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Festival Pu Sae Ya Sae – Mise à mort d’un buffle pour concilier les esprits

On raconte qu’ils voulaient manger le Bouddha…

PuSaeYaSaeFestivalMarco11Âmes sensibles, s’abstenir ! Chaque année ici à Chiang Mai, dès les premières lueurs du jour, durant la pleine lune du 7e mois lunaire*, se déroule un spectaculaire festival animiste, le Pu Sae Ya Sae (สืบสานประเพณีเลี้ยงดง). Un rituel, autrefois parrainé par le roi du Lanna, qui implique le sacrifice d’un buffle de couleur sombre, effectué par un chaman local, qui doit en manger la chair crue et boire son sang – ce qu’il fait généralement après qu’il ait émis un cri strident. Cette cérémonie a lieu dans une clairière boisée aux pieds du Doi Kham, une colline d’environ 15 km au sud-ouest de la ville, à Mae Hia (Canal Rd, non loin de Hang Dong). Mieux vaut s’y rendre tôt pour s’imprégner de l’ambiance locale, avant l’arrivée de quelques groupes de touristes ! Cette année, la cérémonie a lieu le lundi 28 mai 2018, dès 7h du matin. Il vous faudra par conséquent venir avec votre propre moyen de transport (en louant un scooter ou négociant un song thaew par exemple).

NB : il ne nous appartient pas de porter un jugement sur des pratiques locales séculaires; nous tenons cependant à vous préciser que la mise à mort du buffle a lieu durant la nuit, avant l’événement public, une fête qui n’en reste pas moins spectaculaire. La voici résumée en vidéo :

Citylife a réalisé une autre vidéo résumant le rituel (basée sur la cérémonie de 2017).


De l’importance des esprits protecteurs…

Le rituel animiste dont il est question aujourd’hui, peu connu et archaïque, provient du peuple Luas (ou Lawas), une des ethnies régionales jadis au coeur du royaume du Lanna. Les Luas sont les premiers habitants connus de Chiang Mai, avant même la colonisation siamoise de la région, et même mon, soit une période antérieure à l’introduction du bouddhisme dans le nord de la Thaïlande. Nous vous avons déjà parlé du Festival annuel de l’Inthakin qui découle lui aussi d’anciennes croyances de ce même peuple premier. Trois esprits sont ici impliqués, de même que six esprits inférieurs : grand-père Pu Sae, gardien du Doi Suthep, son épouse grand-mère Ya Sae, gardienne du Doi Kham, et leur fils Sudeva Rishi. Ogres cannibales à l’appétit insatiable pour la chair humaine et le sang, ils hantaient jadis la région. On sait peu de choses des Luas, bien que l’on pense qu’ils fussent des chasseurs de têtes comme les Wa de l’État Shan, auxquels ils sont liés. Leur anthropophagie est étroitement liée au rituel Pu Sae – Ya Sae tel qu’il est encore pratiqué aujourd’hui.

Selon une légende locale, le Bouddha, arrivé ici par une vision lors d’un de ses rêves, remarqua un silence inhabituel, comme si le village était inhabité; il en demanda la raison. Les villageois lui apprirent alors que deux géants, mari et femme habitant la montagne, viennent souvent au village et en attrapent ses habitants pour se nourrir. Ce qui expliquait le calme apparent du village. Le Bouddha, compatissant face à ces villageois sans défense, partit à la rencontre des deux géants. Cupides, Pu Sae et son épouse Ya Sae, de même que leur fils Sudeva Rishi, voulurent dévorer le Bouddha. Celui-ci, ayant pris conscience de leur plan, leur fit d’abord peur en posant son pied sur un rocher – où se trouve aujourd’hui le Wat Phra Buddha Bat Si Roi dans le district de Mae Rim. Puis le Bouddha leur adressa un sermon et prédit qu’il y aura bientôt beaucoup de moines dans cette région, les exhortant à ne plus manger la chair des êtres vivants. Sudeva Rishi, le fils du couple, touché par la grâce du Bouddha, se convertit et devint moine, s’abstenant à jamais de consommer de la viande de toute sorte. Plus tard, il se déshabilla pour mener la vie d’un ermite, passant son temps en méditation dans une grotte au sommet de la montagne qui prit ainsi son nom : Doi Suthep. Pu Sae et Ya Sae, de mauvaises grâces, acceptèrent eux aussi de ne plus manger de chair humaine mais demandèrent au Bouddha la permission de manger seulement deux buffles par an, un chacun, en compensation. Le Bouddha fut réticent à cette requête; il les bénit tout de même, leur dévoilant cinq préceptes, puis les quitta.

Et c’est depuis lors que les habitants vivant autour du Doi Kham pensent qu’ils doivent se concilier les deux esprits, considérés comme les gardiens de la montagne, et donc protecteurs de la forêt, en sacrifiant chaque année deux buffles. Une seconde cérémonie, tombée dans l’oubli, se déroulait dans la forêt aux pieds du Doi Suthep. Il s’agit ici d’apaiser ces deux esprits car, malgré leur promesse, la crainte d’un retour à leur vieilles habitudes cannibales est toujours présente. Le buffle sélectionné est abattu avant l’aube. Si l’animal, qui est tué avec un gros couteau par un boucher musulman, tombe parallèlement au ruisseau Mae Hiya, la pluie sera abondante. La tête, les os, la viande, les entrailles et le sang sont séparés et déposés sur une natte, sous le regard bienveillant d’une illustration du Bouddha suspendue à un arbre. Le chaman – qui peut être une femme, exalté par le lao khao (une liqueur blanche), est soudainement et violemment possédé par les deux esprits et se met à manger la chair crue extraite des entrailles du buffle et à boire son sang. Après un moment, le chaman s’effondre sur le sol. Les esprits le quittent, satisfaits. Ce qui permet aux gens qui vivent autour de la montagne d’être rassurés une année de plus. A travers ce rituel effectué au début de la saison des pluies, les habitants espèrent également des pluies abondantes permettant de bonnes récoltes, de même qu’une bonne santé durant l’année (une nouvelle année, Songkran, qui a commencé à mi-avril selon le calendrier thaïlandais).

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Déroulement de la cérémonie

Selon la légende, le vieux couple anthropophage, Pu Sae et Ya Sae, vivait donc sur les deux montagnes toutes proches, le Doi Suthep et le Doi Kham. Sachant que le Bouddha allait un jour y venir pour se reposer, les dieux védiques Brahma et Indra ont béni le village en apportant une pluie d’or et d’argent. Comme il pleuvait de l’or au village, le Bouddha a prédit que cet endroit s’appellera Doi Kham, ce qui signifie « Montagne d’or ». Et comme il pleuvait de l’argent plus au nord, la montagne a été appelée Doi Ngoen, ce qui signifie « Montagne d’argent » (renommée plus tard Doi Suthep).

