Traces d’un royaume perdu – Peintures murales des temples du Lanna

Durant cette haute saison touristique (elle commence en novembre), nous vous invitons à visiter la très belle exposition « Traces of Lost Kingdom » (Traces d’un royaume perdu). Vous pourrez y admirer des photographies dévoilant les peintures murales des temples bouddhistes du Lanna. Elle se déroule actuellement au Tamarind Village, un superbe établissement hôtelier au coeur de la cité fortifiée, là-même où est organisé le fameux marché piétonnier du dimanche soir (repérez la magnifique allée faite de bambous sur votre droite). L’exposition est visible de 9h à 18h, jusqu’au 28 février 2018. L’entrée est libre. Vous pourrez même y acquérir des photos.

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C’est une incroyable plongée dans le passé qui vous est proposée ! Découvrez les croyances, les coutumes et la culture du peuple du nord de la Thaïlande à travers les peintures murales de ses temples bouddhistes, peintures dont certaines, très rares, datent de plus de 500 ans. Ces oeuvres dévoilent la vie quotidienne des gens du Lanna, nom de l’ancien royaume du nord de la Thaïlande : rituels, guerres, jeux d’enfants, danses et traditions musicales…

Cette exposition a fait l’objet d’une cérémonie d’ouverture avec un émouvant spectacle de danse qui réunissait RonnarOng Khampha, Darunee Phonwithun & Phattha Phikroh, danseurs très connus ici à Chiang Mai. Quelques photos de la cérémonie ici : Tamarind VillageWoralun BoonyasuratCitylife et le magazine FINE DAE.
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Facebook – Piengrawee Sirisook

Ces peintures sont d’une rare richesse iconographique permettant aux historiens et autres chercheurs d’enrichir leur savoir (lisez donc ce texte-ci de François Lagirarde). En complément des textes anciens, les peintures murales sont une mine d’informations. Bien que l’on puisse penser que cette tradition picturale remonte au XVe siècle, il n’en reste aucune trace. Aussi, la plupart des peintures murales existantes remontent à 150 ans au maximum. Les peintures murales dans l’enceinte des monastères appartiennent aux traditions des pays bouddhistes d’Asie du Sud- Est. Leur fonction est double : décoration de l’espace attribué et éducation des pèlerins qui viennent admirer ces fresques. Les histoires racontées sont généralement très populaires et jouent un rôle didactique, transmettant des messages moraux. Ces peintures illustrent des scènes bouddhiques traditionnelles (les 28 Bouddha du Passé, les vies antérieures (jatakas) du Bouddha Gautama, et la vie du Bouddha historique) ainsi que des scènes de la vie quotidienne.
Les peintures murales du Lanna se trouvent presque toujours dans le viharn du temple (salle de prière où les moines chantent leur versets bouddhistes quotidiens). Il fallait que ces peintures soient visibles des fidèles, celles-ci venant conforter les enseignements prodigués par les moines. Les peintures murales du Lanna se caractérisent par leur spontanéité, leur caractère terre-à-terre et leur forte saveur locale. Influencées par les arts birman, shan, lao et siamois, ces peintures murales reflètent le mélange multi-ethnique propre au nord de la Thaïlande. Elles ne manquent pas de charme.

TracesOfALostKingdomPhotoFB2Au 19ème siècle, de grandes communautés de Shan et de Thai Lüe de l’Etat Shan voisin de Birmanie et du sud de la Chine s’installèrent à Chiang Mai pour aider à repeupler la ville après de nombreuses années de guerre avec les Birmans. Au même moment, des «Haw» (commerçants musulmans) chinois entraient en scène, transportant des marchandises comme du thé, des herbes médicinales et des légumes marinés venus du Yunnan voisin. Un autre groupe de Chinois arrivait de Bangkok, commerçants s’installant dans les villes le long des rivières. Les Occidentaux sont également arrivés à ce moment, leur intérêt se tournait vers les activités très rentables d’exploitation du bois de teck. Les missionnaires chrétiens suivirent bientôt. Ainsi, les peintures murales du Lanna dépeignent souvent ce mélange de divers groupes ethniques : on distingue clairement les vêtements chinois typiques de cette période à côté d’autres vêtements, birmans ceux-là, tout comme les jupes rayées de coton paa sin typiques du nord. Les Occidentaux sont souvent représentés en uniforme militaire.

‟L’essence de l’architecture bouddhique du Lanna réside dans la volonté d’établir, par des formes et des symboles, une communication vers l’esprit„
Wonchai Mongkolpradit

Contrairement au style formel de la peinture que l’on trouve dans les temples de Bangkok, où les artistes suivent des formes soigneusement prescrites approuvées par la cour, les peintures murales du Lanna sont très singulières, chaque temple ayant ses propres caractéristiques. Des styles régionaux ont surgi, comme celui du Wat Phumin et du Wat Nong Bua, dans la province de Nan, offrant les plus belles peintures murales du Lanna jamais peintes. Lampang se caractérise par ses peintures sur les panneaux latéraux en bois. Les peintures murales pouvaient aussi refléter l’origine ethnique de l’artiste. De nombreux exemples en témoignent : au Wat Bua Krok Luang dans la ville de Chiang Mai et au Wat Pa Daet à Mae Chaem, deux exemples révélant les origines Shan de leur peintres dans de nombreux détails.

