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‘Sawat di’, les salutations thaïlandaises, accompagnées du ‘wai’ 🙏

Les salutations font partie des règles de politesse et varient d’une culture à l’autre. Il peut vous paraître naturel de se saluer automatiquement mais ce geste anodin dépend de la culture dans laquelle vous évoluez. Ainsi, en Thaïlande, les salutations spontanées sont loin d’être la norme. Ici, vous n’entendrez jamais de bonjour et les poignées de mains sont geste rare !

On vous parle aujourd’hui des salutations thaïlandaises, tant en ce qui concerne l’expression vocale (sawat di) que la gestuelle qui y est liée (le wai). Un sawat di que vous pourrez déjà entendre dans votre pays en prenant l’avion si d’aventure votre choix devait se porter sur Thai Airways. Les hôtesses de cette compagnie aérienne nationale vous accueillent par un sawat di vocal, accompagné d’un wai (bien souvent suivi d’un irrésistible sourire). Bienvenue en Thaïlande.

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22 janvier – Célébration du sawat di, le bonjour thaïlandais

Pourquoi donc célébrer des salutations, a fortiori un jour spécifique de l’année ? Tout simplement parce que dans la culture siamoise, les salutations modernes n’ont été introduites que très récemment !

Le wai, expression de la grâce siamoise

สวัสดี (sawat di, écrit également สวัสดิ์) ! Ce n’est que le 22 janvier 1943 que cette expression née dans les années 30 a officiellement été adoptée. Il s’agit du bonjour thaïlandais, souvent accompagné d’un wai (ไหว้), un geste chaleureux et empli de respect effectué mains jointes.

Jadis, les Siamois se saluaient de manière informelle, en utilisant des formules faisant référence à leur santé ou leur bien-être. Le contact avec l’étranger a poussé l’Institut royal à créer de nouveaux termes en guise de salutations. Il s’agissait alors de traductions littérales de l’anglais : good morning (bonjour en matinée) traduit par อรุณสวัสดิ์ (arun sawat), good afternoon (bonjour durant l’après-midi) par ทิวาสวัิสดิ์ (thiwa sawat), good evening (bonsoir) par สายัณห์สวัสดิ์ (sayan sawat), et enfin good night (bonne nuit) par ราตรีสวัสดิ์ (ratri sawat). Des traductions que l’on retrouvait dans les livres et les sous-titres des films. De nos jours, seules les salutations อรุณสวัสดิ์ (arun sawat, bonjour en matinée) et eราตรีสวัสดิ์ (ratri sawat, bonne nuit) sont encore utilisées, les deux autres étant devenues pratiquement obsolètes.

Beaucoup jugeant ces expressions trop « étrangères », un membre du comité du dictionnaire de l’Institut royal, Phraya Uppakit Silpasan (พระยาอุปกิตศิลปสาร, né นิ่ม กาญจนาชีวะ, 1879-1941), expert en langue thaïlandaise et professeur à l’université Chulalongkorn, a proposé une expression plus simple : สวัสดี (sawat di). ll s’agit d’une adaptation du terme sanskrit स्वस्तिक (สวสฺติ (svasti) en thaï, svastika, dérivé de su (« bien ») et de asti (« il est ») et dont le symbole – la croix gammée – a été récupéré par les nazis).

L’une des raisons pour lesquelles l’expression สวัสดี (sawat di) semble « plus thaïlandaise » que les autres termes, qui impliquent tous le même mot sanskrit svastika (स्वस्तिक, สวสฺติ en thaï, svasti), est que sa dernière syllabe est ดี (di). Bien qu’étymologiquement elle ne soit sans rapport avec le mot thaïlandais signifiant bon, bien, agréable ou encore excellent (di, ดี ou ดีย์), cela crée subrepticement une connexion sémantique dans l’esprit.

Notez que les salutations thaïlandaises traditionnelles largement utilisées avant ces expressions inventées le sont encore aujourd’hui : des salutations comme ไปไหน (pai nai, « où allez-vous ? »), ไปไหนมา (pai nai ma, « d’où venez-vous ? ») ou กินข้าวหรือยัง (kin khao rue yang, « avez-vous déjà mangé ? »).

De nos jours, bien que très répandue, l’expression สวัสดี (sawat di) est limitée aux contextes formels et aux rituels sociaux. À titre d’exemple, le Thaïlandais préfèrent répondre ฮัลโล (hanlo, de l’anglais hello) au téléphone plutôt que สวัสดี (sawat di). Une habitude qui a amené la Commission culturelle nationale à demander aux gens de s’en tenir à l’accueil téléphonique prescrit.

Selon une histoire légendaire née à l’université Chula, Phraya Uppakit a initialement présenté le terme สวัสดี (sawat di) à ses étudiants. Devenu populaire sur tout le campus, il s’est ensuite répandu à partir de là. Cependant son adoption généralisée ne s’est probablement pas faite de manière aussi organique. Une nouvelle manière de se saluer qui a bénéficié d’un peu d’aide de la part du maréchal Plaek Phibunsongkhram. En effet, en 1943, huit mois après avoir simplifié l’écriture thaï, Phibun a fait de สวัสดี (sawat di) les salutations officielles en langue thaï.

« ด้วยพนะท่านนายกรัถมนตรี ได้พิจารนาเห็นว่า เพื่อเปนการส่งเสริมเกียรติแก่ตนและแก่ชาติ ให้สมกับที่เราได้รับความยกย่องว่า คนไทยเปนอารยะชน คำพูดจึงเปนสิ่งหนึ่งที่สแดงภูมิของจิตใจว่าสูงต่ำเพียงใด ฉะนั้นจึงมีคำสั่งให้กำชับ บันดาข้าราชการทุกคนกล่าวคำ « สวัสดี » ต่อกันไนโอกาสที่พบกันครั้งแรกของวัน เพื่อเป็นการผูกไมตรีต่อกัน และฝึกนิสัยไห้กล่าวแต่คำที่เปนมงคล ว่าอะไรว่าตามกัน กับขอไห้ข้าราชการช่วยแนะนำ แก่ผู้ที่อยู่ไนครอบครัวของตนไห้รู้จักกล่าวคำ « สวัสดี » เช่นเดียวกันด้วย »

Son Excellence le Premier ministre a examiné la question et est d’avis que, pour rehausser notre honneur et celui de la nation, d’une manière qui convienne pour que les Thaïlandais soient loués en tant que peuple civilisé et que le discours reflète l’état d’esprit de chacun, l’ordre a été donné d’exhorter avec insistance tous les fonctionnaires à prononcer la phrase sawat di les uns aux autres lorsqu’ils se rencontrent pour la première fois de la journée. Ce faisant, ils se lieront d’amitié et prendront l’habitude de ne prononcer que des mots de bon augure. En outre, les fonctionnaires sont priés d’aider à conseiller aux membres de leur foyer d’utiliser également l’expression sawat di.

Déclaration publiée le 22 janvier 1943 par le Département de la propagande (กรมโฆษณาการ, maintenant connu sous le nom de กรมประชาสัมพันธ์, Département des relations publiques); orthographe originale conservée; traduction libre.

Il va de soi que, sur la base de cette directive, le terme สวัสดี (sawat di) n’était pas d’un usage courant. Dans le cas contraire, il n’aurait pas été nécessaire d’imposer son utilisation de manière formelle, ni de demander aux fonctionnaires de l’utiliser en famille.

Aujourd’hui, le Pays du Sourire est mondialement connu pour son peuple amical et son hospitalité. L’on entend สวัสดี (sawat di) à longueur de journée dans tout le royaume – des plages idylliques du sud aux temples du nord montagneux, et partout ailleurs – ce qui illustre bien l’esprit d’accueil de la Thaïlande. Notez que สวัสดี (sawat di) est utilisé tant pour dire bonjour qu’au revoir.

Si vous vous intéressez à l’écriture thaï, on vous renvoie vers notre article 29 juillet, Journée nationale du thaï, la langue officielle de la Thaïlande

Au quotidien, les Thaïlandais entre eux utilisent plus souvent une abréviation informelle : หวัดดี (wat di) au lieu de สวัสดี (sawat di). Signalons encore qu’en pays lanna, soit la Thaïlande du nord, au lieu des habituels สวัสดีค่ะ (sawat di kha, prononcé par une femme) et สวัสดีครับ (sawat di khrap, prononcé par un homme), vous serez également amené.e à entendre สวัสดีเจ้า (sawat di jao), prononcé tant par les femmes que les hommes), le เจ้า (jao) de la langue locale remplaçant les particules siamoises ค่ะ/ครับ (kha /khrap).

Vous savez maintenant pourquoi est célébré en ce 22 janvier สวัสดี (sawat di), les salutations thaïlandaises. Ce qui a d’ailleurs conduit Google a publié un sympathique doodle l’année dernière :

Le thaï étant une langue tonale, il est indispensable de l’entendre pour pouvoir correctement le répéter (et donc l’apprendre). Voici un rapide cours donné par Praew quant aux salutations thaïlandaises :

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Le wai en guise d’accompagnement

Les salutations thaïlandaises sont bien souvent accompagnées d’un geste devenu emblématique de la Thaïlande, le ไหว้ (wai), bien qu’on en retrouve des variantes ailleurs en Asie (au Laos par exemple, ou encore le sampeah cambodgien, le namasté indien, le gasshō japonais). Ainsi, Thai Airways base sa communication sur ce geste de bienvenue. Un geste que l’on retrouve représenté également dans les temples bouddhistes; beaucoup de kinnari – une créature féminine mythologique – sont représentées mains jointes.