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Le terrain rituel, aux abords de la forêt, est déjà prêt dès 6h du matin : le buffle abattu se trouve dans un espace sacré devant douze maisons des esprits. La cérémonie en tant que telle commence généralement peu après 8 heures avec une procession, agrémentée de musique et de danses. Les femmes du village déposent les offrandes prescrites aux esprits : bananes, maïs soufflé, peau de porc, riz gluant, canne à sucre, tabac et aussi de l’eau, de même que des bougies argentées et dorées. Il y a là six plateaux pour l’esprit de la terre et 23 énormes plateaux de feuilles de banane pour les maisons des esprits, chacun contenant des cigares et des noix de bétel. Au sud de la zone rituelle se trouve un sala destiné aux visiteurs qui peuvent voir le médium à l’œuvre, un villageois de la région qui sera bientôt possédé par l’esprit de Ya Sae. PuSaeYaSaeFestivalMarco10A 8h20, Ajarn Phromma, le maître rituel, arrive pour lire les textes sacrés qui appellent les esprits à résider dans les différentes maisons pendant que la musique traditionnelle agrémente la fête. Vers 9h, la bannière Phra Bot, amenée dans un cercueil noir, est hissée – c’est une représentation du Bouddha, flanqué de ses disciples, Sariputra et Moggallana. Neuf moines, reliés au Bouddha par une ficelle de coton blanc, récitent des incantations saintes en langue pali. Vers 9h30, le médium, possédé par l’esprit, se dirige vers le buffle pour se régaler de sa chair crue et de son sang. Vers 10h15, le médium va rendre hommage au Phra Bot.

Ajarn Kraisri Nimmanhaeminda, dont le récit de Pu Sae – Ya Sae a été publié dans le Journal of the Siam Society en 1967, soutient de manière convaincante que la présence de moines bouddhistes et du Phra Bot au sacrifice de buffle est destinée à convaincre les esprits des anciens cannibales que le Bouddha est toujours vivant et qu’ils devraient donc adhérer à leur vœu d’abstinence de chair humaine. Pour les apaiser davantage, on leur accorde leur dernier souhait – de la viande de buffle fraîche avec l’approbation du propriétaire de ce dernier.

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Plusieurs pèlerins demandent à l’homme possédé d’attacher une ficelle blanche autour de leur poignet afin de s’attirer chance et santé. D’autres participants à la fête profitent du passage du médium dans l’assistance pour lui demander les numéros gagnants de la loterie ! C’est vers 11h que prend fin la cérémonie (édition 2016 en vidéo).

Des rites ancestraux

PuSaeYaSaeFestivalMarco21Vous l’aurez compris, il s’agit là de rites ancestraux antérieurs au bouddhisme, ce dernier n’ayant aucune peine à intégrer les croyances animistes. Au même titre que le Festival de l’Inthakin, lui aussi découlant des croyances du peuple Lua, ou encore les rites visant à faire tomber la pluie à l’aide de fusées (fêtes que l’on retrouve au Xishuangbanna, au sud de la Chine, patrie des Dais), l’ensemble de ces fêtes font partie des rites de fertilité, les pluies assurant des récoltes abondantes (principalement de riz).

L’imbrication de rites chamaniques issus du peuple Lua avec des rites bouddhiste du peuple thaïlandais démontre à l’envi l’amalgame qui constitue le Nord thaïlandais, comprenant de nombreuses minorités ethniques. Les Luas et les Thaïlandais vivent ensemble depuis des siècles, partageant des terres et des traditions culturelles. Lorsque les Thaïs sont devenus dominants, ils n’ont pas cherché à éradiquer les rituels luas mais ont participé (en tant que bouddhistes) au rite (très non bouddhiste) du sacrifice de buffles pour adjurer les esprits :

Que le riz des Luas ne meure pas dans leur rizières
Que le riz des Thaïlandais ne se dessèche pas et ne meure pas dans leur rizières
Invocation du Festival Pu Sae Ya Sae

De toute évidence, la symbiose entre Lua et le nord de la Thaïlande est ancienne, étroite et fructueuse. Ainsi, les Luas sont toujours considérés et rappelés comme les ancêtres des Thaïlandais du Nord.

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Celles et ceux désirant approfondir le sujet liront avec intérêt le texte complet de la conférence qu’a donnée Reinhard Hohler le 13 septembre 2011 dans le cadre des réunions de l’INTG – Informal Northern Thai Group. Son titre en est Pu Sae -Ya Sae Spirit Worship: Highlighting the two sacred mountains of Chiang Mai. Ou encore l’article d’Andrew Forbes publié par CPA media, Pu Sae – Ya Sae – Guardian Spirits of Doi Suthep, agrémenté de quelques photos du rituel.

Nos lecteurs qui prendront la peine de participer à cette fête pourront, au retour, faire un détour par le Wat Doi Kham voisin, un charmant temple bouddhiste érigé sur la colline éponyme, qui abrite le grand Bouddha que vous aurez sans nul doute aperçu, un temple connu pour avoir fait gagner plusieurs dévots – ou crédules – à la loterie nationale (ce qui explique les offrandes fleuries qui affluent par milliers). Belle est la vue de là-haut. Ou encore passer l’après-midi au Royal Flora, un parc non dénué de charme (les plus jeunes voudront bien sûr faire trempette au Grand Canyon). On vous conseille également l’indispensable visite du temple tout proche Wat Intharawat (ou Wat Ton Kwen), témoin inestimable de l’architecture du Lanna. Et tout le monde de se retrouver au Brandnew Field Good, un café-restaurant en pleines rizières.

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© Bai Fern Feng Feng + Marco Rugo


* à noter qu’il existe plusieurs calendriers lunaires, ce qui explique la différence des mois si vous les comparez à nos autres publications

Nous remercions les Guides Kohlidays pour le crédit de la photo à la Une.
Sources éditoriales (traduction libre avec adaptation) : Chiang Mai Best, Reinhard Hohler (Chiangmai Mail et INTG – Informal Northern Thai Group) et Andrew Forbes (CPA media – The Asia Experts). Autre source non utilisée, celle d’un professeur de la CMU, en langue thaï donc. Mise à jour le 31.05.2018.

