie religieuse
• 14h30 :  bénédiction du dieu Ganesh exposé sur la place
• 15h : parade (soit le retour de la statue de Ganesh dans son écrin protecteur)
• 15h30 : cérémonie Ganga Aarti

Ganesha Himal Museum (พิพิธภัณฑ์พระพิฆเนศ)
Date : jeudi 13, de 9h à midi, mais surtout samedi 15.09.2018, de 9h à 16h (ou 17h)
Emplacement : Google Maps (ouvert de 9h à 17h)
Adresse : 277 กิ่ง,  Moo 10, borne des 35km de la route Chiang Mai-Hod, sous-district (tambon) de Yang Kram, district (amphoe) de Doi Lo, Chiang Mai 50160. En thaï : 277 กิ่ง ตำบล ยางคราม อำเภอ ดอยหล่อ เชียงใหม่ 50160
✆ +66 53 269 011 (ou +66 53 269 101), +66 53 024 287, +66 89 430 4050
Site web (qui n’est qu’en langue thaï) / Page FacebookÉvénement FB

Roitawarabarn Baandhewalai le dimanche 9 septembre 2018

GaneshaFestival2018RoitawarabarnBaandhewalaiPhotoMichelBochet7

© Facebook – Michel Bochet

C’est là l’un des joyaux cachés de Chiang Mai; peu de touristes s’y aventurent. Et pourtant, l’endroit est situé aux pieds du Doi Suthep, au bout de la route éponyme (qui ne conduit plus à la montagne depuis la construction de la nouvelle route plus au nord). Un professeur en économie de l’université dédie sa fortune à la création d’un musée qui contient de très belles œuvres classiques (ce sont là des copies dont il demande la création à des artistes). Et c’est justement ce qui fait tout l’intérêt du lieu : en y venant (et revenant), vous pouvez voir évoluer une œuvre (et surtout vous rendre compte du temps nécessaire aux artistes pour terminer leur chef-d’œuvre in vivo). Vous verrez ici non seulement de très belles peintures classiques (des reproductions du Palais Royal de Bangkok) mais également d’imposantes sculptures sur bois (un grand Ganesh noir y trône) et également des motifs sculptés dans du verre. L’entrée est libre mais rien ne vous empêche d’acheter une offrande que vous pourrez déposer aux pieds de Ganesh. Durant la fête de Ganesh du dimanche 9 septembre, qui est la première des 5 fêtes programmées à Chiang Mai, il est demandé de s’habiller de blanc.

Jean de la Mainate, animateur du blog Merveilleuse Chiang Maï, un monument d’érudition, vous parle mieux que nous de ce lieu qu’il vous faut impérativement visiter. Il l’a joliment surnommé : la propriété des dieux et des déesses.

GaneshaFestival2018RoitawarabarnBaandhewalaiCoverProgramme du dimanche 09.09.2018 :
• 9h : prière au dieu Ganesh
• 10h45 : bénédiction du dieu Ganesh
• 11h : danses indiennes (vidéo)
• 12h : buffet végétarien
• 13h : visite de l’exposition permanente

GaneshaFestival2018RoitawarabarnBaandhewalaiPhotoMichelBochetMontage2

© Facebook – Michel Bochet

Roitawarabarn Baandhewalai (ร้อยทวารบาล บ้านเทวาลัย)
Date : dimanche 09.09.2018, de 8h à 13h
Emplacement : Google Maps (ouvert de 9h à 19h)
Adresse en thaï : 79/7 ม .1 ซ .2 ถ สุ เทพ สุเทพ เมือง Chiang Mai 50200
✆ +66 86 192 9699
Site web (qui n’est plus fonctionnel) / Page Facebook / Pas d’événement FB

Pikane(t) Suan Devalai le jeudi 13 septembre 2018

GaneshaFestival2018PikaneSuanDevaLogoFBC’est un nouveau lieu de culte dédié à Ganesh, celui qui nous est le moins familier. Et pourtant, il se trouve au centre-ville, à l’intérieur de la cité fortifiée, remparts sud, non loin de la porte Chiang Mai. L’étroit sanctuaire est coincé entre deux commerces (à gauche le représentant des appareils ménagers LG, à droite un point de vente d’objets bouddhistes destinés aux temples). L’entrée est surmontée d’un grand logo Ganesh doré.

Nous n’avons encore jamais assisté à aucune cérémonie en ce lieu « saint » et ce sera là sans doute une belle occasion de le faire.  La Fête de Ganesh (Ganesh Chaturthi) est organisée le jeudi 13 septembre. Hors cérémonies spéciales, le personnel vous invitera à vous déchausser, vous offrira une bougie et de l’encens et vous demandera de faire sonner la cloche avant d’entrer. Vous pourrez ensuite vous adonner à des prières à l’intérieur. Et ne pas oublier de faire sonner une seconde fois la cloche avant de quitter les lieux.