Il s’agit d’une forme traditionnelle de salutation, donnée par la personne de statut inférieur à la personne de statut supérieur. Le wai est traditionnellement observé lors de l’entrée dans une maison. Une fois la visite terminée, le visiteur demande la permission de sortir et répète la salutation faite à l’entrée.

En Thaïlande, ne touchez pas, n’embrassez pas et ne serrez pas les Thaïlandais dans vos bras lorsque vous les rencontrez. Souvent timides, ils ne sont pas familiers avec ce genre de langage corporel. En général, tout contact physique est considéré comme inapproprié (à l’exception, de nos jours, d’une poignée de main). Bien que vous puissiez le faire par respect et avec toutes vos bonnes intentions, le contact physique les mettra mal à l’aise, surtout en public. La plupart des Thaïlandais n’est pas habituée à ce type de geste et n’a aucune idée de la manière d’y réagir. Cela peut mettre tout le monde mal à l’aise, y compris vous.

Les Thaïlandais utilisent le wai comme un geste poli pour dire bonjour, au revoir, merci ou simplement pour montrer leur respect et leur gratitude envers les gens et les objets.

Comment effectuer un wai ?

Le geste de base est de joindre les deux paumes de mains devant la poitrine, doigts tendus, en esquissant lentement une légère flexion du buste et/ou de la tête (la hauteur des mains jointes et l’importance de la flexion dépendent de la personne à qui vous adressez le wai).

Voici les trois types de wai classiques (pour simplifier) :

  1. Image de gauche, ci-dessous : cette déférence est utilisée par une personne plus âgée ou de statut supérieur en réponse au wai d’une personne plus jeune ou de statut inférieur. Les personnes du même âge ou du même statut social peuvent aussi se saluer ainsi.
  2. Image centrale : cette gestuelle est utilisée à l’égard d’une personne plus âgée ou supérieure. Par exemple, un.e élève face à un.e enseignant.e ou un.e enfant face à sa grand-mère. Le supérieur ne répondra alors que par une flexion de tête.
  3. Image de droite : ce type de déférence est utilisé pour montrer son respect à un moine ou à une statue du Bouddha (les mains sont disposées devant la face et le buste est incliné). Le moine ne répond pas au wai ! Face à ce dernier, vous pouvez également voir des Thaïlandais.es s’allongeant à moitié, en plaçant les mains sur le sol pour un wai, puis en baissant la tête jusqu’à leurs mains.

Vous l’aurez compris, le wai possède une graduation de postures qui permet de respecter les différents niveaux sociaux des personnes qui l’exécutent ou y répondent. En présence de la famille royale, une étiquette plus respectueuse encore est appliquée. Utilisé aussi en marque de remerciement, la personne d’un rang supérieur ne devrait pas l’exécuter envers une personne de rang inférieur, par exemple un client qui remercie un employé. En résumé, plus les mains sont hautes, plus le respect témoigné est grand.

Selon un dicton thaïlandais, faire un wai revient imiter la forme d’un bouton de lotus (le lotus étant un des importants symboles bouddhistes).

© Pixabay – Waratharn

N’hésitez pas à faire le wai lorsque vous rencontrez un.e Thaïlandais.e. En tant qu’Occidental – farang – les Thaïlandais n’attendront point de vous de reproduire scrupuleusement la gestuelle appliquée puisque cette dernière dépend de la classe sociale, du sexe et de l’âge, des données qui vous seront bien difficile de connaître. Bonjour les impairs ! Un geste de déférence de la tête, au minimum, sera fortement apprécié de votre interlocuteur; de quoi rendre chaleureuse votre rencontre. Attention, un adulte ne fera pas de wai à un enfant.

Deux autres termes thaï sont des synonymes de ไหว้ (wai) :

  • สาธุ (sathu) en tant que verbe (qui peut être traduit par saluer, obéir ou encore rendre hommage);
  • et พนมมือ (phanom mue) qui signifie littéralement se serrer la main en signe de respect, terme composé du verbe พนม (phanom) signifiant mettre (les paumes des mains) ensemble en signe de salut et du mot มือ (mue) qui est la main.

L’on retrouve ce geste du wai dans des cérémonies d’hommages spécifiques telles la Journée d’appréciation des enseignants (à la rentrée scolaire) ou encore la Journée nationale de la muay thai (la boxe thaïlandaise) où le wai khru collectif est spectaculaire.

On termine cette brève introduction à la culture thaïlandaise en vous dirigeant vers le site Langues Asiatiques qui vous dévoile 8 choses à savoir sur la politesse en Thaïlande.

Et en ces temps de pandémie sanitaire qui excluent de fait les contacts physiques, L’Illustré s’interroge bien à propos : qui sait si les salutations thaïlandaises remplaceront un jour de manière universelle la poignée de main occidentale

Puisque สวัสดี (sawat di) signifie aussi bien bonjour qu’au revoir, nous n’avons plus qu’à le prononcer pour mettre un terme à cet article : สวัสดี 😄

Accompagnez votre wai d’un sourire comme savent le faire si bien les Thaïlandais.es

Sources rédactionnelles :

Image à la une © Facebook – TAT Photograph Section
Article composé le 22.01.2021 et mis à jour le 23.01.2021

En Thaïlande, les jeunes face à la monarchie et l’armée. Analyse d’Eugénie Mérieau

Vous avez peut-être déjà lu un entrefilet sur les nombreux rassemblements de protestation qui ont émaillé l’année 2020 en Thaïlande, et qui continuent en cette année 2021. Des manifestations organisées par la jeunesse estudiantine du pays qui ont rassemblé des dizaines de milliers de jeunes et qui se sont étendues à toutes les villes comptant des campus universitaires.

Comment est né ce mouvement ? Quels sont leurs modes opératoires ? Que réclament les protestataires ? Qu’en attendre à l’avenir ? C’est de cela que nous désirons vous entretenir aujourd’hui avec une analyse fouillée d’une experte reconnue de la Thaïlande, Mme Eugénie Mérieau, Dr en droit : En Thaïlande, les jeunes face à la monarchie et l’armée. Non sans vous en dire plus sur son auteure, Eugénie Mérieau donc, elle qui a écrit plusieurs ouvrages sur la Thaïlande, des livres qui vous permettront de mieux comprendre ce pays. En complément de son éclairante analyse, on vous dirige également vers un regard complémentaire sur cette situation complexe, celui du réalisateur Apichatpong Weerasethakul, palmé à Cannes et habitant Chiang Mai. Alors qu’une récente condamnation selon le fameux article 112 – appelé lèse-majesté – vient de tomber En terminant par un reportage d’ARTE Regards : Vers un printemps thaïlandais ?

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Le Pays du Sourire. Vraiment ?

Amazing Thailand – Le Pays du Sourire. Voilà comment est présentée la Thaïlande par les autorités touristiques du pays. Il est vrai qu’un touriste étranger de passage n’a que faire des spasmes politiques du pays visité, ne se préoccupant que de son bien-être durant la durée du séjour. Malgré un régime démocratique sans cesse remis à l’ordre par des coups d’État militaires, la Thaïlande réussit à attirer des touristes par dizaines de millions (l’année 2020 faisant exception, le tourisme étant en crise durant la pandémie sanitaire). C’est dire que ces derniers font peu cas du type de régime politique en place, celui-ci leur assurant une pleine sécurité.

Néanmoins, il nous apparaît essentiel de tenter de comprendre ce qui motive la jeunesse éduquée du royaume à se rebeller contre l’autorité représentée par le gouvernement militaire au pouvoir. Des militaires – auteurs de nombreux coups d’État – qui n’ont pas brillé en matière économique ces 50 dernières années en comparaison régionale

Une jeunesse qui se mobilise depuis plus d’un an, demandant sans relâche la démission du Premier ministre, Prayut Chan-o-cha, le général qui a fomenté le dernier coup d’État en date. Une jeunesse qui, pour la première fois et au grand étonnement – parfois réprobateur – de leurs aînés, ose critiquer ouvertement le roi (en l’honneur de qui des billets de banque commémoratifs ont été édités il y a peu).

En résumé, le mouvement estudiantin réclame la démission du Premier ministre, la réécriture de la Constitution thaïlandaise et la réforme de la monarchie. Des demandes qui ont amené plus de 40 militants à être inculpés en vertu de la loi de lèse-majesté pour avoir participé à des manifestations. Un mouvement soutenu notamment par les 5 finalistes du concours de Miss Grand Thailand, au premier rang desquelles la vainqueure, Nam.

Qui donc, mieux qu’Eugénie Mérieau, pouvait nous éclairer sur les raisons d’un mouvement de contestation qui ne faiblit pas ? Nous reproduisons ci-dessous son analyse éclairante sur la situation politique actuelle, publiée ce mois de janvier sur le site Le Monde Diplomatique1.

Elle revient sur les soubresauts historiques – parfois mortels – de cette contestation, sur le mouvement auquel dite contestation se réfère, sur la décision judiciaire qui a mis le feu aux poudres (la dissolution du parti Anakot Maï) et sur les revendications de cette jeunesse combattante (au sens politique du terme), elle qui noue des contacts avec son homologue hongkongaise. Sa conclusion est limpide : le tabou de la monarchie a sauté, et donc il n’est pas abusif d’affirmer que, quelle qu’en soit l’issue, ces manifestations ont déjà transformé en profondeur la politique thaïlandaise.