Rituel Pu Sae Ya Sae – Mise à mort d’un buffle pour concilier les esprits

L’on raconte qu’ils voulaient manger le Bouddha…

On vous dévoile aujourd’hui un culte animiste qui remonte au peuple premier de Chiang Mai. Encore peu connu, vous découvrirez sa signification à travers la légende qui le sous-tend où même le Bouddha historique est convoqué. Vous sont également fournis les détails de la cérémonie (date, programme et emplacement), ceci afin que vous puissiez vous aussi y participer. Et l’on termine par quelques conseils de visite alentour.

La cérémonie de l’année 2022 aura lieu le lundi 13 juin 2022. Tout un chacun peut y participer.

Rappelons que la cérémonie de l’année 2020, fixée au 4 juin, n’était pas publique, restrictions de la pandémie du Covid-19 obligent. Pour vous consoler, vous avez là une vidéo, quelques photos et le reportage de Chiang Mai News. De même pour celle de 2021, organisée en comité restreint le 25 mai (sans sacrifice traditionnel du buffle, photos à l’appui).

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De quoi s’agit-il ?

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Âmes sensibles, s’abstenir ! Chaque année ici à Chiang Mai, dès les premières lueurs du jour, durant la pleine lune du 9e mois lunaire*, se déroule un spectaculaire rituel animiste (สืบสานประเพณีเลี้ยงดง, suepsan prapheni liang dong), appelé plus communément Pu Sae (ปู่แสะ) Ya Sae (ย่าแสะ). Une propitiation, autrefois parrainée par le roi du Lanna, qui implique le sacrifice d’un buffle de couleur sombre, effectué par un chaman local, qui doit en manger la chair crue et boire son sang – ce qu’il fait généralement après qu’il ait émis un cri strident. Cette cérémonie a lieu dans une clairière au pied du Doi Kham, une colline à 15 km au sud-ouest de la ville, à Mae Hia (Canal Rd, non loin de Hang Dong). Mieux vaut s’y rendre tôt pour s’imprégner de l’ambiance locale, avant l’arrivée de quelques groupes de touristes ! L’année dernière, la cérémonie a eu lieu le dimanche 16 juin 2019, dès 7h du matin. Il vous faut par conséquent venir avec votre propre moyen de transport (en louant un scooter ou négociant un song thaew par exemple).

Programme 2019 (pour plus d’explications, voir ci-dessous)
‣ 7h00 : réunion sur le site
‣ 8h09 : invocation des esprits de Pu Sae et Ya Sae
– Danse par la Dance Lanna Society
– Installation de Phra Bod (une représentation de Bouddha)
– Le maire de Mae Hia brûle l’encens, allume les bougies et effectue des offrandes
– M. Kasem Khunkaewming prie pour l’accueil des esprits de Pu Sae Ya Sae
‣ 8h39 : début de la procession
‣ 9h19 : arrivée au sanctuaire de Pu Sae Ya Sae
‣ 9h29 : invocation au pied de l’image du Bouddha (Phra Bod). Prière du prévôt Sunthornjetiyarak, l’abbé du Wat Phra That Doi Kham tout proche
‣ 9h49 : cérémonie religieuse
‣ 10h19 : cérémonie en présence du médium (cette année, M. Ma Jeenarat)
Cet horaire peut être sujet à modification. Tenue vestimentaire souhaitée : habits locaux de style lanna.

En 2019, l’événement a été diffusé en direct par la chaîne étatique PRD3. On vous propose la première partie ci-dessous, soit le début de la cérémonie. Vous pouvez également visionner la seconde partie contenant l’envoûtement du chaman. Autre diffusion en direct, celle de Chiang Mai News. Vous avez un aperçu de cette édition 2019 à travers les photos prises par Nuttapong Punjaburicelles publiées par CM108 et enfin l’album-photo d’Events Weekly.

Nota bene : il ne nous appartient pas de porter un jugement sur des pratiques locales séculaires; nous tenons cependant à vous préciser que la mise à mort du buffle a lieu durant la nuit, avant l’événement public, une fête qui n’en reste pas moins spectaculaire. La voici résumée en vidéo :

La vidéo résumant le rituel qu’avait réalisée Citylife (basée sur la cérémonie de 2017) n’est hélas plus en ligne.

Cérémonie animiste Pu Sae Ya Sae (appelée สืบสานประเพณีเลี้ยงดง en thaï)
Quand ?
Dimanche 16 juin 2019, de 7h à 11h20
Où ?
Près du village de Pa Chi (บ้านป่าจี้), dans le sous-district de Mae Hia (แม่เหียะ), au pied du Doi Kham


De l’importance des esprits protecteurs…

Le rituel animiste dont il est question aujourd’hui, peu connu et archaïque, provient du peuple Lua (ou Lawa, ลัวะ), une des ethnies régionales jadis au cœur du royaume du Lanna. Les Lua sont les premiers habitants connus de Chiang Mai, avant même la colonisation siamoise de la région, et même avant le royaume môn, soit une période antérieure à l’introduction du bouddhisme dans le nord de la Thaïlande. Nous vous avons déjà parlé du Festival annuel de l’Inthakin qui découle lui aussi d’anciennes croyances de ce même peuple premier. Trois esprits sont ici impliqués, de même que six esprits inférieurs : grand-père Pu Sae, gardien du Doi Suthep, son épouse grand-mère Ya Sae, gardienne du Doi Kham, et leur fils Sudeva Rishi. Ogres cannibales à l’appétit insatiable pour la chair humaine et le sang, ils hantaient jadis la région. On sait peu de choses des Lua, bien que l’on pense qu’ils fussent des chasseurs de têtes comme les Wa de l’État Shan, auxquels ils sont liés. Leur anthropophagie est étroitement liée au rituel Pu Sae – Ya Sae tel qu’il est encore pratiqué aujourd’hui.