GaneshaFestival2018PikaneSuanDevaCoverFBevent

Programme du jeudi 13 septembre 2018 :
• 18h30 : début de la cérémonie avec la réception des hôtes
• 19h00 : sacrifice à Ganesh
• 20h30 : cérémonie religieuse
• 21h00 : cérémonie Ganga Aarti

Pikane(t) Suan Devalai (พิฆเนศวรเทวาลัย)
Date : jeudi 13.09.2018, de 18h30 à 21h30
Emplacement : Google Maps (ouvert de 8h à 21h)
Adresse en thaï: 39/1 ถนนบำรุงบุรี พระสิงห์ เมืองเชียงใหม่ เชียงใหม่ 50200
✆ +66 95 692 4262
Site web (en langue thaï) / Page FacebookÉvénement FB
Twitter / Instagram / YouTube


Pikanet Chiang Mai le vendredi 14 mars 2018

GaneshaFestival2018PikanetCNXCoverMontage

Vous êtes fort probablement passé à côté de ce lieu de culte aux statues spectaculaires sans même vous en rendre compte ! Il est en effet accolé au terminal 2 de la gare routière Arcade ! Maintenant que vous le savez, vous n’aurez plus d’excuse pour ne pas le visiter, à votre arrivée (ou à votre départ) de Chiang Mai en bus. Ganesh est au centre de ce sanctuaire qui lui est dédié – et dont il porte le nom thaïlandais – mais d’autres statues du panthéon hindou sont érigées là. Ici, pas de Bouddha !

GaneshaFestival2018PikanetCNXCover2OffrandesMontage

Le lieu est souvent animé et nous relatons régulièrement sur notre page Facebook les fêtes qui y sont organisées (et même bien organisées, fêtes qui donnent à voir de belles danses du Lanna). En l’occurrence, la Fête de Ganesh (Ganesh Chaturthi, คเณศจตุรถี) se déroulera vendredi 14 septembre, en soirée. Notez que le site est souvent en fête (l’on peut commander des cérémonies spécifiques contre monnaie sonnante et trébuchante; après tout, Ganesh est censé attirer la fortune 😏). Habituellement, les cérémonies au Pikanet voient affluer des dévots habillés de blanc. Mais ce jour-là, s’agissant de la Fête de Ganesh, le code vestimentaire demande aux invités de s’habiller de couleurs chatoyantes; les dames en profiteront pour se vêtir de leur plus beau sari de couleur.

GaneshaFestival2018PikanetCNXCoverFBevent

Programme du vendredi 14 septembre 2018 :
• 19h00 : danses cérémonielles
• 19h30 : enregistrement des invités
• 20h00 : cérémonie religieuse Ganesh Chaturthi
• 21h10 : cérémonie religieuse Aarti

Pikanet Chiang Mai (ศาลพระพิฆเนศ อาเขตเชียงใหม่)
Date : vendredi 14.09.2018, de 18h à 22h (en journée dès 9h)
Emplacement : Google Maps (ouvert 24 heures sur 24)
Adresse en thaï : 207 ซอย5 ถนน แก้วนวรัฐ ตำบลวัดเกต อำเภอเมือง เชียงใหม่ 50000
✆ +66 95 639 8881
Site web (version anglaise indigente) / Page FacebookÉvénement FB / Twitter


Ashram Guru Deva le dimanche 16 septembre 2018

La communauté de cet ashram discret situé entre Doi Saket et le lac Mae Kuang Dam, à l’est de Chiang Mai (précisément ici), organise elle aussi une fête à Ganesh. Elle n’a ni la magnificence de celle du musée Himal Ganesh ni la ferveur du Pikanet Chiang Mai . Néanmoins, cette cérémonie est originale puisqu’elle verra son guru mettre à l’eau une statue de Ganesh comme cela se fait en Inde. Ça se passe au bord de la rivière Ping dans le parc près du pont Nawarat. De quoi agrémenter joliment votre dimanche après-midi.

GaneshaFestival2018AshramGuruDevaCover

La cérémonie durera tout au plus deux heures. Elle débute le dimanche 16 septembre, à 14h, avec une procession qui démarre au marché Warorot pour rallier les bords de la rivière Ping, juste en face de la First Church (une grande église évangélique).

Ashram Guru Deva (กูรูเดวาอาชรัม(อีโคไลฟ์))
Date : dimanche 16.09.2018, de 14h à 16h
Emplacement de la cérémonie : Google Maps
Pas d’adresse précise s’agissant d’un parc au bord de la rivière Ping
À notre connaissance, aucun site web ni page Facebook n’est géré par cet ashram. Page Facebook du guru.