En Thaïlande, les jeunes face à la monarchie et l’armée1

La jeunesse thaïlandaise est dans la rue. Le 24 juin 2020, ils n’étaient qu’une petite cinquantaine à se retrouver au Monument de la démocratie, dans le centre de Bangkok, pour commémorer l’anniversaire de la révolution de 1932 ayant mis fin à la monarchie absolue dans ce qui s’appelait encore le « Siam », alors seul État indépendant d’Asie du Sud-Est. Trois mois plus tard, le 19 septembre, jour anniversaire du coup d’État militaire de 2006 qui mit un coup d’arrêt à la « transition démocratique », ils étaient plusieurs dizaines de milliers face au Palais royal.

La contestation actuelle s’inscrit dans la continuité du mouvement des « chemises rouges » (1), né en opposition à ce coup d’État — lequel appelait à « achever » la révolution de 1932 et à réhabiliter sa figure historique, Pridi Panomyong, juriste formé en France dans les années 1920, dans une IIIe République devenue le centre de formation des jeunes révolutionnaires de toute l’Asie. Mais, en 2010, ce mouvement est réprimé dans le sang : l’armée ouvre le feu sur les manifestants, en tuant quatre-vingt dix et en blessant près de deux mille, de quoi faire taire la contestation sociale.

Dix ans plus tard, les manifestants sont jeunes, voire très jeunes. En majorité lycéens et étudiants nés dans les années 2000, ils sont fans de K-pop, de Hunger Games et de Harry Potter, mais ils arborent aussi sur leurs tee-shirts le portrait de Somsak Jiemteerasakul, historien majeur, critique de la monarchie, né en 1958 et réfugié politique en France. S’ils n’ont pour la plupart que de vagues souvenirs de 2010, ils peuvent se prévaloir, en dépit de leur jeune âge, d’une déjà très riche expérience : deux coups d’État (2), quatre Constitutions (2006, 2007, 2014, 2017), la mort d’un roi — Bhumibol Adulyadej, en 2016, après soixante-dix ans de règne — et l’accession au trône de son successeur — Vajiralongkorn, couronné Rama X en 2019. Avec le soutien affiché d’une partie de leurs aînés, parents et professeurs, mais également d’anciennes « chemises rouges », ils réclament une réforme de la monarchie et une nouvelle Constitution.

Tout a commencé avec la dissolution du parti Nouvel Avenir (Anakot Maï) par la Cour constitutionnelle en février 2020. Ce dernier avait été fondé en mars 2018 par trois trentenaires : M. Thanathorn Jeungrungruangkit, l’héritier multimillionnaire d’une entreprise industrielle, M. Chaitawat Tulathon, éditeur de livres critiques à l’égard de la monarchie, et M. Piyabutr Saengkanokkul, professeur de droit public. Le parti participe à l’élection de mars 2019, la première depuis le dernier coup d’État militaire mené par le général Prayut Chan-o-cha. À la surprise générale, il obtient près de 20 % des suffrages, ce qui l’érige en troisième force politique du pays, après le parti politique des militaires et celui d’opposition des anciens premier ministres Thaksin Shinawatra et sa sœur Yingluck Shinawatra, renversés par les coups d’État de 2006 et 2014 respectivement. Au Parlement, où siègent cinq cents députés, les quatre-vingts élus de Nouvel Avenir — dont la première parlementaire trans de l’histoire du royaume — exigent la fin du service militaire et une réduction du budget de l’armée. Plus tabou encore, ils s’opposent frontalement aux décrets du roi, notamment au transfert d’une partie des effectifs militaires sous son commandement direct. Ces prises de position en rupture avec l’establishment militaro-monarchique, tandis que le premier parti d’opposition se mure dans le mutisme, leur gagnent de nombreuses faveurs, notamment parmi ceux qui veulent dépasser l’ancien clivage jaune-rouge (3) de leurs parents au sein duquel ils ne se reconnaissent pas.

Des campus universitaires en effervescence, ici à la CMU © Facebook – สิทธิ จันทร์เพ็ญ

Nouvel Avenir, au logo orange, s’était dès sa fondation engagé dans une stratégie « populiste de gauche », faisant le pari d’un dépassement des oppositions entre zones urbaines et rurales, entre classes moyennes et classes populaires, en désignant un ennemi commun : l’oligarchie militaro-monarchique. Cette stratégie, couronnée de succès, explique l’ampleur de la mobilisation actuelle. Après la dissolution du parti, alors que les dirigeants sont frappés d’une peine d’inéligibilité de dix ans, leurs électeurs et leurs soutiens partout dans le pays décident de réagir, bien que la crise du Covid-19 les empêche dans un premier temps de se rassembler. Le gouvernement décrète l’état d’urgence et impose même pour quelques semaines un couvre-feu à 23 heures.

C’est dans ces conditions qu’est annoncée, début juin 2020, la disparition de M. Wanchalerm Satsaksit, un militant de 32 ans proche des électeurs de Nouvel Avenir, qui s’était enfui au Cambodge après 2014, comme nombre de ses pairs. Que son meurtre ait été commandité par le régime ne fait que peu de doute : depuis 2016, plusieurs opposants en exil ont ainsi « disparu » avant que leur corps ne soit retrouvé flottant dans les eaux du Mékong, lesté de pierres à la place des entrailles.

Une œuvre du caricaturiste thaïlandais Pssyppl. © Facebook

Peut-on vraiment qualifier le système politique thaïlandais de « monarchie constitutionnelle » ? Certes, en 1932, le Siam adopte sa première Constitution. À l’issue d’un conflit entre les promoteurs de la révolution et le roi sur les prérogatives royales, ce dernier abdique en 1935. S’installe alors une période de régence, durant laquelle le pays se militarise puis entre dans la seconde guerre mondiale aux côtés du Japon… avant de se revendiquer vainqueur avec les Alliés. Non seulement la société siamoise échappe au sort japonais d’une démilitarisation forcée, mais les Américains soutiennent massivement l’armée dans le cadre de leur politique de containment (« endiguement ») anticommuniste dans la région. En 1958, après une prise de pouvoir par coup d’État, le général Sarit Thanarat s’inspire de de Gaulle pour se faire tailler une Constitution sur mesure incluant un article sur les pleins pouvoirs : l’« article 17 » sera utilisé pour réprimer les communistes, les républicains et les démocrates, décréter des exécutions sommaires et développer l’économie du pays.

Dans le même temps, le régime militaire s’emploie à faire renaître la monarchie de ses cendres et reprend en main le bouddhisme, monarchie et religion étant considérées comme les parfaits antidotes aux idées communistes. La stratégie se traduit par un relatif échec, les idées marxistes se diffusant massivement dans les villes et les campagnes tout au long des années 1960 et 1970, aboutissant en 1973 à une grande manifestation à Bangkok pour réclamer la démission des militaires du gouvernement. Ces derniers partiront en effet, abandonnés par une monarchie soucieuse de se réinventer en force prodémocratie.

Néanmoins, cette victoire des manifestants est de courte durée : en 1976, les milices paramilitaires proches du Palais massacrent les étudiants « marxistes » par dizaines, organisant des lynchages publics et des viols. Un épisode qui laisse un traumatisme béant dans la conscience collective des Thaïlandais, et qui signe le retour de l’armée en politique. Depuis 1976, malgré des flux et des reflux, l’armée et la monarchie conservent un rôle politique de premier plan.

Avec son accession au trône, le nouveau roi Vajiralongkorn donne une impulsion néo-absolutiste. Il s’approprie les « biens de la Couronne », financés par le budget de l’État et par des dividendes issus des grandes entreprises thaïlandaises — ce qui en fait le monarque le plus riche du monde (4). Il s’octroie le pouvoir de nomination du chef de l’Église bouddhique, et place une partie de l’armée sous son commandement direct. Il demande également à ce que soit révisée la Constitution adoptée par référendum, pour que soit supprimée la nécessité d’une régence en cas d’absence du royaume. Et pour cause : il a passé la majorité de son début de règne hors du pays, dans une immense villa en Bavière.

Pas étonnant que, le 26 octobre 2020, les manifestants décident de marcher jusqu’à l’ambassade d’Allemagne ; ils exigent, par une lettre remise à l’ambassadeur, que Berlin fasse toute la lumière sur les agissements du roi dans sa villa bavaroise. Attaqué, Vajiralongkorn se résout à repousser son départ pour orchestrer une campagne de communication visant à se construire une image de monarque populaire. Plusieurs manifestations royales sont organisées, au cours desquelles il se rend au contact de ses sujets agenouillés. À certains d’entre eux, il fait passer des messages politiques, soigneusement enregistrés sur iPhone et diffusés sur les réseaux sociaux comme « images volées ». Il s’adresse ainsi à Buddha Issara, un moine ultranationaliste faisant l’apologie de la violence contre les antiroyalistes, lui renouvelant son soutien. À un quidam qui avait organisé une contre-manifestation proroyaliste, il déclare : « Quel courage, quelle bravoure, merci bien », triptyque vite devenu un mème dans les manifestations, et l’instrument d’incessantes moqueries sur le Web.