Selon une légende locale, le Bouddha, arrivé ici par une vision lors d’un de ses rêves, remarqua un silence inhabituel, comme si le village était inhabité. Il en demanda la raison aux villageois qui lui apprirent alors que deux géants, mari et femme habitant la montagne, viennent souvent au village et en attrapent ses habitants pour se nourrir. Ce qui expliquait le calme apparent du village, habité par la peur. Le Bouddha, compatissant face à ces villageois sans défense, partit à la rencontre des deux géants. Cupides, Pu Sae et son épouse Ya Sae, de même que leur fils Sudeva Rishi, voulurent dévorer le Bouddha. Celui-ci, ayant pris conscience de leur plan, les épouvanta en posant son pied sur un rocher, là où se trouve aujourd’hui le Wat Phra Buddha Bat Si Roi dans le district de Mae Rim. Puis le Bouddha leur adressa un sermon et prédit qu’il y aura bientôt beaucoup de moines dans cette région, les exhortant à ne plus manger la chair des êtres vivants. Sudeva Rishi, le fils du couple, touché par la grâce du Bouddha, se convertit et devint moine, s’abstenant à jamais de consommer de la viande de toute sorte. Plus tard, il se déshabilla pour mener la vie d’un ermite, passant son temps en méditation dans une grotte au sommet de la montagne qui prit ainsi son nom : Doi Suthep. Pu Sae et Ya Sae, de mauvaises grâces, acceptèrent eux aussi de ne plus manger de chair humaine mais demandèrent au Bouddha la permission de manger seulement deux buffles par an, un chacun, en compensation. Le Bouddha fut réticent à cette requête; il les bénit tout de même, leur dévoilant cinq préceptes, puis les quitta.

Et c’est depuis lors que les habitants vivant autour du Doi Kham pensent qu’ils doivent se concilier les deux esprits, considérés comme les gardiens de la montagne, et donc protecteurs de la forêt, en sacrifiant chaque année deux buffles. Une seconde cérémonie, tombée dans l’oubli, se déroulait dans la forêt au pied du Doi Suthep. Il s’agit ici d’apaiser ces deux esprits car, malgré leur promesse, la crainte d’un retour à leurs vieilles habitudes cannibales est toujours présente. Le buffle sélectionné est abattu avant l’aube. Si l’animal, qui est tué avec un gros couteau par un boucher musulman, tombe parallèlement au ruisseau Mae Hiya, la pluie sera abondante. Puis la tête, les os, les morceaux de viande, les entrailles et le sang sont séparés et déposés sur une natte, sous le regard bienveillant d’une représentation du Bouddha suspendue à un arbre. Le chaman (qui peut être une femme), exalté par le lao khao (une liqueur blanche), est soudainement et violemment possédé par les deux esprits et se met à manger la chair crue extraite des entrailles du buffle et à boire son sang. Après un moment, le chaman s’effondre sur le sol. Les esprits le quittent, satisfaits. Ce qui permet aux gens qui vivent autour de la montagne d’être rassurés une année de plus. À travers ce rituel effectué au début de la saison des pluies, les habitants espèrent également des pluies abondantes permettant de bonnes récoltes, de même qu’une bonne santé durant l’année (une nouvelle année, Songkran, qui a commencé à mi-avril selon le calendrier thaïlandais).

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Affiche de l’édition 2018

Déroulement de la cérémonie

Selon la légende, le vieux couple anthropophage, Pu Sae et Ya Sae, vivait donc sur les deux montagnes toutes proches, le Doi Suthep et le Doi Kham. Sachant que le Bouddha allait un jour y venir pour se reposer, les dieux védiques Brahma et Indra ont béni le village en apportant une pluie d’or et d’argent. Comme il pleuvait de l’or au village, le Bouddha a prédit que cet endroit s’appellera Doi Kham, ce qui signifie « Montagne d’or ». Et comme il pleuvait de l’argent plus au nord, la montagne a été appelée Doi Ngoen, ce qui signifie « Montagne d’argent » (renommée plus tard Doi Suthep).

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Le terrain rituel, aux abords de la forêt, est déjà prêt dès 6h du matin : le buffle abattu se trouve dans un espace sacré devant douze maisons des esprits. La cérémonie en tant que telle commence généralement peu après 8 heures avec une procession, agrémentée de musique et de danses. Les femmes du village déposent les offrandes prescrites aux esprits : bananes, maïs soufflé, peau de porc, riz gluant, canne à sucre, tabac et aussi de l’eau, de même que des bougies argentées et dorées. Il y a là six plateaux pour l’esprit de la terre et 23 énormes plateaux de feuilles de banane pour les maisons des esprits, chacun contenant des cigares et des noix de bétel. Au sud de la zone rituelle se trouve un sala destiné aux visiteurs qui peuvent voir le médium à l’œuvre, un villageois de la région qui sera bientôt possédé par l’esprit de Ya Sae. A 8h20, Ajarn Phromma, le maître rituel, arrive pour lire les textes sacrés qui appellent les esprits à résider dans les différentes maisons pendant que la musique traditionnelle agrémente la fête. Vers 9h, la bannière Phra Bot, amenée dans un cercueil noir, est hissée – c’est une représentation du Bouddha, flanqué de ses disciples, Sariputra et Moggallana. Neuf moines, reliés au Bouddha par une ficelle de coton blanc, récitent des incantations saintes en langue pali. Vers 9h30, le médium, possédé par l’esprit, se dirige vers le buffle pour se régaler de sa chair crue et de son sang. Vers 10h15, le médium va rendre hommage au Phra Bot.

Ajarn Kraisri Nimmanhaeminda, dont le récit bilingue de Pu Sae – Ya Sae a été publié dans le Journal of the Siam Society en 1967, soutient de manière convaincante que la présence de moines bouddhistes et du Phra Bot au sacrifice du buffle est destinée à convaincre les esprits des anciens cannibales que le Bouddha est toujours vivant et qu’ils devraient donc adhérer à leur vœu d’abstinence de chair humaine. Pour les apaiser davantage, on leur accorde leur dernier souhait – de la viande de buffle fraîche avec l’approbation du propriétaire de ce dernier.

PuSaeYaSaeFestivalMarco12

Plusieurs pèlerins demandent à l’homme possédé d’attacher une ficelle blanche autour de leur poignet afin de s’attirer chance et santé. D’autres participants à la fête profitent du passage du médium dans l’assistance pour lui demander les numéros gagnants de la loterie ! C’est vers 11h que prend fin la cérémonie (édition 2016 en vidéo).


Des rites ancestraux

Vous l’aurez compris, il s’agit là de rites ancestraux antérieurs au bouddhisme, ce dernier n’ayant aucune peine à intégrer les croyances animistes. Au même titre que le Festival de l’Inthakin, lui aussi découlant des croyances du peuple Lua, ou encore les rites visant à faire tomber la pluie à l’aide de fusées (fêtes que l’on retrouve au Xishuangbanna, au sud de la Chine, patrie des Dai), l’ensemble de ces fêtes font partie des rites de fertilité, les pluies assurant des récoltes abondantes (principalement de riz).