Wat Sri Suphan (le Temple d’Argent) le mercredi 19 septembre 2018

On clot la liste des animations dédiées au dieu Ganesh par le dernier événement, en journée, organisé dans un endroit plutôt insolite puisqu’il s’agit d’un temple tout ce qu’il y a de plus bouddhiste, le Wat Sri Suphan, plus connu comme le Temple d’Argent (Silver Temple en anglais), sur Wualai Road, au cœur du fameux marché piétonnier du samedi soir. C’est un temple qui organise une cérémonie prisée des touristes, le samedi soir justement, avec une veillée aux chandelles autour du temple d’argent, illuminé à cette occasion des seules bougies des dévots. L’épicentre est interdit aux femmes… Mais la fête dont il est question ici, dédiée à Ganesh donc, aura lieu le mercredi 19 septembre 2018, dès 9h39. Ne manquez pas le défilé programmé à 15h39 (on sait être précis en Thaïlande, du moins dans les programmes 😏). Code vestimentaire : couleurs chatoyantes à défaut d’un sari indien.

Programme du mercredi 19.09.2018 :
• 9h39 : bain rituel de Ganesh
• midi : repas en commun
• 15h39 : défilé

Wat Sri Suphan (le Temple d’Argent, วัดศรีสุพรรณ ในพระอุปถัมภ์ พระเจ้าหลานเธอพระองค์เจ้าทีปังกรรัศมีโชติ)
Date : mercredi 19.09.2018, de 9h39 à 16h
Emplacement : Google Maps (ouvert de 5h39 à 21h30)
Adresse en thaï : 100 ถนนวัวลาย ตำบล หายยา อำเภอเมืองเชียงใหม่ เชียงใหม่ 50100
✆ +66 61 403 2581 et +66 97 215 5397
Site web, page Facebook (qui n’est pas la page officielle), pas d’événement FB à notre connaissance

Comme cela fait beaucoup de cérémonies en des lieux fort dispersés, on publie ci-dessous la carte des divers emplacements (ne nous remerciez pas, c’est tout naturel) :


Ailleurs en Thaïlande

Vous trouverez des sanctuaires et des statues de Ganesh – souvent immenses – dans toute la Thaïlande. L’un des plus célèbres est situé dans le quartier commerçant de Ratchaprasong à Bangkok, précisément au Central World, à l’extérieur, en face du magasin Isetan, sur Ratchadamri Road (ouvert 24 heures sur 24, arrêt BTS Chidlom). Les habitants y déposent des statuettes d’éléphants, des guirlandes de calendula frais, des bonbons, des bananes et de la canne à sucre.

Autre sanctuaire des plus vénérés, celui du temple royal des brahmanes au centre de Bangkok, près de la balançoire géante (Giant Swing). Le temple hindou Wat Phra Si Maha Utama Devi (วัดพระศรีมหาอุมาเทวี), à Silom, abrite lui aussi une statue de Ganesh qui a été transportée d’Inde à la fin du XIXe siècle. Une statue de bronze du Xe siècle a, elle, été retrouvée à Phang-Na avec des inscriptions tamoules. Enfin, la province Chachoengsao, à l’est de Bangkok, abrite pas moins de trois parcs exposant des statues géantes de Ganesh, dont celle qui est considérée comme la plus grande statue de Ganesh au monde (site web et page Facebook).

Dans tous ces lieux de culte, la Fête de Ganesh (Ganesh Chaturthi) sera bien évidemment célébrée cette semaine (à des dates diverses). Deux des plus grands événements ont lieu au temple Shiva (ตำหนักพระแม่กวนอิมมหาโพธิ์สัตว์อวโลกิเตศวร โชคชัย 4 สาขารามอินทรา), à l’extérieur de Bangkok, et au temple Utthayan Ganesh à Nakhon Nayok, dans la province éponyme, à l’est de la capitale (Ganesha Park, อุทยานพระพิฆเนศ). Généralement, les bouddhistes thaïlandais participent également aux célébrations aux côtés des hindous.

Vous savez maintenant que Chiang Mai Deci-Delà vous invite à vivre pleinement toutes les fêtes et festivals au contact de la population locale. C’est sans nul doute là la plus belle des manière de se frotter à la culture siamoise. Et cette Fête de Ganesh, bien que venue d’ailleurs, en fait bien évidemment partie. Si vous faites l’acquisition d’une statuette de Ganesh afin de vous remémorer votre voyage en Thaïlande – et pourquoi pas attirer fortune et succès, tenez compte de ces 10 règles pour la placer correctement ! Joyeuse fête à tous et que la fortune et le succès vous accompagnent.


Mise à jour après l’édition 2018

Peu sont les touristes et expatriés ayant vécu l’événement en direct, sur place au musée Ganesha Himal. Il n’empêche, belle fut la fête !

GaneshaFestival2018GanheshaMuseumPhoto2018Montage1

Édition 2018 – Crédit photo : Narin Srikhamlure – Source : พิพิธภัณฑ์พระพิฆเนศ – © Facebook

Vidéos de l’édition 2018 : cortège initialcélébrationfin de la célébration et cortège final
Photos de l’édition 2018 : set 1set 2set 3set 4

Vous pouvez également voir ou revoir la cérémonie organisée au Pikanet Chiang Mai, le sanctuaire accolé à la gare routière Arcade : vidéo. Pour les danses, il nous faut nous contenter de photographies.