© Facebook – Politics Kalaland (การเมืองไทย ในกะลา)

À un journaliste de CNN (5) l’interrogeant au cours d’un de ces bains de foule sur ce qu’il avait à dire « aux jeunes qui manifestent », il répond : « Nous les aimons tout autant. » Et à la question « Y a-t-il une place pour le compromis ? », il assure tout sourire : « La Thaïlande est la terre des compromis. »

Il peut, en effet, se targuer d’en avoir réalisés : en 2017, il ordonne un moratoire sur la loi de lèse-majesté, immédiatement appliquée par la police, l’armée et la justice. Plus de doute pour savoir qui, de l’armée ou du roi, « commande » : le régime militaire est sous commandement royal. C’est la raison pour laquelle les jeunes Thaïlandais adressent leurs revendications directement à Vajiralongkorn plutôt qu’au premier ministre, le général Prayut, perçu comme son intermédiaire.

Ils demandent notamment le retour au régime de séparation entre les biens de la Couronne et les biens personnels du roi. Le 14 octobre 2020, lorsqu’un convoi royal passe à proximité des manifestants, ces derniers ne se prosternent pas devant la reine, comme le veut la tradition, mais chantent : « Mes impôts, mes impôts, rendez-moi mes impôts. » Le budget annuel alloué à la monarchie s’élève à environ 1 milliard d’euros pour 2020, plus quelques milliards répartis entre les ministères pour l’organisation des cérémonies royales, la mise en œuvre des projets royaux, l’achat et l’entretien des avions royaux, la protection royale, etc. Et si ce budget servait à financer un État social ? Dans les manifestations, les participants sont donc invités à choisir quelle réallocation leur paraîtrait la plus appropriée : congé parental, sécurité sociale, retraites… Certains militent en faveur d’un revenu de base universel pour les jeunes, une proposition également portée par le Nouvel Avenir.

Si cette contestation s’inscrit dans la continuité du mouvement des « chemises rouges », elle s’en éloigne par ses nombreuses revendications sociétales, son rejet des hiérarchies et de l’autorité. Et il n’y a pas de leaders désignés.

Eugénie Mérieau

Mais la contestation porte sur tous les aspects de la société, et en particulier contre la « culture de l’autoritarisme » : contre la cérémonie du wai khru, au cours de laquelle écoliers, collégiens et lycéens se prosternent aux pieds de leurs professeurs pour leur rendre hommage, contre le port de l’uniforme, contre la coupe de cheveux exigée à l’école, contre le service militaire, contre le harcèlement sexuel, pour l’avortement, pour les droits LGBT. La figure de proue des manifestants, Mme Panusaya « Rung » Sithijirawattanakul, 22 ans, désignée par la British Broadcasting Corporation (BBC) comme l’une des « 100 femmes les plus influentes (6) » du monde cette année, avait été l’une des premières à dénoncer, en 2019, les violences sexuelles au sein du mouvement des étudiants du parti Dome Revolution à la prestigieuse université Thammasat (l’AFP vous la présente dans cet article). Si cette contestation s’inscrit dans la continuité du mouvement des « chemises rouges », elle s’en éloigne donc par ses nombreuses revendications sociétales, son rejet des hiérarchies et de l’autorité. Et il n’y a pas de leaders désignés.

Les manifestants ont également innové dans les techniques de mobilisation. Les « chemises rouges » se rassemblaient les week-ends, organisant d’immenses manifestations dans des stades, au cours desquelles se succédaient discours, concerts, shows comiques, karaokés, spectacles de drag queen et danses, pendant de longues heures voire des semaines — pour se transformer parfois en campements de longue durée. La nouvelle génération reprend ce côté festival-campement, pour des manifestations impressionnantes de professionnalisme : scènes sécurisées, système sonique ultraperformant, camions Internet déployés pour offrir du signal 4G aux manifestants en cas de coupure, drones de surveillance.

Leur financement participatif doit beaucoup, comme en 2010, aux célébrités et à de riches femmes et hommes d’affaires mais surtout, ils comptent désormais une force dotée de superpouvoirs sur Internet : l’ « armée » de la K-pop thaïlandaise.

Les manifestants tournent leur regard vers Hongkong, d’où ils importent des techniques de flash mob, moins coûteuses, se caractérisant par des manifestations quotidiennes et mobiles, l’usage de parapluies et de lasers, et dernièrement, de canards jaunes gonflables. Cette circulation de techniques entre Hongkong et Bangkok s’accompagne d’un développement de solidarités au sein de la Milk Tea Alliance, l’alliance des « pays qui boivent du thé au lait », contre la Chine et ce qu’elle représente de verrouillage de la liberté d’expression. M. Joshua Wong, l’une des figures de la contestation hongkongaise, s’est même piqué d’une lettre à l’entreprise américaine NonLethal Technologies, qui fabrique les grenades lacrymogènes utilisées dans les deux villes, signée des manifestants thaïlandais et hongkongais.

Jusqu’à présent, le pouvoir militaire thaïlandais a fait preuve d’une certaine retenue face aux manifestants, qui contraste avec la brutalité de la répression en 2010 : gaz lacrymogènes et canons à eau à deux reprises au cours de ces longs mois de manifestations quasi quotidiennes. Cela ne tient pas à la nature du régime — démocratie civile alors, contre régime militaire semi-démocratique aujourd’hui —, mais davantage au statut social des manifestants. En 2010, les « chemises rouges » tuées à balles réelles par l’armée étaient appelées péjorativement « buffles rouges » : il s’agissait de provinciaux, à la peau foncée, considérés comme illettrés, moqués pour leur accoutrement et leurs manières, traités de communistes, de révolutionnaires et de terroristes. Aujourd’hui, les manifestants sont majoritairement de jeunes urbains, clairs de peau, instruits, en uniforme immaculé, souvent sino-thaïs, des Bangkokiens de la classe moyenne. Tire-t-on sur ses propres enfants ?

Toutefois, plusieurs sources confirment que le régime incite les militaires et policiers à passer l’habit jaune royaliste pour participer à des contre-manifestations, intimider et éventuellement générer des affrontements. Jusqu’alors, cette tactique a été vaine : les royalistes peinent à recruter, et, quand ils y parviennent, c’est davantage en souvenir de l’ancien roi Bhumibol qu’en soutien au régime actuel.

Le tabou de la monarchie a sauté. Quelle qu’en soit l’issue, ces manifestations ont déjà transformé en profondeur la politique thaïlandaise

Eugénie Mérieau

Contrairement à 2010, le dialogue ne semble pas impossible. Dans les émissions de débat télévisé, comme la quotidienne « Tham trong » (« question directe »), les invités des deux camps débattent sans (forcément) finir par s’insulter, telle l’émission du 27 novembre sur les finances de la monarchie, qui affiche près d’un million et demi de vues sur YouTube.

© Facebook – Télérama

Comme Mme Carrie Lam, cheffe de l’exécutif à Hongkong, M. Prayut table sur un essoufflement du mouvement à la faveur de l’arrestation de personnes considérées comme « leaders ». Néanmoins, les juges thaïlandais, notamment dans les cours de première instance, n’ont pas tellement coopéré, se montrant bien plus indulgents à l’égard de ces jeunes qu’ils ne l’avaient été face aux « chemises rouges ». Alors que « Rung » et d’autres figures du mouvement étaient arrêtées pour organisation de manifestation non autorisée, les juges les ont libérées sous caution, après quelques jours de détention provisoire. C’est sans doute la raison pour laquelle le régime, probablement sur ordre du roi, a décidé de rétablir la loi de lèse-majesté. Contre toute attente, les manifestants accusés de lèse-majesté depuis le 30 novembre dernier n’ont pas été placés en détention provisoire. La défection d’une partie des juges est, faut-il le rappeler, un signe précoce de l’imminence d’un changement de régime.

Dans tous les cas, le tabou de la monarchie a sauté, et donc il n’est pas abusif d’affirmer que, quelle qu’en soit l’issue, ces manifestations ont déjà transformé en profondeur la politique thaïlandaise. Les anciens laisseront la place à cette nouvelle génération, qui ne croit ni en l’armée ni en la monarchie. Comme l’un des mots d’ordre des manifestants le dit clairement : « Vous avez voulu déconner avec la mauvaise génération… cela va devoir s’arrêter avec notre génération. »

Bien que vous puissiez lire aujourd’hui cet article dans son intégralité, nous vous invitons à soutenir Le Monde Diplomatique, le journal qui l’a initialement publié. N’hésitez pas à vous y abonner !


Qui est Eugénie Mérieau ?

On se lasse de tout, excepté d’apprendre ! Nul doute qu’Eugénie Mérieau s’est fait sienne cette devise chère à Virgile. Elle est en effet au bénéfice d’une triple formation universitaire : en sciences politiques (Sciences-Po), en droit (Sorbonne) et en langues et civilisations orientales (Inalco).

Sa thèse de doctorat trahit ses excellentes connaissance du royaume de Thaïlande : Le constitutionnalisme thaïlandais et les transplantations juridiques : une étude de la royauté. Un travail honoré du Prix Varenne de thèse 2018 (Démocratisation) de la fondation Varenne, ainsi que du prix honorifique Levy-Ulmann (Droit et Sciences politiques) 2018 de la Chancellerie des universités de Paris. Une thèse traduite en langue anglaise et qui le sera même en thaï l’année prochaine.