L’imbrication de rites chamaniques issus du peuple Lua avec des rites bouddhistes du peuple thaïlandais démontre à l’envi l’amalgame qui constitue le nord thaïlandais, une région comprenant de nombreuses minorités ethniques. Les Lua et les Thaïlandais vivent ensemble depuis des siècles, partageant des terres et des traditions culturelles. Lorsque les Thaïs sont devenus dominants, ils n’ont pas cherché à éradiquer les rituels lua mais ont participé (en tant que bouddhistes) au rite (très non bouddhiste) du sacrifice de buffles pour adjurer les esprits.

Que le riz des Lua ne meure pas dans leurs rizières
Que le riz des Thaïlandais ne se dessèche pas et ne meure pas dans leurs rizières
Invocation du rituel Pu Sae Ya Sae

De toute évidence, la symbiose entre Lua et le nord de la Thaïlande est ancienne, étroite et fructueuse. Ainsi, les Lua sont toujours considérés et rappelés comme les ancêtres des Thaïlandais du Nord.

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Celles et ceux désirant approfondir le sujet liront avec intérêt le texte complet de la conférence qu’a donnée Reinhard Hohler le 13 septembre 2011 dans le cadre des réunions de l’INTG – Informal Northern Thai Group. Son titre en est Pu Sae -Ya Sae Spirit Worship: Highlighting the two sacred mountains of Chiang Mai. Ou encore l’article d’Andrew Forbes publié par CPA media, Pu Sae – Ya Sae – Guardian Spirits of Doi Suthep, agrémenté de quelques photos du rituel. Autre contribution éclairante, celle, en anglais, de M. Shigeharu Tanabe, professeur à la CMU (Université de Chiang Mai) : Sacrifice and the Transformation of Ritual: The Pu Sae Ña Sae Spirit Cult of Northern Thailand.

Complétons ce bref panorama bibliographique avec l’importante contribution – en français – de Jean de la Mainate, un infatigable érudit – animateur du blog Merveilleuse Chiang Maï – qui, plus il écrit plus il a à écrire. Lisez donc son travail de bénédictin : Liang dong – Le culte rendu à Pu Saeh Ya Saeh. Pour lui, ce culte propitiatoire révèle la confrontation du bouddhisme avec l’animisme, antérieur. Une habile mise en relief historique grâce à ses lectures dans les textes originaux. Nous le remercions de sa contribution qui nous a permis, après coup, d’apporter quelques informations supplémentaires à notre article.

Nos lecteurs qui prendront la peine de participer à cette fête ne manqueront pas, au retour, de faire un détour par le Wat Doi Kham voisin, un charmant temple bouddhiste érigé sur la colline éponyme, qui abrite le grand Bouddha que vous aurez sans nul doute aperçu, un temple connu pour avoir fait gagner plusieurs dévots – ou crédules – à la loterie nationale (ce qui explique les offrandes fleuries qui affluent par milliers). Belle est la vue de là-haut. Ou encore passer l’après-midi au Royal Flora, un parc non dénué de charme (les plus jeunes voudront bien sûr faire trempette au Grand Canyon). On vous conseille également l’indispensable visite du temple tout proche Wat Intharawat (ou Wat Ton Kwen), témoin inestimable de l’architecture du Lanna. Et tout le monde de se retrouver au Brandnew Field Good, un café-restaurant en pleines rizières.

PuSaeYaSaeFestivalMontageFernFengFeng+Rugo
© Bai Fern Feng Feng + Chiang Mai De-ci De-là

* à noter qu’il existe plusieurs calendriers lunaires (indiens, chinois, thaïlandais, du Lanna…), ce qui explique la différence des mois si vous les comparez à nos autres publications. Ici, nous avons retenu le calendrier lanna (le nord thaïlandais) car les indigènes évoquent bien le 9e mois (alors que certaines chroniques parlent du 7e).

Nous remercions les Guides Kohlidays pour le crédit de la photo à la Une.
Sources éditoriales (traduction libre avec adaptation) : Chiang Mai Best, Reinhard Hohler (Chiangmai Mail et INTG – Informal Northern Thai Group) et Andrew Forbes (CPA media – The Asia Experts). Autres sources non (encore) utilisées, celle d’un professeur de la CMU, en langue thaï donc, celle de la page Facebook Lanna (elle aussi en thaï) et enfin, abordant un thème plus général, en anglais cette fois-ci, celle de Michael R. Rhum intitulée The Cosmology Of Power In Lanna.
Article composé le 26.05.2018 et mis à jour le 12.06.2022.

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Le Festival de l’Inthakin, pilier protecteur de Chiang Mai

Cette fête – mêlant bhramanisme, animisme et bouddhisme – réunit annuellement l’ensemble de la population de Chiang Mai qui rend hommage à un pilier censé protéger la ville. Elle a pour but de faire venir les pluies, indispensables à de bonnes récoltes (ce que les catholiques appellent les rogations), et se déroule 8 jours durant au cœur de la cité historique. Ne manquez pas les nombreuses cérémonies qui la composent, avec notamment trois parades où le riche folklore Lanna se dévoile à vous.

Prochain Festival de l’Inthakin : en mai 2024 probablement (en vous rappelant que c’est le premier jour qui offre le plus d’animation).

On vous en livre le programme, non sans vous parler de l’écrin où se déroule la fête, de la légende qui y est liée et d’un bref rappel historique, sachant que c’est en l’an 1296 que remonte la fondation de Chiang Mai, en concluant par de brèves informations sur le pilier de la capitale, Bangkok.

Ici à Chiang Mai, cette fête tombe toujours entre mi-mai et mi-juin, durant la saison des pluies; vous n’aurez donc aucune difficulté à trouver un hébergement à Chiang Mai, c’est là la saison touristique la plus calme (et c’est un euphémisme). Notre partenaire historique, le Swiss-Lanna Lodge, ayant abandonné ses activités durant la crise sanitaire de l’année 2020, on vous renvoie aux meilleurs hébergements de la plateforme Booking.com pour trouver un hôtel. Cependant, Toto, son iconique gérante, francophone de surcroît, se fera un plaisir de vous servir à travers son agence de voyages, le Swiss-Lanna Tour.