De même pour la cérémonie au Pikane(t) Suan Devalai : premier montage-photo suivi d’un second montage. Et là aussi, quelques photos.

Enfin, l’immersion du Ganesh dans la rivière Ping lors de la cérémonie de l’ashram Guru Deva avec également quelques photos.


¹ ou Ganesha, mot sanskrit. Ganesh porte un grand nombre d’autres noms (Autres noms de Ganesh, Wikipédia): Ganapati (le chef des Ganas), Vinâyaka (le meilleur des guides), Gajânana (face d’éléphant), Gajâdhipa (le roi des éléphants), Vighneshvara (le maître des obstacles), Vighnahartā (celui qui évite et écarte les obstacles). Les 12 noms en sanskrit les plus souvent utilisés pour les prières courtes sont : Sumukha (Celui qui a un beau visage), Ekadanta (Celui qui n’a qu’une seule défense), Kapila (Celui qui est rouge foncé), Gajakarnaka (Celui qui a des oreilles d’éléphant), Lambodara (Celui qui a un ventre proéminent), Vikata (Celui qui est imposant), Vighnanasha (le destructeur des obstacles), Ganadhipa (le maître des Ganas, serviteurs de Shiva), Dhumraketu (Celui dont la bannière est grise), Ganadhyaksha (le chef des Ganas), Bhalachandra (Celui qui porte la lune sur son front), Gajânana (Celui qui a une tête d’éléphant).
² Lire à cet effet l’ouvrage India-Thailand Cultural Interactions: Glimpses from the Past to Present, sous la direction de Lipi Ghosh.

Entre autres sources rédactionnelles : Wikipédia (Ganesha in world religions).
Source de l’image à la Une. Mise à jour le 18.09.2018

Spectaculaire ascension du Doi Suthep par les nouveaux étudiants de la CMU

Qui n’est pas venu au temple du Doi Suthep n’a pas visité Chiang Mai ! C’est ce que pensent les habitants de la Rose du Nord et avec eux tous les Thaïlandais. C’est dire le rôle primordial que joue ce temple bouddhiste ô combien vénéré – sans doute le temple le plus vénéré du nord de la Thaïlande. Et comme l’Université de Chiang Mai se trouve à ses pieds, c’est tout naturellement que le temple est la destination d’un rite de passage1 impliquant les nouveaux étudiants, un spectaculaire événement organisé annuellement.

La prochaine édition de cette ascension se déroulera en novembre, plus précisément le samedi 22 novembre 2025

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Il s’agit, en anglais, du CMU Trekking, à savoir l’ascension, à pied bien sûr, du mont Suthep. Comme ils sont plus de 8 000 nouveaux étudiants, l’ascension est spectaculaire, d’autant que les traditions du Lanna sont mises en avant en commençant par les habits traditionnels. Spectacle immanquable que nous ne saurions que trop vous conseiller. Mais pour cela, il faut vous lever tôt…

Notre article aborde l’organisation de cet événement annuel bien entendu mais également celui similaire d’une université toute proche, la RMUTL, avec un mot sur une défunte mascotte, Tia. D’autres sujets seront survolés : la naissance de ce rite de passage, l’imbrication du bouddhisme dans l’éducation et enfin la qualité du système éducatif siamois.

Pour vous donner l’envie de participer à cet événement estudiantin unique, jetez donc un œil à ses anciennes éditions : 2020, une édition bridée, 2019, la dernière avant que ne survienne le covid et 2018, sachant que l’édition 2021 avait été annulée en raison de la pandémie sanitaire.

En tant que touriste, la visite du temple perché au sommet du Doi Suthep se doit d’être impérativement au programme de votre séjour. C’est la montagne tutélaire de la ville de Chiang Mai. De là-haut, la vue sur toute la vallée est splendide (encore plus si vous effectuez la visite aux aurores, seul ou presque, en participant aux aumônes matutinales, ou alors en soirée, assistant aux prières des moines bouddhistes). Mais la visite du temple du Doi Suthep prendra une tournure tout autre à trois occasions précises :


Édition 2022 – Retour à la normal

Quel plaisir de revoir les étudiant·e·s gravir la montagne la plus sacrée du Nord thaïlandais, effectuant des rituels affinés au fil des éditions d’un événement qui les marquera à jamais. Une édition 2022 qui a retrouvé les fastes des éditions précovid.

Cette année, la bande-annonce officielle donnait le ton d’un retour bienvenu à la normal. Les étudiantes et étudiants de toutes les facultés ont eu le temps de bien se préparer pour le jour J, repoussé au 19 novembre 2022. Il s’agit à chaque fois de préparer les habits traditionnels du Lanna.

C’est avant l’aube que les premiers étudiants se sont élancés – à 4h20 – après une parade initiale débutée à 4h. S’ensuivit une cérémonie d’ouverture – à 6h30 – avant que le gros des troupes ne s’élance. Jetez donc un œil à ces instantanés d’AmeexoPhoto ou à ceux de Chiang Mai News, des photos qui permettent de s’imaginer l’ambiance sur place (en vous rappelant que rien ne vaut de vivre l’événement).