Après quoi elle a rejoint la chaire de constitutionnalisme comparé à l’université de Göttingen, en Allemagne. Chercheure invitée post-doctorale à l’Institut pour le droit et la politique mondiale (IGLP, faculté de droit de Harvard), elle est actuellement boursière post-doctorale au Centre for Asian Legal Studies (CALS, NUS – Université nationale de Singapour).

Elle a aussi enseigné à l’université Thammasat, à Bangkok. Le Dr Eugénie Mérieau est également chercheure associée au Centre de recherche internationale de Sciences Po Paris, à l’Institut d’Asie orientale de l’ENS Lyon et à l’Institut de recherche sur l’Asie du Sud-Est contemporaine de l’IRASEC, à Bangkok (tous trois dépendant du Centre national de la recherche scientifique, CNRS).

Vous aurez deviné à travers son analyse que parallèlement à sa carrière universitaire, elle participe également à des activités de défense des droits de l’homme.

Parlant le thaï, elle a également animé une émission sur la chaîne Voice TV, Diva Cafe. À Bangkok, on se souvient encore des concerts qu’elle a donnés sous le nom de Blue Randôme.

Cette experte de la Thaïlande est régulièrement interviewée sur ce pays qu’elle affectionne. Ainsi, vous pouvez revoir l’entretien accordé à l’excellent média indépendant Asialyst, Le populisme de Thaksin Shinawatra où elle rappelle que « Thaksin reste l’homme qui divise la Thaïlande » :

Précédemment, RFI avait consacré un débat entre Eugénie Mérieau et Hughes Tertrais. Sous la conduite de la journaliste Marie-France Chatin, la politologue et l’historien répondait tous deux à la question « Où va la Thaïlande ? ». C’était à l’occasion des élections législatives du 24 mars 2019 en Thaïlande, les premières depuis le coup d’Etat du 22 mai 2014 qui a placé le pays et ses 69 millions d’habitants sous la poigne des généraux. Écoutez donc le podcast de l’émission.

In fine et toujours sur RFI, Eugénie Mérieau est revenue sur les origines des manifestations. Un utile complément radiophonique à son article reproduit ci-dessus que vous pouvez écouter sur YouTube. Cette fine connaisseuse du royaume de Thaïlande peut aussi être écoutée sur France Culture où elle a participé à plusieurs émissions.

Si l’analyse d’Eugénie Mérieau vous a passionné.e, lisez alors son article de fond Comprendre l’instabilité politique thaïlandaise : constitutionnalisme et coups d’État, paru dans la revue Politique Étrangère il y a 7 ans.

Retrouvez Eugénie Mérieau
➥ sur son site web
➥ et sur sa page Facebook

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Un regard complémentaire, celui d’Apichatpong

Apichatpong Weerasethakul by ChiuYun – © Facebook – Kinoimages.com

Vous avez sans doute déjà entendu parler du réalisateur Apichatpong Weerasethakul, Palme d’Or à Cannes en 2010 pour son film Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures. Il vit à Chiang Mai et met la dernière main à son prochain film, Memoria. En 2016, Apichatpong « Joe » avait d’ailleurs fait l’objet d’une rétrospective multimédia (The Serenity of Madness – Sérénité de la folie) – à l’occasion de l’ouverture du MAIIAM, un musée d’art contemporain de classe internationale sis à Sankhampaeng, à l’est de Chiang Mai.

L’interview que nous offre Télérama nous permet de saisir les changements profonds que soulève la contestation estudiantine de la jeunesse thaïlandaise. Apichatpong se pose en observateur – et soutien – du processus de désobéissance en cours. Il note que les étudiants bousculent de manière inédite une société bouddhiste très hiérarchisée, remettant en cause les liens entre les grandes familles, la richesse et le pouvoir, en parlant de sujets tabous. Et ce n’est pas du cinéma !

C’est le genre de lecture qui nous permet de mieux comprendre le processus sociétal en cours. Lisez donc son interview sur Télérama.

Les étudiants thaïlandais face au triangle Armée-Constitution-Royauté
C’est là une autre intervention académique dont nous conseillons la lecture. Composée en été 2020, avant les grands rassemblement du quatrième trimestre, c’est le fruit d’une réflexion proposée par Mme Marie-Sybille de Vienne, professeur à l’ Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco).

Elle y rappelle notamment la proposition en dix points de réforme de l’institution royale rendue publique le 10 août 2020 par l’United Front of Thammasat and Demonstration (inconnu jusqu’alors; leur page Facebook). Formulée à Bangkok durant une manifestation publique par Rung :

1. La révocation de l’article 6 de la Constitution de 2017, qui rappelle la position de vénération dans laquelle doit être tenu le souverain;
2. La révocation de l’article 112 du code pénal relatif au crime de lèse-majesté;
3. La révocation du Crown Property Act de 2018, libérant le Crown Property Bureau (CPB) de la tutelle du ministère des Finances et faisant de ses actifs la propriété du roi (et non plus de la Couronne), au titre de sa fonction;
4. L’établissement de l’allocation budgétaire du souverain en fonction du contexte économique;
5. La suppression des agences sous commandement du roi;
6. La suppression des dons des et aux fondations royales;
7. L’abolition de l’inviolabilité du souverain (article 6);
8- L’arrêt de la célébration de la monarchie dans les administrations publiques et l’éducation;
9. L’ouverture d’une enquête sur les morts de personnes ayant critiqué ou ayant eu des relations avec la Couronne;
10. Le non-entérinement des coups d’État par le roi.

Retrouvez l’article complet en lecture gratuite sur le site The Conversation (à soutenir donc).


ARTE Regards – Vers un printemps thaïlandais ?

L’on vous propose bien à propos ce reportage diffusé sur Arte et visible jusqu’au 3 février 2021.

En voici la présentation : Ils sont des dizaines à avoir quitté leur pays sous peine d’être emprisonnés ou assassinés. Depuis le coup d’État de 2014, un nombre grandissant de Thaïlandais dissidents sont contraints à l’exil alors que le pays s’enfonce dans une dictature militaire. Qu’ils vivent à Paris, à Berlin ou Helsinki, ils sont toujours régulièrement menacés de mort.

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Manifestations au fil de l’année 2020…

À travers notre page Facebook, nous vous avons régulièrement tenu informé.e des manifestations organisées tant à Chiang Mai qu’à Bangkok, et ailleurs encore. Retour en arrière avec quelques publications (d’utiles compléments se trouvent dans les commentaires de chacune d’elles) :
06.03.2020 : une des premières flash mob organisée à la CMU (l’Université de Chiang Mai)
18.07.2020 : en direct de Bangkok où des milliers de manifestants s’étaient alors réunis, en plein état d’urgence (une vidéo supprimée entre-temps mais un extrait est encore visible ici) !
20.07.2020 : la manifestation organisée en écho ici à Chiang Mai, porte Thapae
25.07.2020 : malgré la prolongation de l’état d’urgence, les aspirations démocratiques de la jeunesse du royaume ne tarissent pas
16.08.2020 : les manifestations continues de plus belle à Bangkok
19.09.2020 : le 19 septembre, jour ô combien symbolique, est le jour qui a été fixé pour une nouvelle manifestation de grande ampleur : une journée de mobilisation à l’université Thammasat, à Bangkok, lieu de sinistre mémoire…
14.10.2020 : autre grande manifestation antigouvernementale à Bangkok en cette Journée de la Démocratie
16.10.2020 : nouvel affront pour Prayut à Bangkok
17.11.2020 : et Chiang Mai qui continue de répondre par de nouvelles manifestations
17.11.2020 : le choc des photos alors que la répression policière envers les manifestants se durcit

Et l’année 2021 voit continuer ces manifestations en Thaïlande ! Sans parler du putsch opéré début février par les militaires de Birmanie, un coup d’état contesté dans la rue. Alors que Hong Kong voit sa démocratie se mourir…

Des modes d’action novateurs au geste aux trois doigts levés, les mouvements prodémocratie de l’Asie du Sud-Est s’inspirent les uns des autres, malgré des motivations différentes à leur origine. Lisez l’analyse de Carol Isoux qu’a publiée Libération : À Rangoun, Hongkong et Bangkok, les méthodes s’assimilent.


Loi sur le crime de lèse-majesté

Bien qu’elle soit décriée, c’est sur la base de cette loi qu’une Thaïlandaise a été condamnée cette semaine à pas moins de 43 ans de prison pour avoir insulté la famille royale, la plus lourde peine jamais enregistrée dans le royaume pour crime de lèse-majesté. Prénommée Anchan, cette fonctionnaire de 63 ans était naguère proche du réseau DJ Banpodj, un podcast politique qui s’en prenait à la monarchie. Son principal instigateur, Hassadin U., 64 ans, a d’ailleurs été condamné à 20 ans de prison. En 2017, un homme avait été condamné à 35 ans d’emprisonnement pour une série de publications et de commentaires sur Facebook. Dans un reportage radio, RTS Info revient sur le dernier de ces tristes dénouements judiciaires.

Comme nous l’a rappelé Eugénie Mérieau, l’abolition de cet article pénal est l’une des principales revendications du mouvement mené par la jeunesse protestataire. 

Article 112. Quiconque diffame, insulte ou menace le roi, la reine, le prince héritier ou le régent, est puni d’un emprisonnement de trois à quinze ans.