Un chedi endommagé, emblème de Chiang Mai

Le Wat Chedi Luang (วัดเจดีย์หลวง), situé au cœur de la cité historique, est l’emblème de Chiang Mai. Son immense chedi endommagé est l’une des attractions touristiques les plus visitées de la ville. Nous conseillons d’ailleurs de s’y rendre en soirée, lorsque l’édifice est magnifiquement illuminé, et d’en faire la circumambulation par la gauche (le monument sacré se situant alors sur votre droite), en découvrant avec surprise les divers éléments qui composent le site religieux. Et c’est justement cet écrin qui accueille l’une des grandes fêtes de la ville de Chiang Mai, le Festival de l’Inthakin, un rituel d’invocation des pluies, indispensables pour de bonnes récoltes. Ne manquez pas cette fête annuelle du pilier protecteur de Chiang Mai où la piété des dévots est palpable.

Notons au passage que le lieu saint fait l’objet d’une autre cérémonie d’adoration, de bien moindre envergure, au début de la saison fraîche, généralement fin novembre. En présence des moines, il s’agit là aussi d’attirer les meilleurs auspices et augures sur la ville et sa population (quelques photos de la cérémonie de cette année 2020, secouée par la crise du Covid-19).

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Les piliers protecteurs des villes siamoises

La plupart des cités de Thaïlande possède son pilier protecteur (lak mueang, หลักเมือง). Appelé Inthakin (อินทขิล) – littéralement le pilier du dieu Indra – celui de Chiang Mai se trouve au Wat Chedi Luang. En langue locale, plusieurs autres appellations sont utilisées pour cette célébration d’origine brahmanique :

  • Le Festival de l’Inthakin (ประเพณีอินทขิล, prapheni inthakin, quoique les locaux disent, de manière plus complète, ประเพณีใส่ขันดอกอินทขิล ไหว้เสาหลักเมืองเชียงใหม่, on vous fait grâce de la prononciation);
  • Le Festival du Pilier Protecteur (ประเพณีไหว้ศาลหลักเมือง, prapheni wai san lak mueang);
  • Ou encore bucha sao inthakin (บูชาเสาอินทขิล), qu’on traduit par vénérer le pilier Inthakin. Et l’on dira porter un bol de fleurs (ใส่ขันดอก, sai khan dok), tant cette tradition est ancrée chez les habitants de Chiang Mai.

Dans le cadre de ce festival qui dure plus d’une semaine et qui voit les abords du temple, très animés, se parer des plus beaux atours, ne manquez pas les festivités carnavalesques en soirée (dès 17h) et surtout les deux parades, hautes en couleur, qui ont lieu le premier et le dernier jour.

Inthakin2017PhotoWikipedia
© Wikipédia – Thai Fine Art Department

Programme 2023 du Festival de l’Inthakin

Le festival de 8 jours a lieu du mardi 16 mai au mardi 23 mai 2023, correspondant au douzième jour de la lune décroissante du sixième mois lunaire. C’est le premier jour qui est le plus animé. Au programme du mardi 16 mai 2023 :

  • 9h09: cérémonie religieuse avec adoration d’une statue de Bouddha appelée fon saan haa – littéralement cent milles gouttes de pluie – avec un petit cortège du Wat Chang Taem au Wat Chedi Luang. Cette statue sacrée est ensuite bénite avec de l’eau lustrale. Les participants à cette ancienne cérémonie en attendent une bonne santé pour eux-mêmes et des récoltes abondantes (espérant que la pluie tombe aux meilleures périodes; on parle ici principalement de riziculture).
  • À NE PAS MANQUER : arrivée du grand cortège Thiphayatara (ทิพยธารา) avec une cérémonie cultuelle (la cérémonie d’invocation des pluies) à 14h09 précises. Une parade haute en couleur qui animera ensuite la cité historique (« le carré ») : départ du Wat Chedi Luang vers la route Prapokklao, passant devant le Monument des Trois Rois, puis la route centrale Ratvithi, saluant la Porte Tha Pae, continuant sur la route Rachadamnoen jusqu’au carrefour Klang Vieng, avec un retour au Wat Chedi Luang via la route Prapokklao.
  • 16h : cérémonie d’ouverture officielle
  • Dès 17h : animation des abords du temple avec spectacle folklorique (musique & danses traditionnelles), kermesse et marché animé; joignez-vous aux milliers d’autochtones qui rendent hommage à l’Inthakin, le pilier protecteur. Les moines psalmodient en soirée, bénissant les fidèles.
  • Dès 19h30 : spectacle culturel

Du mercredi 17 au lundi 22 mai 2023, 9 moines effectuent une cérémonie bouddhiste à 17h. Et comme mardi, un spectacle culturel est donné tous les soirs dès 19h30.

Habituellement payante, l’entrée devient libre durant le festival. Tous les soirs, dès 17h, festivités carnavalesques en soirée avec kermesse et animations culturelles. Vous y trouverez des stands de nourriture locale à foison. On vous tient au courant sur notre page Facebook.

Les habitants de Chiang Mai rendent hommage à l’Inthakin, le pilier protecteur de la ville, avec moult offrandes (fleurs, encens, bougies…) qu’ils placent dans chacun des vingt-huit bols disposés sur des nattes dans le temple. Joignez-vous à la population locale pour cette émouvante cérémonie où le but est d’accumuler des mérites à travers les offrandes au temple et les hommages rendus au Bouddha.

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© Facebook – เชียงใหม่นิวส์ Chiang Mai News

Attention : seuls les hommes peuvent accéder au saint des saints, le pilier protecteur en forme de phallus, dans le pavillon à votre gauche en entrant dans l’enceinte du temple; les femmes doivent se contenter de déposer leurs offrandes à l’extérieur du sanctuaire.

Et le dernier jour, soit mardi 23 mai 2023, au Wat Chedi Luang, vous pourrez assister à la cérémonie tham boon muang (bénédiction de la cité) dont le but est d’apaiser les esprits gardiens des douves et des portes de la ville, assurant par là la prospérité de la cité une année durant. Au programme ce jour-là :

  • 9h30 : cérémonie de clôture en présence de 108 moines;
  • 11h : aumônes et offrande de nourriture aux moines;
  • 12h30 : parade dans la cité historique (« le carré ») jusqu’au Wat Chang Taem (วัดช่างแต้ม) avec, à 13h09, adoration finale de fon saan haa, la statue de Bouddha ô combien vénérée.

Notez que ce huitième et dernier jour, il n’y a pas d’offrandes, seules les cérémonies de clôture ont lieu. Le site CM108 ne manque jamais de publier le programme complet des festivités (en thaï).

Attention ! S’agissant d’une fête religieuse célébrée dans un temple bouddhiste, une tenue adéquate est exigée (épaules couvertes et pantalon/jupe/robe où les genoux sont couverts); si vous en avez l’occasion, habillez-vous aves des vêtements traditionnels Lanna, les habitants vous en seront gré.