La marche était bien sûr diffusée sur Facebook. Le reportage vidéo de Chiang Mai News résume le tout en moins de 3 minutes. On vous donne rendez-vous l’année prochaine pour une nouvelle édition de ce pèlerinage estudiantin.


Organisation de la cérémonie

CMU Trekking 2016
© Chiang Mai Deci-Delà

C’est l’Union des Étudiants de l’Université de Chiang Mai (CMU) qui organise la manifestation. Il s’agit donc d’une célébration d’accueil des étudiants de première année de la CMU, soutenus par leurs coreligionnaires plus âgés (l’Université de Chiang Mai compte plus de 36 000 étudiants venus de toutes les provinces de la Thaïlande). Le nom officiel de l’événement est « La tradition d’accompagnement de nouveaux étudiants pour rendre hommage au temple du Doi Suthep ». Un événement qui se rapproche des baptêmes d’étudiants occidentaux en tant que rites de passage1 marquant le début de la nouvelle session académique. Tous les élèves universitaires de 1ère année se soutiennent afin de réaliser cette difficile ascension, à pied, ce qui leur permet de nouer de solides amitiés. Vous y verrez des scènes émouvantes, notamment celles où les étudiants handicapés (en chaise roulante par exemple), sont soutenus par leurs camarades afin que tous arrivent au sommet. Formidable cortège, avec chants et bavardages, qui ne manquera pas de vous impressionner.

Se fondant sur son nom en anglais, l’acronyme de l’université de Chiang Mai est CMU. Mais les habitants l’appellent affectueusement มช (terme thaï se prononçant mocho).

Programme et horaire

CMUTrekkingWalkUpDoiSuthep2018CheckPoints

Samedi donc, l’événement débute tôt, très tôt, avant l’aube ! Voici le programme qui s’applique généralement :

◆ À 4h du matin : première parade ouvrant la marche, sur l’esplanade de l’université, au pied du Doi Suthep.

◆ À 4h20 : départ des premiers étudiants, facultés après facultés.

◆ À 6h30 : cérémonie d’ouverture sur la même esplanade.

◆ À 7h : les étudiants continuent de s’élancer, selon les facultés.

Les premiers étudiants s’élancent donc aux aurores ! La place d’où part la marche reste animée jusque vers 10h; vous pourrez ainsi profiter des animations culturelles. Et comme les premiers étudiants arriveront au temple – qui se trouve au sommet de la montagne – vers 8h, un choix cornélien s’imposera à celui qui voudra vivre l’événement : soit participer au point de départ de tous les participants au bas du Doi Suthep, soit alors les attendre à leur arrivée au temple éponyme, sur les hauteurs. Vous pouvez également les encourager le long du parcours, notamment dans l’avant-dernier virage, celui en épingle à cheveux.

À noter que la circulation est difficile ce jour-là dans tout le quartier de l’université, des tronçons de la route étant fermés tôt le matin. Perturbation à prévoir jusqu’à 18h. La pluie peut par ailleurs s’inviter car c’est saison verte en ce moment (mais aucune pluie n’était à déplorer en 2020 et en 2022).

CMUTrekkingWalkUpDoiSuthep2019YoungPrideMontage
Le Young Pride Club profite de l’occasion pour promouvoir sa cause © Facebook

Le jour de la course, les vidéos personnelles de l’ascension se multiplient sur les réseaux sociaux. D’autant quand un concours est organisé.

Signalons encore la présence du groupement Young Pride Club (anciennement Pride CMU) qui regroupe la communauté LGBT. Ils seront également de la partie afin de sensibiliser leurs collègues et amis étudiants à leur cause. Inoubliable, la journée l’est forcément pour ces jeunes étudiants qui rejoignent le sommet à pied. Une cohorte de marcheurs qui pourra se sustenter sur le parcours jonché de nombreux stands (beaucoup d’entreprises sponsorisent l’événement). Mais la journée sera aussi inoubliable pour vous car c’est là un événement des plus authentiques, pratiquement inconnu des touristes. C’est pourquoi, nous vous conseillons grandement d’y participer.

Le CMU Trekking sur le net
Page Facebook de l’Union des Étudiants de l’Université de Chiang Mai (สโมสรนักศึกษามหาวิทยาลัยเชียงใหม่)
‣ Pas d’événement FB cette année, à notre connaissance (ประเพณีรับน้องขึ้นดอย 2563)
‣ Autre page FB prenant part à l’événement : @TeamMorChor; et une troisième moins animée : CMLive CMU
‣ Hashtags de l’événement : #CMUTrekking2022, #ฮับน้องขึ้นดอย65 et #รับน้องขึ้นดอย2565
‣ L’ascension est diffusée en direct sur Facebook depuis plusieurs années, sur la page officielle de la CMU, à défaut sur celle de l’Union des Étudiants CMU
‣ Emplacement du départ de la marche sur Google Maps

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Naissance d’un rite de passage1

Cette tradition remonte à 1964, année de la fondation de l’université de Chiang Mai (soit 2507 selon le calendrier bouddhiste thaïlandais), où 291 étudiants ont pris part avec piété à l’événement mis sur pied par le professeur Boonsom Martin. Il s’agissait alors de trouver un acte qui singularisait la nouvelle université. Comme une route, nouvelle elle aussi, menant au temple du Doi Suthep venait d’être construite à l’initiative de Khruba Siwichai et que l’université se trouve au pied de la montagne éponyme, c’est tout naturellement que ce trek est venu à l’esprit (photos d’époque et explications en anglais).