C’est précisément cet article du Code pénal thaïlandais que les jeunes, et avec eux les organisations de défense des droits humains, veulent voir être aboli.

Les étudiants ne sont pas les seuls à dénoncer l’iniquité de cette loi. Beaucoup d’ONG constatent que le gouvernement abuse de l’article 112 afin de limiter la liberté d’expression, un droit de l’homme inaliénable. Le rapport annuel d’Amnesty International sur la Thaïlande le mentionne à chaque fois. Et Amnesty de regretter que la Thaïlande soit toujours un État non abolitionniste pour ce qui a trait à la peine de mort, toujours inscrite dans la législation du pays (voir l’extrait du Code pénal ci-dessous).

L’ONG Thai Lawyers for Human Rights (TLHR) – qui a défendu Anchan – nous rappelle que l’article 112 du Code pénal thaïlandais (« lèse-majesté ») avait été suspendu près de 2 ans – à la demande de S.M. le roi Vajiralongkorn – depuis sa dernière application en 2018. Un article appliqué à nouveau afin de poursuivre les manifestants, les utilisateurs en ligne et tout individu dont les paroles et les actes sont considérés comme une diffamation envers la famille royale thaïlandaise.

Thai Lawyers a d’ailleurs dressé une liste précise des dénonciations pénales en lien avec cet article controversé : du 24 novembre au 17 décembre 2020, au moins 33 individus dans 20 procès ont été accusés de « lèse-majesté ». Parmi ces personnes figurent un mineur et des étudiants universitaires. Pour prendre réellement conscience des abus possibles de la part des autorités, sachez que parmi ces cas, la publication sur Facebook du message « Très courageux. Très bien. Merci » a été considéré comme une diffamation royale !

Dernière citoyenne à faire les frais de la loi de lèse-majesté, Amarat Chokepamitkul, députée de l’opposition (du parti Move Forward).

L’exposition « 112 the Exhibition » à Bangkok dénonce subtilement les abus du pouvoir en matière de lèse-majesté en Thaïlande. Elle est le fruit de l’artiste de rue thaïlandais connu sous le nom de « Headache Stencil ». Le Petit journal vous en parle.

Extrait du Code pénal thaïlandais (traduction libre) :

Infractions relatives à la sûreté du royaume
Chapitre 1 – Infractions contre le roi, la reine, le prince héritier et le régent

Article 107. Quiconque, assassinant le roi à mort, est puni de mort. Quiconque tentera de commettre l’acte susmentionné sera puni de la même manière. Quiconque, faisant un acte quelconque en vue de préparer l’assassinat du roi ou sachant qu’il y a la personne qui va assassiner le roi, ayant fait un acte quelconque pour aider à garder l’acte secret, sera puni de la prison à vie.

Article 108. Quiconque, commettant un acte de violence contre le roi ou sa liberté, sera puni de la peine de mort ou de la réclusion à perpétuité. Quiconque tente de commettre une telle infraction est passible de la même peine. Si cet acte est susceptible de mettre sa vie en danger, l’auteur sera puni de la peine de mort. Quiconque se prépare à commettre un acte de violence contre le roi ou sa liberté, ou accomplit un acte quelconque pour aider à garder le secret sur l’intention de commettre un tel délit, sera puni d’une peine d’emprisonnement de seize à vingt ans.

Article 109. Quiconque cause la mort de la reine, du prince héritier ou du régent est puni de mort. Quiconque tente de commettre un tel délit est passible de la même peine. Quiconque prépare la mort de la reine, du prince héritier ou du régent, ou accomplit tout acte pour aider à garder le secret sur l’intention de commettre un tel délit, sera puni d’une peine d’emprisonnement de douze à vingt ans.

Article 110. Quiconque commet un acte de violence contre la reine ou sa liberté, le prince héritier ou sa liberté, ou le régent ou sa liberté, est puni d’un emprisonnement à vie ou d’un emprisonnement de seize à vingt ans. Quiconque tente de commettre une telle infraction est passible de la même peine.
Si cet acte est susceptible de mettre en danger la vie de la reine, du prince héritier ou du régent, l’auteur de l’infraction sera puni de la peine de mort ou d’une peine d’emprisonnement à perpétuité.
Quiconque se prépare à commettre un acte de violence contre la reine ou sa liberté, le prince héritier ou sa liberté, ou le régent ou sa liberté, ou accomplit tout acte pour aider à garder secret l’intention de commettre un tel délit, sera puni d’une peine d’emprisonnement de douze à vingt ans.

Article 111. Quiconque apporte son soutien à la commission d’une infraction visée aux articles 107 à 110 est puni de la même manière que le responsable de cette infraction.

Article 112. Quiconque diffame, insulte ou menace le roi, la reine, le prince héritier ou le régent, est puni d’un emprisonnement de trois à quinze ans.

ThailandLawOnline – Criminal code B.E. 2499

Épine dans le pied du pouvoir thaïlandais en ce début d’année 2021, le populaire militant Arnon a été nommé comme l’un des leaders émergents du monde par le magazine TIME (TIME100 next 2021).

Le magazine américain relève qu’Arnon Nampa a un comportement modeste et un penchant pour s’habiller comme Harry Potter. Ce qui n’empêche pas cet avocat des droits de l’homme de faire trembler l’establishment de son pays. La Thaïlande est le plus ancien allié des États-Unis en Asie et a servi de rempart contre des voisins plus autoritaires, mais sa démocratie s’est érodée au fur et à mesure que les liens avec la Chine s’épanouissaient. Arnon a donné de l’énergie aux jeunes Thaïlandais en réclamant que le pouvoir politique soit retiré à la sacro-sainte famille royale et que la constitution rédigée par les militaires soit mise en pièces. En conséquence, il a été arrêté à trois reprises ces derniers mois et accusé de sédition (à l’heure où nous écrivons, il est encore incarcéré). Mais alors que le Covid-19 continue d’avoir un impact sur l’économie thaïlandaise qui dépend du tourisme, de plus en plus de jeunes se sont joints aux manifestations qui sont déjà les plus importantes depuis le coup d’état de 2014 – qui, selon les experts, met la pression sur le gouvernement militaire. « Les gens en ont assez de vivre sous un régime répressif », a-t-il déclaré au TIME à la fin de l’année dernière.

Découvrez le reportage que lui consacre le TIME (avec une vidéo à la clef).

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Mieux comprendre la Thaïlande

Si la Thaïlande vous attire, la lecture vous donnera les clefs pour mieux comprendre ce pays et ses habitants. Eugénie Mérieau écrit beaucoup sur la Thaïlande.

Nous vous avons déjà parlé de sa thèse de doctorat qui n’intéressera cependant pas celles et ceux attirés par les seules jouissances balnéaires qu’offre le pays ! Une thèse que vous pouvez acheter en version brochée ou alors lire gratuitement en version électronique.

Outre ce travail académique, nous avons sélectionné deux ouvrages qui devraient intéresser toute personne désirant voyager intelligemment au Pays du Sourire. N’hésitez pas à les commander chez votre libraire préféré (les liens renvoient à leur présentation sur Amazon).

Idées reçues sur la Thaïlande
Eugénie Mérieau

Souvent plus connue pour ses plages et son tourisme sexuel, la Thaïlande peine à se débarrasser des clichés, souvent sulfureux, qu’on lui accole : Triangle d’or et plaque tournante de la drogue, paradis des lesbiennes, gays et transgenres, royaume d’opérette, et, sur le terrain économique, le fameux Tigre asiatique ! Précis, concis et très documenté, cet ouvrage est une excellente introduction à ce pays, son histoire et ses habitants. Le meilleur moyen de dépasser ses idées reçues !

Commandez-le chez votre libraire préféré ou sur Amazon.

Les Thaïlandais. Lignes de vie d’un peuple
Eugénie Mérieau

Terre de paradoxes assumés, la Thaïlande, Pays du Sourire, se rit des contradictions qui la fondent comme elle se joue des contrastes qui l’habillent. Lors de son arrivée au royaume de Thaïlande, tout voyageur est frappé de constater l’apparente liberté dont jouissent les Thaïlandais – pourtant sous le joug d’une dictature militaire. Mais derrière son vernis pastel de carte postale se découvre la réalité de la misère, des bordels et de la corruption. Autour de Bangkok, la mégalopole folle, la Thaïlande rurale continue à cultiver ses rizières en escalier. Ces deux Thaïlande qui se font face, l’une rurale, l’autre urbaine, n’en sont pas moins unies par un impétueux sentiment national : la khwampenthai (la « thaïtude ») définit les contours de l’identité nationale grâce au motto Nation, Religion, Monarchie. 
Ministre, féministe, chauffeur de taxi ou révolutionnaire…, ils nous racontent ici leur vie, leur Thaïlande.

Éric Deseut nous parle de cet essai convainquant dans Le Petit Journal. Quant à Bernard Formoso, autre grand spécialiste de la Thaïlande et plus généralement de l’Asie, il se montre plus circonspect dans sa critique.

Commandez cet ouvrage chez votre libraire préféré ou sur Amazon.

Depuis la fin de l’année dernière, les jeunes contestataires ont mis un frein à leurs manifestations publiques de grande ampleur. Néanmoins, le mouvement continue de bouillonner, quelque peu réfréné par la récente flambée de contaminations dans le cadre de la pandémie sanitaire autour de la capitale (un sujet qui accapare les esprits en raison du bombardement médiatique quotidien alors que d’autres fléaux sanitaires continuent leurs ravages, en sourdine, à l’image du SIDA, du tabac ou encore de la dengue, sans parler des accidents de la circulation).