Par ailleurs, l’édition 2023 propose de voir le Festival de l’Inthakhin sous un nouvel angle à travers l’installation artistique lumineuse du studio tomorrow.lab intitulée Afterwish. Elle vous est proposée du vendredi 19 au samedi 21 mai 2023, de 17h à 21h, au Centre d’architecture de Lanna Khum Chao Burirat, presque en face du Wat Chedi Luang. Les détails dans notre publication Facebook.

Feu l’excellent magazine gratuit Guidelines Travel avait consacré un beau reportage à cette fête, avec de très belles photos, le tout en anglais, mais hélas il n’est plus disponible en ligne… (seule sa page Facebook est encore visible).

Retrouvez le Wat Chedi Luang (วัดเจดีย์หลวงวรวิหาร) sur Facebook (mais la mise à jour de la page est aléatoire).


1296, date de la fondation de Chiang Mai

La ville de Chiang Mai a été fondée par le roi Mengrai le 12 avril 1296. À cette occasion, le pilier protecteur a été érigé à 4 heures du matin, une heure astrologiquement propice. C’est le Wat Sadue Muang (วัดอินทขีลสะดือเมือง, Temple du Cœur de la Ville, plus connu comme le Wat Inthakin), près du Monument des Trois Rois, qui abritait originellement le pilier. La ville a ensuite été occupée durant près de 200 ans par les Birmans, temps considérés comme difficiles. Les habitants de Chiang Mai croient que ces calamités sont survenues parce que leurs ancêtres n’ont pas respecté les esprits protecteurs de la ville.

Ensuite de quoi, lorsque le prince Kawila réussit à vaincre le Myanmar et à rénover la ville en 1800, il accorda une attention particulière aux besoins des esprits protecteurs. Il a fait déplacer le pilier du Wat Inthakin, à l’abandon, au Wat Chedi Luang (l’actuel pilier date de juin 1893), construisant un pavillon spécial (Viharn Jaturamook) et plantant trois grands arbres alentour, des diptérocarpacées. Une croyance locale affirme que si l’arbre le plus proche du pavillon tombe, alors Chiang Mai tombera aussi !  Sachez encore que le pilier en question ne peut être vu à aucun autre moment de l’année.

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© Facebook – Panupong Boonruang (photo 1 & photo 2)

La légende de l’Inthakin

C’est Pra Mahaa Meun Wuttiyano du Wat Haw Wang, ici à Chiang Mai, qui nous la raconte.

La région était jadis le centre du royaume du Lanna, pays des Lua (ou Lawa, une des ethnies régionales). La ville était hantée par les mauvais esprits (les pee), cause des problèmes et des difficultés de son peuple. Le dieu Indra (Pra In en thaïlandais, roi des dieux ou des devas) leur vint en aide en leur confiant trois puits magiques au centre de la ville : un puits d’or, un puits d’argent et un puits de cristal. Indra ordonna à neuf clans de prendre soin des puits magiques, trois clans par puits, et nomma la ville Nopaburi (nop ou นพ signifie neuf en pali). Les Lua pouvaient puiser dans ces puits tout l’or, l’argent et le cristal qu’ils désiraient à condition de respecter les préceptes de vertu. En suivant ces préceptes, leur prospérité était assurée.

Mais cette fortune rendit envieux les habitants des villes alentour. Ces derniers fomentèrent une guerre à l’encontre de Nopaburi. Les habitants furent effrayés et demandèrent alors à un rishi – un saint homme – d’avertir le dieu Indra. Une fois informé, le dieu ordonna à deux géants de retirer du ciel le pilier Inthakin (Intha = Indra, kin = pilier) et de l’enfoncer dans la terre au centre de la ville de Nopaburi. Lorsque les troupes ennemies entrèrent dans la ville, par le pouvoir de l’Inthakin, elles furent transformées en marchands. Au lieu de combattre, ces marchands demandèrent au peuple Lua une part de richesse. Les Lua ont simplement répondu aux marchands qu’en suivant les préceptes de vertu et d’honnêteté du dieu Indra, fortune sera faite. Une partie des commerçants suivit ce chemin de vertu. Mais hélas, trois fois hélas, d’autres prirent un autre chemin, celui de l’avidité. Ce qui attisa la colère des deux géants qui retirèrent alors le pilier protecteur, le ramenant au ciel.

Ce retrait entraîna la disparition du pouvoir magique des trois puits. La population a commencé à souffrir. Ce fut à cette époque qu’un moine vénéré dans tout le royaume Lanna fit une prédiction funeste : dans quelques années, la ville serait dévastée ! Les Lua prirent peur quant à leur sombre avenir, implorant l’aide du moine. Ce dernier informa Indra qui conseilla alors aux Lua de fabriquer un grand wok en métal pour y mettre des figurines de tous les animaux par paires, de même les hommes et femmes de toutes les langues, et d’enterrer le tout, auréolé d’une réplique du pilier céleste, l’Inthakin. Les habitants devront venir adorer le pilier, tout en respectant les préceptes de vertu, ce qui apportera paix et prospérité à la ville. Et c’est ainsi qu’en suivant cette tradition, la ville n’a plus jamais connu de grande catastrophe jusqu’à aujourd’hui.

Le tout est conté dans cette vidéo (mais c’est en thaï)

La vidéo ci-dessous vous dévoile l’ambiance nocturne de la fête :


San lak muang, le pilier protecteur de Bangkok1

Rénové en 1980, la capitale possède elle aussi son pilier protecteur, appelé san lak muang, bien plus récent. Méconnu, c’est pourtant l’un des plus sacrés et magnifiques sanctuaires de piliers de ville en Thaïlande. Beaucoup de Thaïlandais vont y rendre hommage car il est censé porter chance. Les gens utilisent généralement trois bâtonnets d’encens, une bougie, une feuille d’or, deux lotus, deux guirlandes de fleurs et un taffetas tricolore pour le culte au sanctuaire. Un sanctuaire dont le toit ressemble au Wat Arun, et qui se trouve au cœur de Bangkok, en face du Grand Palais situé dans l’angle sud-est du Sanam Luang et à proximité du ministère de la défense, ici (ศาลหลักเมืองกรุงเทพมหานคร). Il y a une cérémonie organisée les 21 avril de chaque année, date de la création de la ville, en 1782. Un bâtiment construit selon d’anciennes traditions brahmaniques; le pilier lui-même est en bois d’acacia (chaiyapreuk, qui signifie « arbre de la victoire »).