Il n’y a pas moins de 11 km et un dénivelé de plus de 1000 mètres pour arriver au sommet du Doi Suthep, escalade qui se fait en 3 à 4 heures de marche. Comme c’est la saison des pluies, l’air est humide est la chaleur présente. Ce qui n’empêche pas les étudiants d’effectuer d’étranges chorégraphies au départ, discipline de rigueur ! Quel que soit leur enthousiasme, tous les étudiants redoutent la déclivité du dernier virage, juste avant d’arrivée au temple, le Wat Phrathat Doi Suthep Rat Wora Wihan, de son nom complet. C’est notamment dans ce virage en épingle à cheveux qu’on peut voir les étudiants courir ensemble bras dessus bras dessous, s’élançant et en émettant des cris de guerre.

Accompagnés de leurs professeurs, les élèves se regroupent par faculté. Belle occasion pour eux de se faire de nouveaux amis, en formant de nouveaux liens. L’objectif de cette journée n’est pas seulement d’accueillir les nouveaux étudiants de l’université mais aussi de favoriser les relations entre les nouveaux arrivants et les anciens étudiants. Aux yeux d’un Occidental, cet impressionnant défilé est l’occasion de constater l’extrême obéissance des étudiants. Une expérience unique des plus émouvantes, inoubliable pour tous les étudiants de la CMU, étudiants qui sont invités à ne pas boire d’alcool ce jour-là. Et quelle fierté que d’être arrivé à pied au haut du Doi Suthep et d’y faire des offrandes au temple éponyme !

CMUTrekkingWalkUpDoiSuthep2019Recommends
Les étudiants de la CMU reçoivent des recommandations pour réussir leur ascension : préparez votre corps en vous entraînant, en courant et en faisant de l’exercice, évaluez votre condition physique (préparez au besoin vos médicaments), évitez de boire de l’alcool avant le jour de la montée, évitez les buffets ou les aliments trop lourds ou trop épicés, reposez-vous suffisamment, préparez votre esprit à parcourir la distance de 14 kilomètres [bien que la route fasse 11 kilomètres…].

En y allant, la première chose qui vous frappera sera leur habillement. Comme dans toutes les écoles du royaume, l’uniforme est de rigueur. Mais ici, non seulement le style Lanna – du nom de l’ancien royaume du nord – est respecté mais chaque faculté dispose de son propre costume. Ce sera aussi pour vous l’occasion de découvrir de magnifiques danseuses Lanna et des musiciens frappant les fameux tambours traditionnels du Lanna. C’est dire que le spectacle est aussi culturel.

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Une tradition plus que cinquantenaire puisque la première ascension par les étudiants de la CMU remonte à l’année 1964 © Facebook – สโมสรนักศึกษามหาวิทยาลัยเชียงใหม่

Tia, mascotte malgré lui

En vous promenant à Chiang Mai, vous croiserez de nombreux chiens errants, notamment en gravissant le mont Suthep. Tia était de ceux-là, traînant dans le campus de la faculté des sciences de la CMU. Jusqu’à ce qu’un jour, il y a quelques années, il se mette à suivre les étudiants durant cette randonnée annuelle. Depuis lors, il bénéficiait de l’aile protectrice estudiantine, vivant son quotidien mieux loti que ses congénères. Et chaque année, il faisait lui aussi la spectaculaire ascension du Doi Suthep, suivant les étudiants.

CMUTrekkingWalkUpDoiSuthep2019PhotoTiaMontage
Feu Tia, devenu en quelque sorte la mascotte du trekking © Facebook – เตี้ย มช.

Des pages Facebook lui avaient été consacrées, suivies par des dizaines de milliers de fans. Voici les deux plus importantes : @DogStoryCS et @TiaDogCMU. Le hashtag #เตี้ยมช permettait de suivre les aventures de Tia, le héros d’une histoire touchante.

Si nous employons l’imparfait, c’est parce qu’hélas Tia n’est plus. Le 7 mai 2020, nous avons appris sa mort. Il avait disparu le jour précédent et tout Chiang Mai le recherchait. Entre-temps, l’affaire a pris une tournure judiciaire.