Si vous êtes arrivé.e jusqu’au terme de cet article, c’est que la Thaïlande vous intéresse vraiment. À travers les lectures que nous vous proposons, vous serez alors armé.e d’un regard critique bienvenu vous permettant d’aller au-delà de l’image idyllique véhiculée par l’Office du tourisme. Et sans doute que vous apprécierez alors d’autant plus ce pays fascinant aux multiples facettes, certaines peu reluisantes, il est vrai. Bienvenue en Thaïlande !


1 Une analyse publiée avec la fort aimable autorisation de son auteure que nous remercions encore une fois ici 🙏
Nous de disposons hélas pas des notes de bas de page de l’article original; veuillez nous en excuser. Nous sommes par ailleurs responsables du choix des illustrations qui accompagnent le texte.

Source de l’image à la une © Facebook – PPTV HD 36 (il s’agit d’une photo d’une manifestation tenue devant le ministère thaïlandais de l’Éducation, à Bangkok, le 16 janvier 2021, à l’occasion de la Journée des Enseignants).
Article composé le 20.01.2021 et mis à jour le 02.03.2021

Miss Chiang Mai 2021. Karn, elle s’appelle Karn

Miroir ô mon beau miroir, mais qui est donc la plus belle de Chiang Mai ? Chaque début d’année, la question naît forcément puisqu’a lieu le concours de beauté qui attire toutes les sirènes de la province. Un concours organisé dans le cadre de la Foire d’Hiver de Chiang Mai, bien peu achalandée en cette période trouble où la pandémie de Covid-19 refait des siennes…

Alors que Miss Parodie 2021 a été brillamment élue, elles sont 30 les prétendantes au trône. Il faut dire que les Thaïlandais raffolent des concours de beauté ! Quant au concours Miss Chiang Mai, c’est l’occasion pour la région de faire sa promotion, ce qui permet de découvrir des adresses touristiques parmi les plus intéressantes de la Rose du Nord, avec bien souvent l’artisanat mis à l’honneur. Quant à l’heureuse élue, elle s’appelle Karn.

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Les Thaïlandais raffolent des concours de beauté

Baby Bow © Facebook

On vous l’a dit et le redit : la Thaïlande doit être LE pays des concours de beauté, chaque fête locale organise le sien. Et chaque province a sa Miss, Chiang Mai ne faisant pas exception. C’est depuis l’élection de Mlle Bow au titre de Miss Chiang Mai 2017 que nous suivons plus attentivement, pour ne pas dire assidûment, ce concours de beauté. Il faut dire qu’elle dégageait (et dégage toujours) un charme certain. De son vrai nom Supaporn Rittiphuek, élue Miss Chiang Mai 2017 à 19 ans, Baby Bow en a fait du chemin, gagnant en assurance dans l’univers de la mode (nous l’avons aperçue en dernier lieu au défilé du Chiang Mai Creative Mind 2020). Elle a d’ailleurs été élue dauphine de Miss Universe Thailand 2017 ! Vous pouvez suivre la carrière de Baby Bow sur sa page Facebook, elle qui est originaire de la province voisine de Lamphun, naguère étudiante universitaire ici à Chiang Mai. Découvrez par ailleurs qui sont Miss Universe Thailand 2020, 2019 ou encore 2018.

Si l’on vous en parle aujourd’hui, c’est que Miss Chiang Mai joue un rôle culturel non négligeable, celui de représenter la ville et la province de Chiang Mai dans la région mais aussi au niveau national. Elle incarne à merveille la beauté des filles du Lanna, l’ancien royaume du nord thaïlandais, des filles sublimées jusque dans les temples bouddhistes à travers des peintures murales. Miss Chiang Mai 2021 devait être en tête du cortège de la fameuse Fête des Fleurs, un festival qui devait débuter vendredi 7 février 2021. Mais le covid joue toujours des tours et cette fête est pour l’heure repoussée (plus probablement annulée) ! C’est l’une des plus belles fêtes que vous puissiez vivre dans la Rose du Nord. Habituellement flanquée de Mister Chiang Mai, nous n’avons plus de nouvelles de ce dernier concours ! Attention, Miss Chiang Mai ne doit pas être confondue avec Miss Grand Chiangmai, un concours de beauté concurrent, plus récent et très populaire.

Tenante du titre, Mlle Alexandra Hänggi, étudiante à l’Université de Chiang Mai (CMU) et plus connue sous son petit nom de Cindy, Miss Chiang Mai 2020 donc, a remis sa couronne à la nouvelle élue. Est-ce elle aussi une métisse, Cindy étant le fruit des amours d’une mère thaïlandaise et d’un père suisse, comme bien souvent les gagnantes des concours de beauté thaïlandais ? Lisez donc pour le savoir…

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30 prétendantes au trône

La première sélection faite par les organisateurs a accouché de trente jeunes candidates se confrontant durant la 88e édition de ce concours. Découvrez-les une par une avec bienveillance dans notre publication Facebook (ce sera l’occasion pour celles et ceux sachant lire le thaï de s’exercer un brin).

Les candidates au titre de Miss Chiang Mai 2021

Il y a mille raisons d’apprécier Chiang Mai. Une ville qui est bien souvent au top des destinations touristiques mondiales, un très bon choix pour les touristes pour leur premier séjour en Thaïlande. Et l’une de ces raisons, c’est le foisonnement des marchés, marchés où l’on trouve l’une des plus riches street food de Thaïlande.

La street food, c’est le thème choisi pour présenter les 30 candidates (et vous pourrez ainsi découvrir leur petit nom). Les voici posant en divers endroits de la ville, une fois la nuit tombée. Ce qui vous donne une idée de l’ambiance nocturne de la Rose du Nord :

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Si vous souhaitez admirer les candidates de manière plus sexy, alors cette publication Facebook est faite pour vous 😏


Promotion de Chiang Mai

Ce concours de beauté permet à la ville de Chiang Mai et à toute la province éponyme d’être promues dans tout le royaume de Thaïlande, ceci depuis 1932. Ainsi, les jours qui précèdent l’élection, toutes les candidates visitent les sites enchanteurs de la Rose du Nord (en cliquant sur les liens vous accéderez à moult photos).

Cette année, c’est au centre commercial Central Plaza Airport que la présentation de toutes les candidates a eu lieu (les beautés se sont également pavanées au Central Festival quelques jours plus tard). Chiang Mai se voulant une ville d’artisanat et d’art populaire, les Miss ont naturellement visité le Centre artisanal des ombrelles, sis à Bosang, à l’est de la ville. C’est là le cœur du Festival des Ombrelles de Chiang Mai, dont l’édition 2021 a malheureusement été annulée. Pour la production des ombrelles, l’on utilise le papier de mûrier, produit à Tonpao, village artisanal voisin que les Miss ont aussi visité. Un papier qui a lui aussi droit à son festival. En parcourant les routes de campagne verdies par les rizières, les demoiselles ont été accueillies en un nouveau site touristique qui mérite amplement le déplacement, la Cocoon Farm. On parle ici des cocons de soie dont vous pouvez découvrir la production sur place. Nous vous en reparlerons bientôt.

Artisanat encore en visitant le Kad Sala, une entreprise communautaire sise à Sanpatong, qui promeut et commercialise les produits locaux issus de la gravure sur bois, une spécialité du nord thaïlandais. Plus proche de la ville, dans le district de Hang Dong, Ban Muang Kung est surnommé le village des potiers, un village où les filles ont mis la main à la pâte. Enfin, c’est à l’atelier/musée de la laque de Nantaram, aux abords du temple éponyme, que les candidates ont découvert cet autre art local, celui de la laque donc (un art qui a lui aussi son festival). De quoi définitivement vous convaincre que Chiang Mai est une région où l’artisanat est roi.

Si tant est que toutes ces visites aient fatigué les candidates, elles auront pu se reposer au resort Siripanna, profitant d’un buffet bien mérité. Car il fallait être en forme pour défiler au show de Noël The Magical Lights 2021, secondées cependant par les anciennes Miss titrées.

Le concours n’échappe bien entendu pas aux obligatoires promotions publicitaires qui mettent en avant les sponsors principaux, tels que la clinique Alist, active dans la chirurgie esthétique – oui, Madame ! – et les soins de beauté (ce qui permet aux demoiselles d’être photographiées sous leurs meilleurs atours, le savon aux herbes Herb Gold, la boisson caféinée Vardy, le sérum facial à base de thé Assam Kaelyn, les vêtements Less is More (de bien belles robes), la résidence The New Concept (c’est un condominium), ou encore l’entreprise de transport Chiang Mai Sky Travel. Sans oublier le très accueillant Wintree City Resort qui a mis à disposition son infrastructure hôtelière.

Les candidates n’auront pas manqué d’animer divinement la cérémonie d’ouverture de la Foire d’Hiver de Chiang Mai, une foire annuelle qui accueille traditionnellement le concours de beauté et dont on vous parle à chaque édition (notre publication Facebook).