Laai Kham – Peinture d’or

En plus des narrations peintes sur les murs principaux du viharn, les artistes du Lanna ont souvent utilisé une technique murale appelée laai kham pour embellir davantage l’intérieur du bâtiment. Littéralement traduit par «motifs d’or», ces feuilles d’or sont apposées sur une surface laquée rouge ou noir. Cette technique a été utilisée principalement pour décorer les éléments architecturaux en bois à l’intérieur du bâtiment – piliers, poutres et panneaux muraux – ainsi que pour embellir le mur immédiatement derrière l’image principale du Bouddha.

En raison des limites inhérentes au découpage au pochoir, le laai kham était plus adapté aux motifs floraux et géométriques qu’à la réalisation d’histoires détaillées. Une technique employée pour représenter les stupas, les vadas (êtres célestes), les fleurs de lotus et les arbres Bodhi. On en trouve également pour représenter des rangées de Bouddhas assis dans la «posture d’éveil» et des créatures mythiques telles que le kinnari, mi-humain mi-oiseau. Le Viharn Lai Kham, petite salle de prière ouverte sis au temple Wat Prathat Lampang Luang, est un des plus beaux exemples de peinture laai kham. A l’occasion des 720 ans de sa fondation, Chiang Mai a réalisé une très belle exposition sur cette technique où l’histoire du roi Mengrai a été retracée en feuilles d’or.

Préservation

La technique de peinture avec des pigments naturels sur du plâtre sec que les artistes employaient dans les peintures murales thaïlandaises (par opposition à la fresque appliquée en Europe) a rendu celles-ci particulièrement fragiles : elles se sont par conséquent détériorées avec le temps. Sans parler des affres du climat humide, du mauvais entretien des temples en raison du manque de financement et d’expertise, ainsi que d’un manque d’appréciation quant à leur valeur historique et culturelle. Beaucoup des peintures murales visibles il y a seulement 20 ans ont maintenant disparu, et avec elles, un des précieux héritages culturels du nord de la Thaïlande. Heureusement, la prise de conscience et l’intérêt croissant pour elles ont permis d’importantes restaurations afin de préserver les plus importants sites muraux . Espérons que cet intérêt se maintienne afin de permettre de garder ouverte cette «fenêtre sur le passé du Lanna».

Alain Bottu nous parle du Wat Pumin et du Wat Ming Muang, tous deux sis à Nan, plus à l’est, en nous offrant de beaux clichés de ces peintures. La région voisine de l’Isan n’est pas en reste. Lisez donc le blog d’Alain et Bernard; ils ont consacré une page aux peintures murales, l’âme des temples du coeur de l’Isan. Il n’est donc pas étonnant d’apprendre que des chercheurs se sont penchés avec passion sur ces peintures. « Le récit [bouddhique] d’origine, ne l’oublions pas, n’était jamais dépeint entièrement, seules certaines scènes choisies étaient agencées. L’espace alloué sur les murs était donc précieux. Lesquels des peintres et des donateurs sont-ils à l’origine de ces scènes ? En tous les cas, leur accord est évident étant donné le succès de ces scènes – dont un des rôles était sans doute de divertir, d’amuser, voire de faire rire : un bon moyen de retenir l’attention. » C’est là l’épilogue de Cristophe Munier-Gaillard qui a étudié les peintures murales de Birmanie. Son travail a été publié dans la revue Moussons.  Une thèse de doctorat en Langues, civilisations et sociétés orientales a même été composée sur ce thème par Sébastien Tayac. Son titre ? La commande des peintures bouddhiques dans les monastères de la province de Chiang Mai. Autre thèse dont l’auteur est Sutha Leenawat : La peinture murale de l’école de Bangkok pendant la seconde moitié du XIXeme siècle. En voici le résumé :

Au XIXème siècle, la Thaïlande dut faire face à la menace des puissances occidentales. Le Souverain thaï décida d’ouvrir son pays à toutes les connaissances occidentales pouvant civiliser son royaume. La réforme sociale et culturelle provoqua la découverte de l’art pictural occidental sous la forme de tableaux, d’estampes, de photographies et d’illustrations de livres déclenchant en Thaïlande un nouveau mouvement de l’art pictural occidental. Ce nouveau style de peinture fut créé par le moine peintre Inkhong représentant des scènes symboliques des vertus du Bouddha dans le monastère Borom Niwat (1836). Impressionnés par ce nouveau style de peinture, les peintres réalisèrent de telles peintures murales dans tous les monastères de cette époque. Le Wat Sommanat Viharn (1853), le Wat Pathum Wanarum (1861) et le Wat Rajapradit (1864) en sont les meilleurs exemples. Leurs nouvelles caractéristiques sont adaptées du modèle occidental : l’utilisation des trois dimensions, la perspective dans le paysage, l’introduction de volumes, de profondeurs et de tonalités sombres.

 

In fine, vous trouverez une présentation de l’exposition ici à Chiang Mai avec moult explications (en anglais) sur le site web du Tamarind Village (une partie du texte ci-dessus en représente une traduction libre). Une expo à ne pas rater donc si vous venez dans la Rose du Nord durant la haute saison touristique, jusqu’au 28 février 2018. Vous pouvez d’ores et déjà jeter un oeil sur cet article, certes en langue thaïlandaise mais dont les photos devraient vous donner envie d’y aller…

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