Feu Tia, un chien que vous ne croiserez plus en vous promenant dans le campus de la CMU. Qu’il repose en paix. L’avenir nous dira si une nouvelle mascotte canine se joindra aux étudiants…


Un événement similaire, celui de la RMUTL

CMUTrekkingWalkUpDoiSuthep2019RMUTLPhotoRecadrée
Défilé de la RMUTL, non dénué de charme lui aussi © Facebook

La CMU, l’Université de Chiang Mai, n’est bien entendu pas la seule université à y aller de son rite de passage. Ainsi de la RMUTL – Rajamangala University of Technology Lanna. C’est une université dont le petit campus Payap se trouve de l’autre côté de la route (par rapport à la CMU); son aura est bien moindre que sa grande sœur (et le coût des études à l’avenant). Les étudiants effectuent eux aussi leur sortie annuelle en tenue traditionnelle Lanna. Partant de l’université, ils s’arrêtent cependant au sanctuaire voisin de Khruba Siwichai. Avec quelques centaines de participants, le défilé est forcément moins impressionnant. Il n’empêche ! Si vous avez l’occasion de passer dans les alentours ce jour-là, vos yeux en seront éblouis. L’événement est généralement organisé au début du mois de juin (à notre connaissance, la dernière fois le 16 juin 2019). Un album-photo est visible sur Facebook, et même une vidéo.


Imbrication du bouddhisme dans la société thaïlandaise

CMUTrekkingWalkUpDoiSuthep2017CoverFB
© Facebook – Édition de l’année 2017
CMUTrekkingWalkUpDoiSuthep2018PhotoTeamMorChor
© Facebook – ทีมมช by AutoBot

La dimension religieuse est prégnante. Tous les étudiants sont bénis par un moine au départ, sur l’esplanade centrale de la CMU, à la jonction de la route Huay Kaew (vous risquez vous aussi d’être aspergé d’eau bénite). Un premier arrêt est effectué au sanctuaire dédié à Khruba Siwichai, non loin, juste après le zoo (vous saurez pourquoi en lisant notre article Khruba Siwichai, le saint homme de Chiang Mai, ô combien vénéré). Par ailleurs, des étudiants transportent une statue d’éléphant en verre contenant des reliques; il s’agit de Ganesh (que les Thaïlandais appellent พระพิฆเนศ, Phra Phikanet, ou encore พระพิฆเนศวร, Phra Phikanesuan). Avec son socle en bambou, cette châsse pèse près de 300 kg ! In fine, tout le monde rend hommage à Bouddha une fois arrivé au temple (306 marches closent l’ascension), en déposant une fleur de lotus. Il s’agit d’accumuler des mérites – notion plus que chère au cœur des Thaïlandais et que nous développerons un jour2 – et d’attirer la chance durant les années de leurs études. Anecdotiquement, des centaines de chaussures attendent les pieds de leur propriétaires car, comme dans tout temple bouddhiste qui se respecte, on se déchausse !

CMUTrekkingWalkUpDoiSuthep2017Cover3
© Facebook – Édition de l’année 2017

De la qualité du système éducatif siamois3

Tout éblouis que nous sommes par la splendeur de cet événement unique, n’en oublions cependant pas que le système éducatif du royaume de Thaïlande ne vaut tripette en comparaison internationale. Nous ne rappellerons ici que quelques faits : en 2013, parmi les pays de l’ASEAN, la Thaïlande n’occupait que le huitième rang (sur 10 pays) en termes de qualité de l’éducation. En 2015, le Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) a signalé que les résultats des élèves thaïlandais avaient considérablement baissé par rapport à l’évaluation précédente, notamment en lecture et en sciences. La Thaïlande a à nouveau été giflée en 2017 par le Rapport mondial de suivi de l’éducation 2017/2018 de l’UNESCO. Un système éducatif jugé archaïque et critiqué par le gouvernement ! Sachez encore pour conclure que le classement de Shanghai 20184 n’intègre plus aucune institution académique thaïlandaise dans les 500 meilleures universités du monde (alors qu’en 2017, l’université Chulalongkorn y figurait) ! Seules quatre universités siamoises sont encore classées et elles font piètre figure (au-delà du 501e rang, la CMU étant située entre la 801e et la 900e place, sur 1000 donc…).

Les élites thaïlandaises n’hésitent d’ailleurs pas à inscrire leur progéniture dans les écoles internationales puis à les envoyer à l’étranger pour terminer leurs études (principalement en Australie et aux USA). Néanmoins, Chiang Mai n’est pas à la traîne en matière d’amélioration pédagogique2. La réforme de l’éducation (plus précisément des processus d’apprentissage) fait d’ailleurs partie des priorités du gouvernement faisant suite aux élections de 2019. Dans un monde où l’interdépendance ne fait que s’accroître, espérons que le système éducatif des écoles thaïlandaises se modernisera sans renier la culture qui fait des Thaïlandais ce qu’ils sont, ceci afin que leurs étudiants s’intègrent au mieux et s’épanouissent dans la société qui sera la leur.