Miss Parodie

Comme à l’accoutumée, le concours officiel de Miss Chiang Mai est précédé d’une soirée de couronnement de Miss Parodie (นางสาวเชียงใหม่ในดวงใจ), où il s’agit de gagner le cœur du jury en parodiant d’anciennes Miss. Les candidates sont des candidats. Un concours dans la même veine que Miss International Queen, concours de beauté transgenre organisé à Pattaya et qui attire les candidat(e)s du monde entier. Les inénarrables lady boys assurent le spectacle de cette soirée animée à l’ambiance survoltée. En voici la bande-annonce :

La couronne de Miss Parodie était convoitée par pas moins 44 candidat(e)s au final; admirez-les dans cette publication de notre page Facebook. Et la gagnante (ou alors devrions-nous dire écrire le gagnant ?) est Thanachaphan Buranachewawilai (ธนัชพันธ์ บูรณาชีวาวิไล), couronnée Miss Parodie 2020 (littéralement Miss Chiang Mai au Cœur). C’est en parodiant Cindy, Miss Chiang Mai 2020, que les suffrages se sont portés sur cet exubérant candidat qui portait le no 37.

Bukko – c’est là son diminutif, également orthographié Bookko (บุ๊คโกะ en thaï, une langue qui ne s’embarrasse ni de masculin ni de féminin) – est né à Bangkok il y a 35 ans. Son père est de Chiang Mai, une ville où il a étudié. C’est un homme ayant plusieurs fois « amélioré » la forme de son visage grâce à la chirurgie esthétique. Il travaille dans le domaine du divertissement : comme DJ, comme animateur TV, comme réalisateur et comme acteur (Ghost is all around est son film le plus connu, un film que vous pouvez voir sur Netflix; autre succès auquel il a participé : Love on air, une sitcom). La presse thaïlandaise vous le présente, à l’image du journal Matichon (alors qu’il figure dans la version thaïlandaise de Wikipédia).

Jetez un œil aux prestations de Bookko et à son couronnement sur YouTube.

Suivez Bookko sur Facebook et sur Instagram. Il anime sa propre chaîne YouTube : Bookko TV (qui dispose d’une page Facebook spécifique). Vous vous rendrez alors compte de sa popularité en Thaïlande : sa page Facebook a plus de 100 000 abonnés et sa chaîne YouTube en compte plus d’un million !

Quant au concours Miss Parodie, il dispose de sa propre page Facebook. Vous pouvez revoir le spectacle complet de cette élection diffusée en direct sur Facebook le 2 janvier 2021 (il dure plus de 5 heures !). L’album-photo de la soirée vous permet de vous faire une idée de l’ambiance (qui pouvait être vécue en direct à la Foire d’Hiver de Chiang Mai).


Favorites et dauphines

Vous le savez maintenant, Miss Chiang Mai fait partie intégrante de la Foire d’Hiver de Chiang Mai. Sauf que cette année 2021, cette foire ô combien populaire dans toute la province a précipitamment été annulée en raison d’une résurgence de l’épidémie d’un coronavirus que nous ne nommerons point. Heureusement, le concours de beauté s’est tout de même déroulé afin d’élire la plus belle de la province. On vous offre la vidéo de la danse qui a agrémenté la cérémonie d’ouverture.

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Avant la compétition proprement dite, toutes les candidates se sont rendues à la Pang Pao Beach, nouvelle attraction de Chiang Mai. Occasion de les admirer en costume de bain dans un « cadre balnéaire » (en photo comme en vidéo), bien que Chiang Mai se situe à 800 km de la mer ! Histoire de se préparer au défilé des Miss en maillot de bain, un rituel que beaucoup d’entre vous attendent impatiemment…

Qui dit compétition dit forcément favorites. Une première sélection – soirée que vous pouvez revoir en vidéo ou en photos – a retenu 20 candidates pouvant participer à la soirée finale. Admirez les demoiselles du Top 20 en tenue de soirée (et même le Top 10 en bikini). Et parmi ces 20 finalistes, 5 candidates ont été préférées par le public (qui pouvait donc voter par SMS), à savoir le Top 5 Miss People’s Choice 2021. Il s’agit des candidates no 16 (Ja, Top 5), 17 (Milk, Top 4), 04 (Oil, Top 3), 03 (Yuyi, Top 2) et enfin la candidate no 15 (Sunny, Top 1, la favorite donc). Ont-elles brillé en finale ?

En raison de la fermeture précipitée de la Foire d’Hiver pour cause sanitaire, là donc où se déroule la compétition, la finale a été avancée au 5 janvier 2021 (vous pouvez la voir en intégralité dans la vidéo en fin d’article).

Une finale qui couronne la 68e Miss Chiang Mai. Et dite couronne est inspirée d’un paon que vous retrouvez au pavillon royal du parc Rachaphruek (Rajapruek), le Royal Flora, de même sur le wihan du Wat Phan Tao. On ne sait si c’est cette couronne qui attire les candidates ou alors le gain de THB 100’000.- en espèces que touche généralement la gagnante. Le show final aura donc déterminé les lauréates. Qui ne correspondent en rien – ou presque – au choix du public !

Première dauphine de Miss Chiang Mai 2021, la candidate no 20, Mlle Thanjira Yarangsri (Aum Im), n’aura donc pas réussi à ravir la première marche du podium. Même échec – tout relatif – pour Mlle Tidaporn Kedthong, candidate no 3 : la deuxième dauphine est appelée Yuyi. Enfin, troisième et quatrième dauphines : Nokyung, Mlle Piyatida Jaidee qui défilait avec le no 25, suivie de Miu, Mlle Sujaree Karnjanakrit, numéro 13. On retrouve ces beautés du Lanna sur la photo finale de la compétition :


Karn, elle s’appelle Karn…

Ne vous faisons point languir en vous la présentant : Karn, elle s’appelle Karn… Le titre de Miss Chiang Mai 2021 est donc revenu à Mlle Chonnikarn Supittayaporn (ชนนิกานต์ สุพิทยาพร), de son petit nom Karn (กานต์). C’était la candidate no 5, elle qui ne faisait point partie du Top 5 du public. Une surprise donc !

Karn, en bonne infirmière, prendra soin de vous

C’est forcément avec émotion qu’elle reverra dans le futur les photos de son couronnement. Une jeune gagnante plutôt heureuse que l’on retrouve dans sa chambre d’hôtel au lendemain de son sacre, rejointe par ses dauphines (qui sont toutes reparties avec des produits de beauté Kaelyn).

Comme bien souvent, nous avons à faire à une étudiante; Karn étudie en effet à la faculté de pharmacie de l’Université de Chiang Mai (CMU). Bien qu’âgée de seulement 22 ans, elle parle déjà quatre langues : le thaï bien sûr, mais aussi l’anglais et le coréen. Ce qui nous fait donc trois langues. Et quelle est donc la quatrième langue apprise ? Il s’agit de la langue des signes (destinée à communiquer avec les personnes sourdes ou malentendantes).

Mlle Chonnikarn est plutôt à l’aise en public. N’était-elle pas présidente du Club étudiant de la CMU (en 2019), en plus de participer aux activités des majorettes (Cheerleader CMU). Faites-vous votre propre idée en visionnant cette vidéo.

Et comme cette jeune créature se destine à devenir pharmacienne, on en profite pour vous éclairer quelque peu sur l’introduction de la médecine moderne au royaume de Thaïlande.

Retrouvez Karn, Miss Chiang Mai 2021
➥ sur Facebook
➥ et sur Instagram

Le propre d’une Miss est de promouvoir la région d’où elle vient. Bien souvent, Miss Chiang Mai est appréciée dans toute la Thaïlande, les filles du nord étant généralement d’un teint plus clair, ce qui est recherché par la majorité des Thaïlandais et Thaïlandaises, ne nous en déplaise. Elle anime par conséquent moult événements durant l’année. Sauf que l’année 2021 est encore marquée par le sceau de la pandémie sanitaire mondiale. C’est dire que les possibilités de croiser Karn, Miss Chiang Mai 2021, seront restreintes. Elle n’aura cependant pas manqué de tirer au sort les numéros de la tombola de la Croix-Rouge, rendez-vous incontournable de la Foire d’Hiver.

À titre emblématique, la Fête des Fleurs 2021 risquant d’être annulée, la première sortie publique de Miss Chiang Mai 2021 ne devrait ressembler à aucune autre ! Mais comme Karn est infirmière, qui sait, peut-être fera-t-elle la promotion du vaccin attendu par toute la population de Chiang Mai et, au-delà, de la Thaïlande.

On lui souhaite malgré tout une très belle année, année où c’est elle qui incarne la beauté des filles du Lanna… Elle et ses dauphines représentent à merveille le charme des filles du nord thaïlandais, ici en robe Less is More et là faisant la promotion d’un condominium.

Et l’on se quitte avec la finale de Miss Chiang Mai 2021 que vous pouvez ainsi voir (ou revoir; ne vous inquiétez pas du texte de Facebook, la vidéo est bel et bien visible en cliquant dessus) :

TOUS NOS ARTICLES SUR MISS CHIANG MAI
2022 : Sylvia (publication Facebook)
2021 : Karn, elle s’appelle Karn
2020 : Cindy (élisez Miss Chiang Mai 2020)
2019 : Plaifah
2018 : Kitty
2017 : Baby Bow


Source de l’image à la une © Facebook.
Sans autre indication, les images proviennent des pages Facebook du concours ©
Article composé le 18.01.2021 et mis à jour le 28.01.20201

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