Performance économique de la Thaïlande et gouvernance du pays

Selon le Fonds Monétaire International (FMI), au niveau économique, la Thaïlande est devenue un pays émergent. Un pays dépendant fortement de ses exportations qui représentent plus de la moitié de son PIB.

Article économique au menu d’aujourd’hui : d’abord une comparaison régionale de son revenu par habitant. Puis un éclairage sur la gouvernance du pays qui ressort d’un nouvel indice, the Chandler Good Government Index 2021.

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Revenu par habitant en comparaison régionale

Disons-le tout net : en se basant sur le revenu par habitant, piètre est la performance économique de la Thaïlande ces 50 dernières années !

La plateforme thaïlandaise Agenda, compulsant entre autres données celles de la Banque mondiale, nous livre une intéressante analyse en matière économique.

En comparaison régionale, la Thaïlande est un piètre élève en matière d’augmentation du revenu moyen par habitant ces cinquante dernières années ! Il y a certes des gens très riches au Pays du Sourire mais en moyenne, le royaume n’a pas décollé comparé à plusieurs de ses concurrents asiatiques !

De là à conclure que les régimes militaires successifs expliquent cette contre-performance, il n’y a qu’un (petit) pas à franchir pour le croire.

Que nous dit cette analyse ?

Intéressant graphique démontrant la trop faible augmentation du revenu moyen thaïlandais par habitant ces 50 dernières années en comparaison régionale © Facebook – Agenda

La Thaïlande, victime du piège du revenu intermédiaire

En compulsant des données de la Banque mondiale, la plateforme Agenda compare le revenu par habitant thaïlandais à celui d’autres pays asiatiques au cours des cinquante dernières années. Le constat est limpide : la Thaïlande n’a jamais quitté les pays à revenu intermédiaire, victime qu’elle est du « piège du revenu intermédiaire », soit les pays ayant connu une croissance rapide et remarquable sans jamais réussir à quitter le groupe des pays à revenu intermédiaire pour rejoindre celui des pays à revenu élevé. Ainsi, stagnent pour l’heure dans cette catégorie des pays tels que la Chine, la Malaisie et donc… la Thaïlande.

Alors que d’autres pays asiatiques font dorénavant partie du groupe des pays à revenu élevé : le Japon, Singapour, Taïwan, la Corée du Sud, ou encore Hong Kong par exemple.

Depuis quand la Thaïlande est-elle « restée coincée » ?

Entre 1960 et 1997, le revenu par habitant des Thaïlandais a été multiplié par plus de 30 en un peu moins de 40 ans, passant d’environ US$ 100 en 1960 à US$ 3’042 en 1997. Mais la crise économique de 1997 a tout changé; depuis lors, le pays s’est grippé. Ainsi, en 2019, le revenu moyen par habitant n’était que de THB 219’325 bahts par an. Ce qui place la Thaïlande dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire. Le graphique ci-dessus démontre clairement que la Chine et la Malaisie s’en tirent bien mieux, approchant le niveau de revenu moyen supérieur.

La Banque mondiale divise les pays selon leur revenu en quatre groupes :

Groupe 1 – Faible revenu : population avec un revenu moyen par habitant de 31’267 bahts ou moins.
Groupe 2 – Revenu intermédiaire : population avec un revenu moyen par habitant compris entre 31’267 et 122’159 bahts.
Groupe 3 – Revenu moyen à supérieur : population avait un revenu moyen par habitant compris entre 122 159 et 378 557 bahts
Groupe 4 – Revenu élevé : population avec un revenu moyen par habitant de plus de 378’557 bahts.

La Thaïlande a défini une stratégie nationale sur 20 ans (2018-2037) afin d’atteindre le seuil des pays développés avec comme slogan « La Thaïlande est stable, prospère et durable, visant à devenir un pays développé. En appliquant la philosophie d’une économie de suffisance » (un concept cher au précédent roi, Bhumibol le Grand).

Le premier objectif est de faire de la Thaïlande un pays développé en 20 ans, rejoignant ainsi les pays à revenu élevé. Avec comme but un revenu supérieur à US$ 15’000 par personne et par an. Concrètement, cela signifie que l’économie thaïlandaise doit croître de plus de 5 % en continu sur 20 ans.

Le problème pour la Thaïlande, comme tous les autres pays du monde, est que la pandémie sanitaire du Covid-19 est venu chambouler tout cela, précédée par une crise économique mondiale.

De quoi sera fait l’avenir immédiat ? En janvier 2020, le Service économique régional de l’ambassade de France à Singapour a dressé une situation macroéconomique des pays d’Asie du Sud-Est. Hélas, c’est là une analyse qui tombe à l’eau ou presque, la crise du Covid-19 ayant chamboulé toutes les données économiques !

On vous a déjà parlé de l’impact de la chute du tourisme qu’induit la pandémie sanitaire mondiale alors qu’en Thaïlande, celui-ci représente près de 20 % du PIB.