Selon une légende, les Thaïlandais croyaient que la construction du sanctuaire nécessitait le sacrifice de quatre personnes après la proclamation des mots « in chan mun kong » dans toute la ville (« in » du nord, « chan » du sud, « mun » de l’est, et « kong » de l’ouest). Toute personne qui répondait était capturée, amenée sur le lieu de la cérémonie et enterrée dans un trou. Leurs esprits gardaient et protégeaient la ville. Ce n’est là qu’un mythe et rien n’est consigné dans les chroniques.

C’est probablement le roi Rama IER qui a érigé le premier pilier de la ville le 21 avril 1782, lorsqu’il a déplacé sa capitale de Thonburi à Bangkok. Le sanctuaire a été le premier bâtiment de sa nouvelle capitale, le palais et d’autres édifices étant construits plus tard. Peu après le sanctuaire de Bangkok, des sanctuaires similaires ont été construits dans des provinces stratégiques pour symboliser le pouvoir central, comme à Songkhla. L’idée de piliers urbains a fait son chemin et plusieurs villes de province ont construit de nouveaux sanctuaires. En 1992, le ministère de l’Intérieur a ordonné que chaque province ait un tel sanctuaire.

San lak muang, le sanctuaire du pilier de la ville de Bangkok, en photo et en vidéo; il a sa propre page Facebook.


Ainsi, tout comme à Bangkok, le pilier protecteur d’une ville est un concept qui se retrouve en maints endroits du royaume de Thaïlande, un pays profondément animiste. Ainsi à Khon Kaen, la fête du pilier de la ville est une des festivités les plus animées de l’année, avec près de 10’000 danseuses en costume traditionnel qui se produisent. De même à Chiang Rai, dont le festival du pilier protecteur de la ville, a lieu plus ou moins aux mêmes dates que celui de Chiang Mai. C’est le Wat Klang Wiang (วัดกลางเวียง) qui reçoit les milliers d’offrandes florales. Il se trouve ici, au cœur de la ville, non loin de la fameuse Tour de l’Horloge.

Aux alentours de Chiang Mai, la ville de Muang Kaen fête elle aussi son pilier protecteur, appelé Phra Phichai Phinyunsri Muang Kaen (พระพุทธพิชัยมุนีศรีเมืองแกน). Cette année, elle a lieu du 18 au 22 mai 2023, précisément ici (เทศบาลเมืองเมืองแกนพัฒนา), à un peu plus d’une heure de route depuis le centre-ville de Chiang Mai, direction le nord. C’est là une belle occasion de rencontrer la population locale dans un cadre cérémoniel des plus authentiques :

La ville est connue pour sa magnifique foire agricole qui se déroule chaque année à la fin du mois de décembre. Et si vous vous y rendez, ne manquez pas la visite du fabuleux Wat Ban Den, « le Vatican du Bouddhisme », un temple dont nous vous reparlerons.

In fine convoquons l’érudition de Jean de la Mainate, animateur de Merveilleuse Chiang Maï, un blog de référence, qui vous en dira encore plus sur le Festival de l’Inthakin, cette colonne représentant à ses yeux un pacte entre deux mondes, celui des hommes et celui des esprits.

Celles et ceux sachant lire le thaïlandais pourront également consulter une source de référence, le Centre d’Information du Nord thaïlandais de l’Université de Chiang Mai (CMU).

On conclut ici en souhaitant la plus grande prospérité aux habitants de la ville de Chiang Mai, comptant sur eux pour rester vertueux.

Ci-dessous les articles en lien avec les précédentes éditions :

Édition 2021 « virtuelle »

Les festivités publiques de l’Inthakin étaient prévues du 8 au 14 mai 2021 mais la situation de la pandémie sanitaire rend délicate leur organisation… L’année dernière, en 2020 donc, ces mêmes festivités publiques avaient été annulées, remplacées par les seules cérémonies religieuses diffusées online. Il en sera de même cette année 2021 où le Covid sévit plus que jamais au Pays du Sourire, hélas, trois fois hélas.


Édition 2020 annulée (ou presque)

Comme mentionné en incipit, les restrictions visant à combattre la pandémie du Covid-19 auront eu raison des événements qui devaient être organisés ces dernières semaines, au premier rang desquels Poi Sang Long, le Festival des Enfants de Cristal, Songkran, le Nouvel An thaïlandais et donc le présent Festival de l’Inthakin !

Ce Festival de l’Inthakin devait se dérouler du lundi 18 au lundi 25 mai 2020. Un lundi 18 mai qui correspond cette année 2020 à la date officielle du début de la saison des pluies ! Cependant, les festivités de 8 jours réunissant les nombreux dévots au temple Chedi Luang sont donc annulées. Pas de cortèges ni de cérémonie d’ouverture donc, et encore moins de kermesse en soirée. Les ouailles bouddhistes ne pourront pas non plus déposer leurs offrandes de fleurs. Ce malgré les préparatifs qui se sont déroulés normalement. Impossible par conséquent de rendre hommage à l’Inthakin, le pilier protecteur de Chiang Mai !

En revanche, les esprits protecteurs de la ville faisant fi de toute pandémie, ils seront tout de même honorés à travers les cérémonies religieuses qui se tiennent normalement et seront diffusées en direct sur la page Facebook du Wat Chedi Luang, ceci dès le lundi 18 mai 2020, à 15h (le programme en thaï figure sur l’affiche ci-dessus). Les neuf moines psalmodieront leurs prières et béniront les fidèles online. On vous tient bien entendu au courant sur notre page Facebook. Voici la cérémonie initiale filmée en direct le 18 mai 2020 :

Toutes les cérémonies religieuses ont ainsi été filmées et diffusées en ligne sur Facebook : celle du 19 mai, du 20 mai, du 21 mai, du 22 mai, du 23 mai, du 24 mai et enfin, la dernière, celle du 25 mai 2020.

#Inthakin #pluies #ChiangMai


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1 Merci à Chon Jason qui nous a rendu attentifs à l’existence du pilier protecteur de Bangkok. Les sources éditoriales de ce paragraphe proviennent de Wikipédia qui ignore superbement Chiang Mai et son Inthakin !

Principale source éditoriale : Chiang Mai Best (traduction libre avec adaptation).
Crédit de la photo à la Une : Neona Neonana (source Facebook – ChiangMai Photo Club).
Article composé le 10.05.2018 et mis à jour le 23.05.2023.