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⚠️ Édition 2020 bridée – et c’est un euphémisme – en raison du Covid-19 🦠

Vous savez déjà que la marche de cette année – qui a été repoussée de trois mois au dimanche 6 décembre 2020 – devait être un événement redimensionné à la sauce « new normal » (ce qui peut se comprendre s’agissant d’une manifestation réunissant plus de 10 000 personnes). Ce changement de date a conduit à une devise : ลูกจ๊างขึ้นดอย โตยฮอยศรัทธา ล้านนาในม่านหมอก, signifiant approximativement « Les étudiants (de la CMU) montent au Doi Suthep dans le brouillard pour préserver la tradition lanna« .

Cependant, la détection de quelques cas de Covid-19 à Chiang Rai et Chiang Mai ces jours derniers a encore chamboulé l’organisation. Alors qu’il s’agissait de respecter les normes sanitaires qu’impose la pandémie en cours, l’on nous parle maintenant de « quelques étudiants accompagnés par des professeurs », en nous précisant que ceux-ci iront en minivan. Pour le dire clairement, cette édition 2020 n’aura pas lieu ! Ou du moins, ce qu’il en reste ne vaut aucunement le déplacement. Nous ne vous cachons pas que nous nous sommes demandés si cette triste annulation n’est pas liée à la peur des autorités universitaires de voir 8 000 étudiants faire le signe de ralliement des trois doigts instauré par leurs coreligionnaires de Bangkok, qui continue de manifester presque quotidiennement, soutenus par les étudiants de toutes les villes universitaires…

C’est d’autant plus dommage que les nouveaux étudiants de la CMU, récemment accueillis à l’université, s’étaient préparés à cette longue ascension (vidéo). Eux qui voulaient vraiment la réaliser, aidés de leurs aînés (vidéo Facebook ou YouTube). Avec beaucoup d’humour, la Team Moo Chor, qui anime la page Facebook ทีมมช by AutoBot, a créé un événement FB où sont mentionnées les heures de départ des diverses facultés de la CMU (entre 4h, heure de la procession Seleng Chang Kaew (ขบวนเสลี่ยงช้างแก้ว) et 8h20, heure de départ des étudiants de la faculté des Beaux-Arts, la plus animée au niveau culturel). Un départ devenu dès lors virtuel puisqu’il n’aura pas lieu (la mascotte de l’ascension, feu Tia, doit s’en retourner dans son tombe) !

Au final, la marche a bel et bien été amputée. Les photos le confirment : au pied du Doi Suthep, à l’entrée du campus de l’université, et au haut de la montagne sacrée, à l’entrée du temple éponyme. Cette année de pandémie, il nous faudra donc nous contenter de ces photos d’archives pour se remémorer ce qu’est cet événement puisque la présente édition n’a eu de spectaculaire que le nom.


Édition 2019, avant que le covid ne frappe !

L’édition 2019 a donc été été diffusée en direct sur Facebook (avec des moyens considérables, le tout sponsorisé par AIS, important opérateur télécom). Comme elle dure plusieurs heures (sic), vous pouvez vous contenter de ce montage vidéo recueillant plusieurs témoignages et vous faisant vivre l’expérience de l’intérieur (les sous-titres sont en anglais).

Chiang Mai News nous offre un album-photo du fameux avant-dernier virage, celui en épingle à cheveux où les étudiants effectuent une dernière course. Et comme à l’accoutumée, une vidéo récapitulative a été éditée. Sinon, vous avez là quelques photos des instances dirigeantes de l’université.

Voici le bref et attrayant résumé vidéo officiel :


Édition 2018

On vous livre ci-dessous le résumé vidéo de Chiang Mai News (เชียงใหม่นิวส์) qui, à nos yeux, reflète parfaitement cette émouvante marche estudiantine vers le temple du Doi Suthep, événement que nous vous conseillons vivement de vivre, obvie. Une autre vidéo, très belle elle aussi, vous dévoile un peu des coulisses de ce rendez-vous unique à travers le regard d’un participant.

Comme l’ascension a été diffusée en direct sur Facebook, rien ne vous empêche de revivre cette ancienne édition : premier direct officiel, second, troisièmequatrième et cinquième !


1 À lire à cet effet Les nouveaux rites de passage, une transmission expérientielle, une intervention de Fabrice Hervieu-Wane ou, plus spécifiquement, Le rite de passage dans nos sociétés contemporaines : l’exemple du baptême étudiant, une analyse de Bénédicte Loriers.
2 Sur cette notion de mérite, on vous renvoie aux érudites explications d’Odon Vallet, historien des religions, reprises dans notre article Wat Ton Kwen à Chiang Mai. Offrande de riz et feu en l’honneur du Bouddha.
Prenez donc connaissance de l’article Education is Coming Home: How Chiang Mai is Taking a Lead in Education Reform du magazine anglophone Citylife. Nous consacrerons un jour un article plus fouillé à ce sujet sensible.
4 Appellation commune du ARWU – Academic Ranking of World Universities en anglais (soit le classement académique des universités mondiales par l’université Jiao Tong de Shanghai).

Source de l’image à la une : © Facebook
Article composé le 07.09.2018 et mis à jour le 21.11.2025


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