La situation économique du royaume n’est pas au beau fixe; la crise de la dette des ménages causera d’énormes dégâts ces mois prochains. C’est ce que nous rappelle le site Les Crises dans cet intéressant article.

Si la situation économique de la Thaïlande vous intéresse vraiment, on vous invite à lire le mémoire de Chantal Nadeau Filteau qui vous permettra alors de mieux comprendre ce pays; il est intitulé Pauvreté et disparités en Thaïlande : le cas de la région du Nord-Est.

Une situation au final qui ne plaide pas en faveur des autorités qui, en grande majorité, ont été militaires ces cinquante dernières années. Pas de médaille économique pour elles donc 🎖

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The Chandler Good Government Index 2021

L’année 2021 a vu éclore un nouvel indice annuel, l’indice de bonne gouvernance issu de l’institut Chandler. Cet indice, élaboré par des praticiens et pour des praticiens étatiques, mesure les capacités et l’efficacité de 104 gouvernements dans le monde. Une bonne gouvernance est un facteur décisif dans la réussite d’une nation. L’indice Chandler de bonne gouvernance (CGGI) montre pourquoi il est essentiel d’investir dans des capacités gouvernementales solides pour garantir des résultats positifs, tant pour les citoyens que pour les entreprises.

Le Chandler Institute of Governance (CIG), dont le siège est à Singapour, est une organisation internationale à but non lucratif. Elle estime que les bons gouvernements sont le fondement de communautés et de nations florissantes et prospères. L’institut, qui n’est lié à aucun gouvernement, aide les divers gouvernements à renforcer leurs capacités en matière de leadership, d’institutions et de service public par le biais de programmes de formation, de partenariats consultatifs et de création de connaissances.

Dans un rapport paru en 1992 et intitulé “Gouvernance et développement”, la Banque mondiale définit la bonne gouvernance comme « étant la manière dont le pouvoir est exercé pour gérer les ressources nationales économiques et sociales consacrées au développement ». La bonne gouvernance présente les avantages d’être au cœur du développement durable et de la réduction de la pauvreté, tout en renforçant les facteurs de production tels que la main-d’œuvre et le capital, et en accroît la productivité.

Afroptimisation | Le blog de Tidiane Diouwara

Sans surprise, ce sont les pays occidentaux qui trustent les premières places : première de classe, la Finlande est la nation à la meilleure gouvernance, suivie par la Suisse et Singapour, meilleur élève asiatique. Parmi les pays francophones, le Canada arrive en 10e position, la France est 16e et la Belgique, avec son 20e rang, figure donc dans le Top 20.

Quid de la Thaïlande ? Avec un score de 0,55, elle se situe à une honorable 43e place, devant l’Indonésie (45e), le Vietnam (57e), les Philippines (59e) et le Cambodge (86e). Mais dépassée par la Chine (40e), la Corée du Sud (21e), le Japon bien sûr (14e) et donc Singapour (3e rang). Rappelons que le pays compte près de 70 millions d’habitants et que son PIB par habitant est de US$ 7 807.

L’excellence est représentée par le score de 1, qu’aucun pays n’atteint. C’est dans le domaine de la gestion de ses finances que la Thaïlande obtient son meilleur score (0,68), l’attractivité de son marché est elle aussi bien notée (0,61), de même que la robustesse de ses lois et ses politiques (même score de 0,61). Suivent l’aide de son peuple à s’élever (0,60), l’influence et la réputation mondiales (0,52), et enfin la solidité de ses institutions (0,43). Le leadership et l’anticipation est le domaine qui obtient le moins bon score (0,36), ce qui n’est pas étonnant pour qui connait les Thaïlandais. Vous pouvez consulter tous les détails du score de la Thaïlande sur la page web de l’institut Chandler.

Par rapport à la moyenne mondiale, cet index fait ressortir les difficultés déjà connues du pays. À savoir les problèmes de corruption, le peu d’innovation, une diplomatie internationale inexistante, une mauvaise éducation, une inégalité des revenus ou encore une forte discrimination.

En revanche, la Thaïlande excelle dans la satisfaction à l’égard des services publics, dans les marques nationales, au niveau de sa dette publique et son excédent budgétaire. Son niveau de santé est lui aussi au-dessus de la moyenne mondiale.

Globalement, on dira que la Thaïlande, pays émergent, tient bien son rang au niveau mondial, sans exceller certes mais avec de bons atouts. L’Index Chandler permettra de suivre l’évolution du royaume en matière de gouvernance ces prochaines années.

Téléchargez le rapport 2021 du CGGI ou accédez au site web dédié au Chandler Good Government Index.

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Source éditoriale : Agenda
Source de l’image à la une © Pixabay
Article composé le 18.12.2020 et mis à jour le 03.05.2021

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